Autisme: une étude explique pourquoi les garçons sont plus touchés que les filles

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Des recherches récentes montrent que les cellules de la microglie (responsables de la défense immunitaire du cerveau) pourraient expliquer pourquoi les garçons sont trois fois plus touchés par les troubles de l'autisme.

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Des recherches toutes récentes, présentées le 13 mai lors d’un meeting international tenu à San Francisco, pourraient éclairer l’un des mystères de l’autisme : pourquoi y a-t-il environ trois fois plus de garçons que de filles touchés par les « troubles du spectre autistique » ? Selon les travaux de l’équipe de Donna Werling, neurogénéticienne à l’université de Californie à San Francisco, cette inégalité des sexes devant l’autisme pourrait être liée à l’activité de la microglie, un ensemble de cellules immunitaires du cerveau qui « façonnent » les connexions synaptiques, rapporte la revue britannique Nature.

Cellules de microglie de rat en culture (vert) avec de l'internexine, protéine associée au développement des neurones (rouge) © GerryShaw Cellules de microglie de rat en culture (vert) avec de l'internexine, protéine associée au développement des neurones (rouge) © GerryShaw

Environ 62 personnes sur 10 000 sont touchées par l’une ou l’autre des différentes formes d’autisme. Ces troubles du développement perturbent la capacité à communiquer et à interagir socialement. Depuis longtemps, on a observé que les troubles autistiques étaient beaucoup plus fréquents chez les enfants de sexe masculin que féminin.

Cela peut s’expliquer en partie par un sous-diagnostic chez les filles, mais il apparaît qu’il existe réellement une plus forte vulnérabilité chez les garçons, liée à des facteurs biologiques.

Donna Werling et ses collègues ont cherché à comprendre la cause de cette disparité. Leur première hypothèse était que les gènes associés à l’autisme s’exprimaient davantage chez les garçons. Mais ils ont constaté au contraire qu’il n’y avait pas de différence significative d’expression des gènes de l’autisme selon le sexe.

En revanche, Werling et son équipe ont découvert que les gènes associés à la microglie sont plus actifs dans le cerveau masculin que féminin pendant les mois qui précèdent la naissance. « Cela suggère qu’il y a une différence fondamentale dans le développement cérébral entre les garçons et les filles », dit Werling.

Les cellules de la microglie, qui représentent entre 10 et 15 % de l’effectif total des cellules du cerveau, sont les principaux acteurs de la défense immunitaire du système nerveux central. Mais on a découvert ces dernières années qu’elles pourraient aussi avoir un rôle de « jardiniers du cerveau », en élaguant les connexions entre neurones.

La microglie serait donc un régulateur des réseaux neuronaux et synaptiques. De ce fait, elle aurait un rôle dans plusieurs pathologies psychiatriques, comme les comportements compulsifs, les démences préséniles, la schizophrénie et les troubles du spectre autistique, explique la revue Médecine/sciences.

Les derniers travaux de Donna Werling prouvent que c’est pendant les mois qui précèdent la naissance que l’on observe la plus forte différence d’expression des gènes de la microglie selon les sexes. Parallèlement, une partie de l’équipe de Werling et d’autres chercheurs ont démontré l’année dernière que les gènes associés à la microglie s’exprimaient plus fortement dans le cerveau des personnes atteintes d’autisme que dans la population ordinaire.

En considérant l’ensemble de ces résultats, Donna Werling estime plausible que l’activité plus forte de la microglie chez les fœtus mâles les rende plus sensibles aux gènes associés à l’autisme.

Des études antérieures ont déjà fait apparaître des indices d’un rôle de la microglie dans l’autisme. En 2010, des chercheurs ont rapporté dans la revue Biological Psychiatry que sur 13 échantillons de cerveaux de sujets autistes, 9 avaient des cellules microgliales d’une taille, d’une densité ou d’une activité supérieure aux valeurs habituelles. En 2014, une autre équipe a signalé dans Nature Neuroscience que des souris qui avaient un faible nombre de cellules microgliales avaient des comportements évoquant l’autisme, tels qu’une réticence à interagir avec leurs congénères.

Les travaux de Donna Werling s’accordent avec d’autres études qui suggèrent que les troubles de l’autisme sont liés à des modifications du cerveau qui surviennent avant la naissance. La promesse ultime, mais encore lointaine, de ces recherches sur les racines biologiques de l’autisme est de mettre au point des approches thérapeutiques qui manquent cruellement aujourd’hui.

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