Climat : « Nous n’avons plus le temps d’attendre »

À l’initiative de notre partenaire britannique « The Guardian », plus de trente médias de vingt pays différents, dont Mediapart et « Libération » pour la France, lancent un appel commun à l’occasion de la COP27. Dans cette sommation à l’adresse des gouvernants du monde, ils énumèrent « ce qui doit être fait » immédiatement pour conjurer « le risque existentiel pour l’humanité » que représente le changement climatique.

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Le dérèglement climatique est un problème mondial qui exige que toutes les nations coopèrent les unes avec les autres. C’est pourquoi plus de trente journaux et médias de vingt pays différents s’associent dans un même appel sur ce qui doit être fait.

Nous n’avons plus le temps d’attendre. Au lieu de sortir des hydrocarbures et de passer aux énergies propres, beaucoup de pays riches recommencent à investir dans le pétrole et le gaz. Ils échouent à réduire leurs émissions à la vitesse nécessaire et ergotent sans fin sur l’aide qu’ils seraient prêts à apporter aux pays pauvres. 

Pendant ce temps, la planète s’approche chaque jour davantage du point de non-retour – et le chaos climatique risque de devenir irréversible. 

Depuis la COP26, le précédent sommet de l’ONU sur le climat à Glasgow il y a un an, les pays n’ont promis de réaliser qu’un cinquantième – 2 % –  de ce qu’ils devraient faire pour que les températures n’augmentent pas de plus de 1,5 °C par rapport à leurs niveaux préindustriels.

Des participants à la COP27 à Charm el-Cheikh en Égypte, le 9 novembre 2022. © Photo Mohammed Abed / AFP

Aucun continent n’a échappé aux désastres climatiques cette année, des inondations au Pakistan aux canicules en Europe, des incendies de forêts en Australie aux ouragans aux États-Unis. Ces catastrophes étant la conséquence du réchauffement déjà en cours, qui est déjà de + 1,1 °C, le monde peut s’attendre à connaître des situations bien pires.

Alors que de nombreux pays cherchent à réduire leur dépendance vis-à-vis de la Russie, le monde connaît une véritable « ruée vers l’or », mais cette fois-ci vers de nouveaux projets d’énergies fossiles. Ces mesures sont présentées comme temporaires, mais elles risquent en réalité d’enfermer la planète dans un modèle qui causera des dégâts irréversibles. Tout cela participe de l’urgence avec laquelle l’humanité doit mettre fin à son addiction aux énergies fossiles. Si les énergies renouvelables étaient la norme, il n’y aurait pas d’urgence climatique. 

Ce sont les plus pauvres du monde qui vont subir le plus l’effet destructeur de la sécheresse, de la fonte des glaces et des mauvaises récoltes. Pour protéger ces personnes de la mort et de la perte de leurs moyens de subsistance, il faut de l’argent. Les pays en développement ont besoin de 2 000 milliards de dollars chaque année, selon un rapport de référence, pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et supporter la catastrophe climatique.

Les pays riches ne représentent qu’une personne sur huit dans le monde aujourd’hui mais sont responsables de la moitié des gaz à effet de serre. Ces pays ont évidemment la responsabilité morale d’aider les autres. Les pays en développement devraient recevoir suffisamment d’argent pour affronter les dangers dont ils sont si peu responsables – alors que s’annonce notamment une récession mondiale.

Les pays riches devraient respecter leur promesse d’aide financière – notamment les 100 milliards de dollars annuels dès 2020 auxquels ils s’étaient engagés – pour montrer qu’ils prennent la situation au sérieux. Au strict minimum, un impôt exceptionnel sur les profits cumulés des plus importantes entreprises pétrolières et gazières – estimés à presque 100 milliards de dollars dans les trois premiers mois de l’année 2022  – doit être mis en place.

Les Nations unies ont raison de demander que cet argent serve à aider les pays les plus vulnérables. Mais cette taxe ne devrait être qu’un début. Les pays pauvres ont des dettes qui les empêchent de se remettre des désastres climatiques et de se protéger contre les catastrophes à venir. Les États créanciers devraient avoir la générosité d’effacer la dette des pays les plus fortement touchés par l’urgence climatique. 

Ces mesures n’ont pas besoin d’attendre qu’une action internationale se coordonne. Les pays peuvent les appliquer directement aux niveaux régional et national. La responsabilité d’agir de chaque pays doit se mesurer à l’aune du cumul de ses émissions. Bien sûr, la finance privée peut aider. Mais le fardeau revient aux émetteurs historiques : c’est à eux de payer.

Résoudre la crise climatique est l’équivalent, à notre époque, du voyage sur la Lune. Aller sur la Lune fut possible en une décennie parce que d’énormes ressources y furent consacrées. C’est le même engagement dont nous avons besoin aujourd’hui. 

Mais la crise économique a réduit l’appétit de dépenses des pays riches. La planète risque d’être prisonnière de sa dépendance aux énergies fossiles à cause de la réaction d’arrière-garde des grandes entreprises. 

Pourtant, pendant la pandémie, les banques centrales à travers le monde ont facilité les dépenses des États en achetant les obligations de leurs propres gouvernements. Les milliers de milliards de dollars nécessaires pour traiter l’urgence écologique exigent la même radicalité de pensée. 

Nous n’avons plus le temps de rester apathiques ou complaisants envers nous-mêmes. L’urgence du moment doit nous saisir. La convention cadre des Nations unies sur le changement climatique doit servir d’argument d’autorité au lieu de plier devant les rapports de force. 

Pour sauver le consensus sur la nécessité d’agir pour le climat à la COP 27, il est essentiel de ne pas laisser les conflits commerciaux, et ceux en lien avec la guerre en Ukraine, bloquer la diplomatie du climat. Le processus onusien n’est peut-être pas parfait, mais il a fourni aux pays des objectifs communs pour sauver la planète. Ils doivent être poursuivis afin de conjurer un risque existentiel pour l’humanité.

Camunda News, Angola
National Observer, Canada
El Espectador, Colombie
Politiken, Danemark
Libération, France
Mediapart, France
Efimerida ton Syntakton, Grèce
Kathimerini, Grèce
Protagon, Grèce
Telex, Hongrie
The Hindu, Inde
Tempo, Indonésie
Irish Examiner, Irlande
Irish Independent, Irlande
Haaretz, Israël
La Repubblica, Italie
The Gleaner, Jamaïque
Macaranga, Malaisie
Reforma, Mexique
Centre for Journalism Innovation and Development, Nigéria
Rappler, Philippines
Gazeta Wyborcza, Pologne
Público, Portugal
Mail & Guardian, Afrique du Sud
ElDiario.es, Espagne
T&T Guardian, Trinidad et Tobago
Daily Mirror, Royaume-Uni
The Guardian, Royaume-Uni
Covering Climate Now, États-Unis
Miami Herald, États-Unis
The Nation, États-Unis
Rolling Stone, États-Unis
The Environmental Reporting Collective, Collectif international
Pacific Environment Weekly, Région Pacifique

(Traduction: Jade Lindgaard)

La rédaction de Mediapart

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