Emois et mots, au temps des Teen Spirit

Par Gabrielle Napoli (En attendant Nadeau)

Aux animaux la guerre, paru en 2014, témoignait déjà du regard incisif de Nicolas Mathieu, qui sait frapper là où ça fait mal. Leurs enfants après eux confirme le talent du romancier : le regard est sans pitié sur la société des années 1990, sur la jeunesse, sur le sens du politique. Pas de répit pour le lecteur. Et pourtant, ça fait du bien.

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Mais qu’est-ce qui fait du bien, après tout, dans le tableau désespérant que dresse Nicolas Mathieu de cette jeunesse désabusée des années quatre-vingt-dix dans une région déshéritée, à l’heure de la post-industrialisation, et de ces parents, plus ou moins à la dérive, dans un monde qui, il faut bien le reconnaître, n’a plus grand-chose à promettre ? Serait-ce la simple connivence d’une lecture générationnelle ? Suffit-il d’avoir écouté en boucle, à quatorze ans, Smells Like Teen Spirit, dans une ZUP, en buvant des bières tièdes, pour aimer Leurs enfants après eux ? De s’être trouvé pris au piège des barricades sociales, mais aussi raciales, et sexuelles, dans une adolescence sans futur, avec comme seule possibilité de communion la victoire de la France en finale de Coupe du monde de football en 1998 ? Certainement pas. Si Leurs enfants après eux fait appel, indéniablement, aux souvenirs communs que peuvent avoir les quadragénaires de 2018, il va bien au-delà.