Avec Andreï Ivanov, un récit sur des réfugiés affreux, sales et parfois méchants

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Andreï Ivanov, russophone, apatride, en un roman picaresque qui n’épargne pas le Danemark, et à travers les aventures de deux olibrius errants et dévastateurs, raconte formidablement le camp humanitaire vu par ceux qui y vivent, dont il a fait partie. Entretien et extrait en fin d’article.

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Andreï Ivanov, auteur du Voyage de Hanumân, comprend très bien qu’un éditeur de Copenhague ait finalement renoncé à le publier, craignant d’alimenter ainsi le discours d’extrême droite sur les réfugiés (après Charlie Hebdo et les attentats au Danemark, précisons-le). Certes, les deux zonards magnifiques du récit, qui pillent nourriture et caisses que les fermiers posent en bord de route, confiants en la probité de leurs concitoyens, qui montent d’improbables escroqueries incluant une chaîne de restauration Che Guevara, les fièvres diverses qui traversent le camp de la Croix-Rouge…, rien de tout cela n’est propre à rassurer un Danois inquiet. Mais c’est tout de même dommage. D’abord et surtout, c’est passer à côté d’une œuvre. Ensuite, et justement parce que c’est une œuvre, Ivanov, avec ses histoires et ses personnages, rend aux réfugiés ce dont notre regard les prive : une individualité, une humanité. Qui, comme chacun sait, est fort imparfaite.