Institut Montaigne et Fondapol, deux styles pour des idées proches ?

Les deux think tanks les mieux dotés de France tiennent à montrer leur influence et à marquer leurs différences: objectifs, manières de fonctionner, orientation idéologique... Ils partagent pourtant, au moins, une capacité aiguë à attirer le mécénat d'entreprise.
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Le sauvetage de la Grèce,c'est eux. Et la future résistance de la France à la crise de ladette aussi. Du moins à ce qu'ils en disent... L'institutMontaigne et la Fondapol (Fondation pour l'innovation politique)sont les deux principaux think tanks de France en termes de moyens,et aussi les mieux connectés au monde de l'entreprise. Et ils sevantent, tous deux, de donner le tempo à l'actualité politique etéconomique de ce milieu d'été.

A en croire DominiqueReynié, l'idée d'une «règle d'or» inscrite dans laConstitution en matière de déficits publics émanerait ainsi de laFondapol, qu'il dirige depuis 2008. «La dette est un de nossujets centraux. Et la note de Jacques Delpla, en date du 27 janvier2010, intitulée “Réduire la dette grâce à la Constitution: créer une règle budgétaire en France”, a été reprisepar le chef de l'Etat.»

La crise de la dettegrecque a, elle, remis au goût du jour la perspective«d'obligations de l'Union européenne», déjàévoquées en 2010 par José Manuel Barroso, le président de laCommission européenne, pour financer des grands projets. Une idéeque l'institut Montaigne a, de longue date, élaborée sous le nomd'«Eurobonds». Le 21 juillet 2011, en institutionnalisant le rôle du fondsde stabilité européen, le sommet de Bruxelles semble avoir préparé le chemin, à terme, à la création d'eurobonds (euro-obligations) au seinde l'UE (lire notre article ici). Pour Frédéric Bonnevay, expertassocié à l'institut Montaigne et rédacteur de l'étude «Pourun eurobond – Une stratégie coordonnée pour sortir de la crise»: «L'institut Montaigne est un acteur important dans la recherche de solutions à la crise des endettements souverains en Europe. L'Institut a ainsi avancé des propositions pratiques pour traiter le cas d’Athènes, en concertation, notamment, avec les principaux créanciers privés de l'Etat grec.»

S'il faut sans doutemodérer ce satisfecit, ces deux think tanks peuvent, plus facilementque ceux marqués à gauche, prétendre avoir une influence directesur les politiques mises en œuvre, en raison de leur proximité avecl'actuelle majorité, même si l'institut Montaigne réfute touteorientation politique explicite, et se définit comme un «espacede réflexion ouvert et non partisan», tandis que la Fondapolassume, elle, une orientation «de centre-droit».

Pourautant, cette dernière se défend de porter les couleurs de l'UMPdans la perspective de 2012. «On n'appellera pas à voter,ni pour un candidat ni pour un parti», tranche DominiqueReynié, son directeur. David Valence, qui anime le blog Trop libre,sur le site de la Fondapol, est encore plus catégorique: «L'UMP et la Fondapol n'ont plus de liens organiques. Je ne suispas en train de faire la campagne de l'UMP. Et sur notre bloglibéral, on a publié des comptes-rendus d'ouvrages trèsfavorables à l'immigration, pas du tout dans la ligne actuelle del'UMP.»

Toutefois, le président du conseil de surveillancede la Fondation s'appelle Nicolas Bazire, directeur de cabinetd'Edouard Balladur lorsque ce dernier était premier ministre, ettrès proche de Nicolas Sarkozy, dont il a été témoin du mariageavec Carla Bruni. On dit d'ailleurs que c'est à l'initiativede l'Elysée qu'il aurait rejoint la Fondapol en 2008... Surtout,la Fondapol constitue la principale organisation du Cercle des clubspolitiques et think tanks mis en place, en janvier de cette année,par Jean-François Copé dans la perspective de la campagneprésidentielle!

L'institut Montaigne,fondé et dirigé par Claude Bébéar, alors PDG d'Axa, a, quant à lui,refusé de rejoindre ce Cercle, en dépit de la proposition qui luiavait été faite dans ce sens, car il tient à son indépendance. Le parcourséconomique du «parrain du patronat français» et sesproximités politiques – admirateur de Giscard et éphémèremaire-adjoint de Rouen dans la perspective, vite avortée, desuccéder à l'UDF Jean Lecanuet – désignent toutefoisl'institut comme proche de la galaxie libérale. A sa création, en2000, l'institut Montaigne semble d'ailleurs prendre la suitedirecte de la Fondation Saint-Simon, qui a cessé sesactivités un an auparavant.

Mais cette appartenancen'est pas portée en bandoulière, comme à la Fondapol, qui en afait son étendard. Pour Dominique Reynié, «le positionnementlibéral est marginal en France, mais sur le plan intellectuel, c'estun foyer central». L'objectif est donc de «décontaminerl'adjectif libéral dans le débat public français, où il estsynonyme d'ultra-libéral», embraye David Valence. Deuxmanières de s'afficher qui correspondent aussi à deux façons devouloir influencer la vie publique, l'une plongée dans la batailled'idées, l'autre plus feutrée, et passant par des réseaux plustechnocratiques et politiques que médiatiques.

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Les personnes interrogées pour cet article l'ont été de visu ou par téléphone entre le 4 et le 21 juillet.

Cette série sur les think tanks sera complétée, en septembre, par une autre enquête sur la manière dont les partis politiques travaillent avec les intellectuels.