La banlieue, dans le viseur de Ladj Ly

Acteur français originaire du Mali, réalisateur, (anti ?)journaliste, artiste, banlieusard, musulman : Ladj Ly, 36 ans, collectionne les casquettes mais n'en porte pas. Figure incontournable de la cité des Bosquets à Montfermeil, il combat les clichés par l'image. Dès 2004, il cosignait avec l'artiste JR, encore peu connu, un projet monumental sur la banlieue, poursuivi pendant les émeutes de 2005. Dix ans après, à l'occasion de l'anniversaire de la révolte des banlieues, Mediapart est retourné sur leurs traces pour photographier les lieux où ils s'étaient exposés illégalement dans l'espace public, aujourd'hui méconnaissables, rénovation urbaine oblige.
Cette rencontre devait être publiée le 14 novembre 2015 sur Mediapart. Mais les attentats ont bousculé cette diffusion.

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  1. Portrait d'une génération. En 2004, Ladj est un jeune acteur de 26 ans. JR, 21 ans, se fait un nom dans le milieu du graffiti avec ses Expos 2 rue à la technique encore précaire. La rencontre se fait sur le tournage du film Sheitan : Ladj Ly partage l'affiche avec Vincent Cassel tandis que JR est photographe plateau. Ladj embarque ensuite JR aux Bosquets pour réaliser une série de portraits des habitants de cette cité, qu'ils collent format XXL sur les façades des bâtiments délabrés. « Le quartier était en décrépitude absolue, sans aucune rénovation, il y avait beaucoup de tension, ça sentait l'explosion à tout moment. La municipalité avait d'ailleurs porté plainte contre X suite à nos collages », se souvient JR. Ces Clichés de Ghetto se retrouvent un an plus tard en toile de fond des émeutes qui éclatent après la mort de Zyed et Bouna, à la suite d'une course-poursuite avec la police.

    En 2005, les médias ont besoin de photos pour illustrer les émeutes et contactent JR et Ladj Ly. JR explique : « On nous demandait de faire des images des émeutes, c'était la première fois qu'on me proposait un vrai job, et c'est le moment précis où j'ai pris ma casquette d'artiste et pas de photographe. Le photojournalisme ne m'intéressait pas : je voulais contrôler l'usage qu'on ferait de mes images réalisées grâce à la confiance des habitants, et il était hors de question de faire de la commande. »

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