Les vies antérieures de Patrick Modiano

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Le romancier a reçu jeudi le prix Nobel de littérature pour « son art de la mémoire avec lequel il a évoqué les destinées humaines les plus insaisissables et dévoilé le monde de l'Occupation ». L'académie distingue ainsi quarante ans de quête obsessionnelle, motivée par l'urgence de l'oubli. L’œuvre d'une vie, plus exactement de plusieurs vies.

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C’est un soir d’octobre, à Paris. Une silhouette géante, vêtue d’un imperméable beige, s’avance vers le théâtre de la Colline où se tient le festival littéraire des Inrocks. Nous sommes en 2007, mais l’année n’a guère d’importance. Le lieu non plus, d’ailleurs. L’homme a les mains dans les poches et les yeux baissés vers le trottoir où son ombre semble s’étendre à l’infini. Dans quelques minutes, Patrick Modiano se retrouvera devant une salle comble pour parler de son dernier roman, Dans le café de la jeunesse perdue. Un exercice qu’il déteste et auquel il n’accepte de se prêter qu’en de rares occasions. Sortir de l’ombre, parler de lui à la première personne, pratiquer l’autopsie de sa propre œuvre… Être dans le présent. Un enfer pour cet homme qui n’a jamais vécu autrement qu’au travers de ses vies antérieures.