Grégoire Bouillier, entre confessions et consolation

Par Cécile Dutheil (En attendant Nadeau)

« Tant que j’écris je me sens protégé. Je suis protégé », confesse l'écrivain Grégoire Bouillier. Dans le second volume de son immense Dossier M, le lecteur retrouve les niveaux, les galeries, les souterrains, une architecture très pensée, qui permet de relier ces 1 700 pages entre elles, suivant une chronologie intérieure qui n’est pas celle du calendrier.

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Il y a quatre mois, nous avions dit notre admiration pour le Livre 1, cet objet littéraire tombé du ciel de l’audace. Nous attendions avec impatience le Livre 2 de cette folle entreprise autobiographique. Ce deuxième volet est aussi riche, aussi foisonnant, mais il se distingue du premier par une série de détails, de micro-déplacements, de nouveaux personnages, jusqu’à la dernière boucle, musicale et narrative, qui parvient à une conclusion définitive. Le premier livre était placé sous le signe du suicide, celui-ci l’est plutôt sous le signe de la rupture amoureuse, comme la réponse au titre de Stig Dagerman, Notre besoin de consolation est impossible à rassasier. L’humour demeure un élément commun, déployé avec la même virtuosité, suivant une gamme plus resserrée, mais jusqu’au grand-guignol. La puissance d’analyse est aussi impressionnante, analyse de soi et de la banalité du monde autour de soi.