En Irak, «le bonheur, c’est d’être vivant, juste vivant»

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En Irak, les arbres généalogiques sont jonchés de branches à terre, troués par les balles, les bombes, les obus. Quarante ans de conflits, d’ingérences et d’extrémismes ont fait du pays, l’un des plus avancés du Moyen-Orient en 1980, une nation exsangue de martyrs, de veuves et d’orphelins. La longue guerre contre l’Iran a ouvert un cycle ininterrompu de violences et bains de sang. Mais un peuple, même sacrifié, ne se résout jamais à boire la mort. De Bagdad la capitale au sud, rural et tribal, Mediapart est allé à sa rencontre.

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  1. Banlieue de Bassorah, sud de l’Irak, avril 2021. Zeinab Oda Faraj égrène un chapelet et des louanges à Dieu. Son mari est mort en 2016 à l’autre bout du pays, à Mossoul, alors capitale du « califat » de Daech, « l’État islamique en Irak et au Levant ». Abattu par des djihadistes. Martyr. Zeinab est veuve, leurs six enfants, orphelins. Ils sont chiites, la communauté musulmane majoritaire en Irak. Ils vivent dans la banlieue de Bassorah, la grande ville du sud, dans un quartier informel, aux canaux asséchés, inondés d’immondices, où d’autres guerres se jouent : l’accès à l’eau potable, à l’électricité, aux soins.

    Avec pour seul revenu une pension de veuvage de moins de 200 dollars, chaque jour est « une épreuve » pour nourrir les enfants. Le plus jeune, 7 ans, joue à cache-cache avec son tchador noir. L’aîné, 27 ans, a quitté l’école pour travailler et occuper la place du père, le pivot d’une société gouvernée par les normes patriarcales, tribales et religieuses. Il alternait petits contrats journaliers d’ouvrier et chômage jusqu’à un grave accident de la route lors d’une mission avec le « Hachd Al-Chaabi », « la mobilisation populaire ». Le bataillon de civils et milices, formé pour éradiquer la machine totalitaire sunnite de Daech, est aujourd’hui une solution au désœuvrement de la jeunesse chiite.

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