Médias et quartiers: Beaumont-sur-Oise, le rapport de force

Par Les Collectifs La Friche Et ŒIL

Pour ce troisième épisode de la série « Médias : les quartiers vous regardent », retour à Beaumont-sur-Oise où Adama Traoré meurt le 19 juillet 2016 à la suite de son interpellation par des gendarmes. Rapidement, la famille accuse les journalistes venus couvrir l’affaire de faire du « journalisme de préfecture » et de criminaliser la victime. Le Comité pour Adama engage alors un rapport de force avec les médias.

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Le mardi 19 juillet 2016, le décès d’Adama Traoré, jeune habitant de Beaumont-sur-Oise dont c’était l’anniversaire, est annoncé publiquement par le procureur de Pontoise, qui évoque, dans un premier temps, un malaise cardiaque. De son côté, la famille assure que le jeune homme a été tué par les gendarmes qui l’ont arrêté. Les médias, et l’AFP en tête, font le choix de relayer la version du procureur. 


Le cycle s’enclenche : Beaumont et ses alentours s’embrasent, les télévisions arrivent pour filmer les voitures qui brûlent, les pouvoirs publics condamnent… Mais cette fois-ci, tout ne se passe pas comme prévu. Des jeunes du quartier improvisent un point presse. Certains médias sont priés de rester à l’écart. Assa Traoré, la sœur du défunt, et ses proches, vont peu à peu réussir à créer un rapport de force médiatique inédit face à la version policière. L’épisode « Le rapport de force » raconte de l’intérieur, et en adoptant d’abord le point de vue des proches d’Adama Traoré, comment ce basculement a été réfléchi et opéré. Il illustre en quoi cette réappropriation narrative des quartiers leur a permis de se faire entendre par les médias traditionnels.

Une web-série écrite et réalisée par La Friche / Collectif ŒIL, sur une idée originale de Lucas Roxo // Montage : Leo Ks // Montage son et mixage : Timotée Pedron-Desclaux // Étalonnage : Marie-Laure Blancho

À l’origine de cette série de cinq vidéos, des phrases que nous, journalistes des collectifs La Friche et ŒIL, avons entendues : « Les journalistes, c’est des gros DJ, ils remixent tout ! »« Les journalistes viennent ici, nous parlent, et après, on ne les revoit plus jamais » ; ou encore « Vous voulez faire de l’audimat ? Ça n’intéresse personne les gens sympas »… Des phrases que nous avons entendues comme autant de symptômes d’une rancœur accumulée par des citoyen.ne.s qui se sentent dévalué.e.s, dans la presse, en raison de leur simple appartenance à un territoire.

Il n’est pas rare non plus de discuter entre collègues du fossé entre les « banlieues » et la profession de journaliste. Et pourtant, rien ne change. Dans le même temps, des initiatives fleurissent, des habitants imposent leur regard sur leurs quartiers, prennent les journalistes à partie ; des médias de proximité créent des espaces de réappropriation de la parole ; des associations utilisent différents leviers, judiciaires parfois, pour se faire entendre et changer l’image de leur territoire. Des journalistes modifient leur pratique, sont remis en question, vont dans les écoles pour tenter de retisser du lien et expliquer les spécificités de leur métier.

« Médias : les quartiers vous regardent » est un projet documentaire, composé d’une web-série et d’un cycle d’éducation aux médias, qui explore le traitement médiatique des quartiers populaires et le fossé qui s’est créé entre les « périphéries » et les journalistes. Cinq épisodes vidéo donnent la parole à des habitant.e.s de quartiers populaires dans toute la France, pour amorcer une réflexion collective sur les solutions à mettre en place pour améliorer nos pratiques journalistiques.

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La Friche est un collectif de journalistes indépendant.e.s, artistes, documentaristes, technicien.ne.s de l’image et du son. Tous et toutes revendiquent une pratique professionnelle directement inspirée du réel et des quartiers populaires, au plus près des enjeux forts de notre société, et s’inspirent de l’éducation populaire dans leurs pratiques professionnelles. En plus de produire des reportages, documentaires ou œuvres artistiques, le collectif La Friche anime des ateliers d’éducation aux médias et à l’information visant à la réappropriation de la parole médiatique. Sont membres de ce collectif : Lucas Roxo, Leïla Khouiel, Kozi Pastakia, Rouguyata Sall, Amanda Jacquel, Sabrina Alves, Ferial Latreche, Azzedine El Mourabet, Fatma Torkhani, Julien Pitinome, Sheerazad Chekaik-Chaila et Flora Beillouin.

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Le Collectif ŒILOur Eye Is Life : Notre Œil est Vie… – défend une photographie fondée sur l’engagement et tend à donner la parole à celles et ceux qui ne l’ont pas ou plus, avec comme philosophie que l’image doit être en partage, un bien commun qui témoigne et questionne la société. Nous défendons une photographie fondée sur l’engagement social. Ce que nous « voyons », ce que nous « capturons », ce que nous « montrons » est ce que nous pouvons et devons changer. Ces engagements tendent à promouvoir une vision humaniste de la photographie. Depuis le début de l’année 2015, l’association Our Eye is Life édite le magazine trimestriel Fumigène, mène des formations et sensibilisations aux médias, et le développement d’une agence de photographes. Sont membres de ce collectif : Leo Ks, Julien Pitinome, Nnoman Cadoret, Maxwell Aurélien James et Nora Hamadi.

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