J.O. du livre (1/8) : écrire, c'est sportif

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Jeux Olympiques, histoires & photographies

Comme l’écrit Mustapha Kessous dans l’Avant-Propos de son Que sais-je ?, Les 100 Histoires de Jeux Olympiques, les JO concentrent et sanctionnent des mois et des années d’entraînement, de sacrifices, « c’est un moment sacré, l’instant d’une existence », l'or ou l’oubli. Qui plus est, « retracer les 47 olympiades modernes (26 Jeux d’été, 21 Jeux d’hiver), c’est aussi revisiter l’histoire contemporaine », ses émancipations (les femmes, les Noirs), ses enjeux géopolitiques. Qui n'a pas en mémoire les poings levés des sprinters américains Tommie Smith et John Carlos lors des J.O. de Mexico en 1968 ? La grâce de funambule d'une Nadia Comaneci en 1976 ? L'attentat de Munich contre l'équipe israélienne en 1972 ?

Rendez-vous médiatique planétaire, les JO écrivent l'histoire du sport mais ce sont aussi des histoires, dramatiques et romanesques. « Citius, Altius, Fortius » (plus vite, plus haut, plus fort), la devise olympique vaut pour la fiction. Mustapha Kemal choisit une anecdote ou un symbole par année pour en faire 100 romans latents. Ainsi Usain Bolt qui « a quelque chose d’hollywoodien et d’irréel », « un garçon qui ne voulait pas courir le 100 m et qui, tel un éternel gamin, s’amuse à atomiser des records du monde sans se presser », avant de remporter l’épreuve reine des JO de Pékin, un 16 août 2008, après avoir grignoté des nuggets devant la télé. « 9'69, nouveau record du monde, avec un lacet défait ». Quel écrivain écrira le roman de « L’éclair » ? C’est l’histoire de Laure Manaudou, de son sacre en 2004, de ses larmes pour annoncer la fin de sa carrière quelques années plus tard, personnage que l’on retrouve en creux aussi bien dans le roman de Nicola Keegan (Nage libre) que dans celui de Gilles Bornais (8 minutes de ma vie). C’est la « locomotive tchèque », Émil Zatopek (1952), mise en mot par Jean Echenoz (Courir).

Le sport fabrique des légendes. Des légendes racontant aussi l'histoire des photos. En 2004, Raymond Depardon publie ses J.O. (Seuil). Le volume, remanié, repensé, enrichi d'un entretien inédit, vient de paraître en poche (Points), un bijou pour ses photographies en noir et blanc, bien sûr, mais aussi les textes qui les accompagnent.

De De

Le reporter-photographe suit les jeux olympiques depuis 1964 (Tokyo), année où « la télévision découvre le sport : ses images, bien qu'elles soient encore en noir et blanc font des athlètes des stars authentiques et solitaires ». La photographie, elle, saisit ce qui échappe à la caméra ou se perd dans le mouvement, elle privilégie hors stade et dévoile les coulisses du spectacle. La photographie telle que la pratique Raymond Depardon ne se contente pas de figer l'événement, elle le devance ; elle échappe aussi au diktat du direct, forgeant notre imaginaire collectif de Mexico (1968), Munich (1972), Montréal (1976), Moscou (1980).

J.O., ce sont cinq Olympiades d'été et plusieurs histoires en parallèles : celle du sport, celle du monde, celle d'un photographe qui découvre la spécificité de son sujet, apprend à trouver sa distance, cadrer, cerner ce que Raymond Depardon appelle le « moment » photographique.

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Cette série Sport et Littérature pourrait être mise sous l'exergue du paragraphe qui clôt La Tranchée d'Arenberg de Philippe Delerm : « Le sport, c'était ce qu'on n'expliquerait pas en classe, et devenait du coup si désirable. Un monde pour moi seul. Des mythes à enfourcher, à amplifier au creux de soi. Des silhouettes en noir et blanc, des phrases. La gloire et la tristesse. Tout la vie devant pour aimer ça ». Et l'écrire. Une centaine de romans (re)lus et pour certains redécouverts. Et parfois la surprise : des auteurs jusque-là peu goûtés (comme Delerm justement, Bégaudeau) dont il faut bien admettre que le sport les inspire.