Quand on n’a que l’amour

Par Sonia Dayan-Herzbrun (En attendant Nadeau)

L’Amour au tournant, premier roman traduit en français de l'écrivain algérien Samir Kacimi, est la rencontre, par hasard, de vieux messieurs dans un square d’Alger. Ils parleront de sexe, d'amour… du pays bien sûr. « Nous sommes maudits par l’Histoire, confrontés à un passé falsifié par des hommes incapables de dire la vérité parce qu’ils ont la langue et l’esprit tordu. »

La lecture des articles est réservée aux abonnés.

Sa vie lui semble à l’image de ce pays. « L’esprit a été arraché du corps, nous sommes des cadavres ambulants qui sonnent creux. » Seul l’amour aurait pu faire naître du sens dans un pays où chacun se vit « comme un résident provisoire ou comme un touriste définitif », et où le désespoir est un mal chronique, « enraciné dans le sentiment d’appartenance nationale ». C’est d’amour que ces deux hommes, au dernier tournant de leur vie, vont parler plusieurs jours de suite, allant de restaurant en café. Ou, plus exactement, c’est Qassem, le mystérieux inconnu du square, qui va révéler à Nordine l’existence et la nature de l’amour, comme le fit Diotime au vieux Socrate, en le chargeant d’écrire et de transmettre son histoire.