Les Etats-Unis au Venezuela: la chute de Maduro ou le chaos

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En appuyant l’opposant Juan Guaidó et en sanctionnant le pays, Washington est parvenu à donner corps à la propagande chaviste. Quatre mois après le début du bras de fer, l’échec est patent : la population est étranglée économiquement, la politique répressive du gouvernement s’intensifie. Alors que l’opposition et le gouvernement socialiste se sont réunis cette semaine à Oslo, les États-Unis demeurent fermes sur leur position.

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Le Venezuela agonise. À son chevet, des médecins prescrivent des ordonnances distinctes. La prescription des États-Unis pour faire face à l'autoritarisme du gouvernement de Nicolás Maduro et à la dramatique crise économique est sommaire et dangereuse : accélérer l'effondrement des institutions chavistes pour que le président s'en aille. Son diagnostic est tout aussi simpliste : sans Maduro, le lait et le miel couleront de nouveau au Venezuela.

Le rythme cardiaque du patient est celui d’un pays dans la tourmente. À intervalles irréguliers, les battements se sont dangereusement emballés : le 23 janvier d’abord, lorsque l’opposition s’est autoproclamée comme le seul gouvernement légitime ; le 23 février, avec la tentative infructueuse de faire entrer de l’aide médicale et alimentaire venue en majeure partie des États-Unis ; le 30 avril, avec le putsch raté de l’opposition. À chaque montée des tensions, les États-Unis manœuvrent en coulisses.

Juan Guaidó, leader de l'opposition vénézuélienne, le 26 mai à Barquisimeto. © Reuters Juan Guaidó, leader de l'opposition vénézuélienne, le 26 mai à Barquisimeto. © Reuters

La reconnaissance de Juan Guaidó par le gouvernement américain le 23 janvier, quelques minutes seulement après qu’il s’est autoproclamé président de la République, laissait supposer que Washington était prévenu. L’agence Associated Press révélait que Juan Guaidó s'était rendu dès mi-décembre aux États-Unis, mais aussi en Colombie et au Brésil, pour y discuter de son intention de convoquer des manifestations après le début officiel du second mandat contesté de Nicolás Maduro, le 10 janvier.

L'appui des États-Unis a joué un rôle moteur dans la reconnaissance par plus de cinquante pays de Juan Guaidó comme président. De là à affirmer que Juan Guaidó est « une marionnette » manipulée par la Maison Blanche, comme le soutient le gouvernement socialiste ? Son entourage assure bien entendu que non, conscient que la main de Washington porte préjudice à leur image sur la scène politique internationale. Ils préfèrent évoquer « une alliance ». « En situation de guerre, le choix des alliés n’est pas toujours facile », lâche Gustavo Tarre, représentant de Juan Guaidó devant l'Organisation des États américains. « Notre relation est bilatérale », poursuit-il.

Le néoconservateur Elliott Abrams, représentant spécial américain pour la crise au Venezuela, qui se qualifie lui-même de « gladiateur » de la doctrine Reagan contre l'influence soviétique, a rappelé le 22 mai qu'il échange des messages et discute régulièrement avec Juan Guaidó.

  • Washington au cœur de la conjuration du 30 avril

Cette « alliance » a particulièrement été visible le 30 avril. Lors de la tentative de coup d'État ratée, ainsi que l’a qualifiée le gouvernement socialiste, les États-Unis ont largement mis la main à la pâte.

Ce jour-là, rien ne s'est passé comme prévu. De multiples acteurs étaient alors à la manœuvre. Comme le note le site d'enquête Armando.info, des bolibourgeois, ces entrepreneurs qui se sont enrichis sous le système chaviste, entrent en contact avec le cercle rapproché du pouvoir. Leopoldo López, le fondateur de Voluntad Popular – le parti de Juan Guaidó –, joue de ses contacts et les États-Unis manient la carotte en promettant la levée des sanctions qui pèsent sur les actifs des hauts dignitaires. La stratégie est simple : si le cercle rapproché tombe, l'éviction de Nicolás Maduro sera inévitable.

Armando.info fait état de « réunions successives » préalables entre l’opposition et des hauts fonctionnaires américains, dont Elliott Abrams. Dans ce cercle que les adversaires de Maduro tentent de faire basculer de leur côté figurent le ministre de la défense Vladimir Padrino, le directeur de la contre-intelligence militaire (DGCIM) Iván Hernández, le président du tribunal suprême de justice Maikel Moreno (TSJ, Cour suprême) et le directeur du service bolivarien d'intelligence nationale (Sebin) Cristopher Figuera.

Le tribunal suprême devait placer le pouvoir exécutif dans les mains de l'Assemblée nationale (dominée par l'opposition mais privée de ses pouvoirs), dissoudre l'Assemblée nationale constitutionnelle (aux mains des chavistes), libérer les prisonniers politiques et appeler à des élections. Il revenait à Cristopher Figuera de permettre la délivrance de Leopoldo López.

Elliot Abrams, toujours lui, a même évoqué un accord qui, selon ce qui « lui a été dit », comportait quinze points. « Il parle de garanties pour les militaires, d'une sortie digne pour Maduro, de Guaidó comme président par intérim, du tribunal suprême et haut commandement restant à leurs postes, d’élections libres dans les douze mois. »

Le 30 avril, parmi les conjurés attendus, seul Cristopher Figuera remplit sa mission. L'ambassadeur du Venezuela en France, Michel Mujica, ne pense pas que les hautes sphères du madurisme, mis à part Cristopher Figuera, aient comploté. « C'est une chose de parler et une autre de négocier », dit-il.

Selon des sources anonymes contactées par le quotidien espagnol El País, Vladimir Padrino aurait joué le rôle d'agent double. Plusieurs hypothèses tentent d'expliquer l'échec du soulèvement. L’une d'entre elles, que souligne El País, est l'empressement de Leopoldo López à se faire libérer. Il a décidé d'avancer la date du complot d'une journée. Un scénario qui colle aux déclarations de Nicolás Maduro qui assure que le « traître » Cristopher Figuera devait être arrêté le 30 avril et a donc accéléré le plan. Les États-Unis ont levé les sanctions qui pesaient contre le général.

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