En Louisiane, 100 jours après l’ouragan Trump

Depuis 100 jours, Donald Trump est à la Maison Blanche. Dans l’État de Louisiane, au sud-ouest des États-Unis, il a recueilli 60 % des suffrages en novembre dernier. De bar en bar, de Opelousas à La Nouvelle-Orléans en passant par Baton Rouge, Patrick Artinian et Louise Oligny ont rencontré ceux qui symbolisent le métissage des cultures et le mixage des musiques. Entre fatalisme et activisme, ils racontent leur « gueule de bois », leurs inquiétudes, leurs résistances…, non sans échos avec l’entre-deux-tours de la présidentielle française.

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  1. Ils sont une petite dizaine, parfois moins, généralement des retraités plutôt aisés mais pas uniquement, des Noirs, des Blancs, d’anciens profs, des docteurs… Ils ont souvent soutenu Bernie Sanders. Aucun n’a voté Donald Trump. Ils se retrouvent le matin au Café Nicaud, sur Frenchmen Street, à La Nouvelle-Orléans, avant de migrer, l’après-midi, 20 mètres plus loin, au Marigny, pour siroter une bière. Ce jour-là, ils parlent de tout, de rien, parfois de politique et tentent encore et encore de comprendre comment Trump a pu être élu.

    « Si l’on considère qu’il y a 35 % de vrais fascistes aux USA, que de nombreuses voix de Bernie Sanders ne se sont pas reportées sur Hillary Clinton, on peut comprendre, affirme Al Jackson, conservateur d’un petit Musée du jazz dans Tremé.
    Les gens sont inquiets et Hillary Clinton n’a pas su rassurer les ouvriers et les classes moyennes blanches, déplore Chuck.
    J’ai lu quelque part que l'espérance de vie des Noirs avait sensiblement augmenté, rattrapant quasiment celle des ouvriers blancs qui avait baissé. À mon avis, les “petits Blancs” ont paniqué, lance un Noir, patron de café.
    Je pense que nous sommes passés dans la quatrième dimension, explique Kent, un artiste, ami de Chuck, un monde où personne ne sait vraiment où l’on se trouve. Même Trump est surpris. Je sais que ça peut paraître ridicule, mais j’ai lu le livre d’un écrivain qui expliquait qu’il entrait en télépathie avec des moines tibétains qui lui ont expliqué que le système planétaire se déplaçait vers un autre endroit de la galaxie, ce qui implique que notre monde touche à sa fin, termine-t-il avec un sourire.
    – C’est incroyable de constater le niveau des études dans ce pays. Certains étudiants diplômés n’ont jamais entendu parler du socialisme ou des idées marxistes, regrette un prof retraité.
    – Dans ce pays, c’est toujours les capitalistes qui décident du résultat des élections, mais depuis quelque temps, les capitalistes sont déboussolés. Ils ne savent plus ce qu’ils sont ni ce qu’ils veulent
    , affirme un autre prof.
    – Mais si Trump dit qu’il veut ramener l’emploi en Amérique, peut-être qu’il va le faire », conclut un vieux Noir. 

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