Jia Pingwa: le livre du rire et de l’effroi

Par Linda Lê (En attendant Nadeau)

L’Art perdu des fours anciens (quatrième roman de Jia Pingwa traduit en français) est une immense fresque où le rire rabelaisien se mêle au cauchemar de la Révolution culturelle chinoise, où le trivial côtoie le fantastique, où le drame frôle le grotesque, où les hommes ne sont plus, parfois, que des pantins éructant des slogans et réglant leurs comptes à coups de gourdin… Vertigineux.

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Dans L’Humeur, l’honneur, l’horreur, ses essais sur la culture et la politique chinoises, Simon Leys, à propos des rapports que les habitants de l’empire du Milieu entretiennent avec le passé, rappelle : « Très tôt, avant même l’époque de Confucius, les Chinois ont conçu la notion qu’il ne pouvait exister qu’une seule forme d’immortalité : celle que confère l’histoire. Autrement dit, la survie ne doit pas se chercher dans une surnature ni ne saurait s’appuyer sur les monuments et les choses – l’homme ne survit que dans l’homme, c’est-à-dire, en pratique, dans la mémoire de la postérité, par le truchement de la chose écrite»