Les Strauss-Kahn bénéficient d'un regroupement familial à Washington

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En se faisant nommer directeur général du FMI, DSK a involontairement «parasité» le regroupement familial de son frère cadet «Mosk» à Washington, où il vient de rejoindre sa femme Isabelle, passée de la Banque de France à la Banque mondiale. La Banque de France réfute l'accusation de parachutage doré lancée par le Parisien du 3 avril.

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Au point de départ, c'est une banale affaire de regroupement familial.
Marc-Olivier et Isabelle se sont connus et mariés à la Banque de France, où ils sont entrés à la fin des années 1970 après de brillantes études. Côte à côte, le jeune couple méritant gravit un à un les échelons hiérarchiques au vénérable hôtel de la Vrillère, siège de la banque centrale française.
En 2007, Isabelle, directeur des opérations de marché, convoite une situation intéressante à la Banque mondiale, à Washington. Elle se porte candidate et décroche, au terme d'une compétition sévère, une fonction proche de celle qu'elle occupait à Paris. Notée AAA (le top) par les agences de notation, la Banque mondiale est un acteur important sur les marchés financiers. La prise de fonction est effective en mars 2008.
Marc-Olivier, alors directeur général en charge des Etudes et des Relations internationales, la rejoindra plus tard dans la capitale fédérale des Etats-Unis, si l'occasion se présente.
Entre-temps, pure coïncidence, Dominique, le beau-frère d'Isabelle, trouve un job dans l'institution «sœur» de la BM, sur le trottoir d'en face de la 19e rue, au Fonds monétaire international. Comme directeur général. Le patron, quoi ! Il est mieux connu en France sous les initiales de «DSK». Son cadet Marc-Olivier, c'est «Mosk» (son adresse email), devenu ces jours-ci «Moskito».
Et le hasard fait bien les choses. La Banque de France réfléchit de longue date à corriger une anomalie. Contrairement à d'autres grandes banques centrales européennes (Bundesbank allemande, Banque d'Italie), elle n'a pas de représentant détaché en permanence auprès de la Réserve fédérale des Etats-Unis, à Washington. La Banque d'Angleterre non plus d'ailleurs, mais les Anglais, c'est bien connu, sont des excentriques. Dans un communiqué du 14 mars 2008, la Banque de France annonce la nomination de Marc-Olivier au poste de «représentant en Amérique de la Banque de France», localisé comme «visiting senior advisor» (conseiller en visite senior) auprès de la Fed... à Washington.
Juste à temps pour la floraison des cerisiers (offerts aux Etats-Unis par le Japon) le long du Potomac, le regroupement, purement fortuit, de la famille Strauss-Kahn est effectif : Dominique, Marc-Olivier, Anne (journaliste-pigiste pour le Figaro) et Isabelle.
La vénérable Banque de France, qui a perdu avec la naissance de l'euro son pouvoir le plus important, celui de déterminer la politique monétaire du pays, est connue pour les avantages statutaires généreux dont jouissent ses (encore) très nombreux agents. Bref, à l'hôtel de la Vrillère, on a la fibre sociale.
Tout allait bien dans le meilleur des mondes des banquiers centraux, quand le Parisien Aujourd'hui en France croit savoir, dans son édition du 3 avril, que Marc-Olivier va meubler ses heures creuses à Washington en devenant également administrateur de la Banque interaméricaine de développement (BID).
La France y participe, avec sept autres pays, à une «chaise européenne», qui détient 4,78% des droits de vote d'une institution dominée par les Etats-Unis (30 %). L'Espagnol Luis Linde arrivant en fin de mandat, c'est au tour de la France de nommer l'occupant de cette chaise.
L'utilité de ces banques régionales de développement (comme la BAD en Asie, la BERD en Europe, etc.) est devenue discutable et discutée. Mais les postes d'administrateurs à Washington sont toujours très recherchés. Comme les emplois pour étrangers au FMI ou à la Banque mondiale, ils sont nets d'impôts (qui sont pris en charge par l'institution dans le cadre d'une convention avec le fisc américain).

Pas une nouvelle «affaire Benamou»

«Pour la BID, rien n'est fait», indique une source proche du dossier. Interrogé par Mediapart en marge de la réunion à Paris de la zone franc (pays en développement dont la monnaie est le franc CFA), la ministre de l'Economie et des Finances, Christine Lagarde, qualifie l'affaire de «scandaleusement médiatico-navrant» (sic).

A Bercy, on confirme qu'il y avait d'autres candidats. Mais «sous prétexte que Marc-Olivier Strauss-Kahn est peut-être «surqualifié» pour le poste vacant à la BID, était-ce une raison pour rejeter sa candidature ?» s'indigne une source proche du dossier. On fait remarquer qu'il y a de nombreux précédents, le Trésor acceptant régulièrement dans son réseau des agents de la Banque de France.
On trace de «Mosk» le portrait d'un homme «très modeste, très scrupuleux, pas du tout politique, économiste qui a un peu tendance à couper les cheveux en quatre» et qui n'a jamais usé de la position de son frère aîné pour faire avancer sa carrière. On se récrie à l'évocation d'une nouvelle «affaire Benamou», conseiller culturel de Nicolas Sarkozy dont la nomination annoncée (et depuis retirée) à la Villa Medicis, à Rome, a suscité une violente polémique. «Ce n'est pas le vécu des gens qui le connaissent. Ce n'est pas l'histoire», confie la même source.

Si DSK n'avait accepté, à la demande de Nicolas Sarkozy, de quitter (provisoirement ?) la scène politique française pour les rives du Potomac, son frère cadet aurait légitimement pu être candidat au poste, autrement important, d'administrateur pour la France au FMI et à la Banque mondiale. Fauteuil libéré l'été dernier par Pierre Dusquesne, ancien conseiller économique de Lionel Jospin à Matignon. En somme, le fauteur de troubles dans la famille Strauss-Kahn, c'est Dominique, pas Isabelle ou Marc-Olivier.

Selon la Banque de France, les dossiers Fed et BID sont d'ailleurs disjoints.
A Washington, Marc-Olivier est aujourd'hui en «mission» pour «mettre en place cette représentation» auprès de la Fed. Il assume cette mission, dont la durée n'est pas précisée, «dans les conditions habituelles aux agents de la Banque de France détachés à l'étranger, conditions qui ne correspondent pas à celles évoquées dans l'article du Parisien : en particulier, le salaire de base et l'indemnité d'expatriation sont nettement inférieurs à ceux avancés» (160.000 euros et 150.000 euros respectivement, selon le quotidien). «En outre, explique la Banque de France, les revenus ne sont pas nets d'impôts et les frais de représentation ne sont remboursés que sur justificatifs.»

Il semble, mais personne n'en est très sûr à Paris, que la BID autorise le cumul des positions mais pas celui des rémunérations. Question qui se posera si «Moskito» s'en va finalement siéger à son conseil d'administration.

Le communiqué de la banque centrale française précise qu'il devra «renforcer les liens avec la Federal Reserve américaine, notamment en matière de fonctionnement des marchés, développer les relations dans le domaine de la recherche économique et monétaire». Un peu surprenant puisque l'interlocuteur naturel de la Fed sur les opérations de marché est la Banque centrale européenne (BCE) et que le «bras armé» de la Fed est la branche de New York.

A la Banque de France, on écarte ces objections en soulignant que la Bundesbank allemande, la Banque d'Italie, sans parler de la Banque du Japon, sont présentes à un niveau «senior» à Washington, auprès de la Fed. Et que «Mosk» aura autorité sur le représentant de la Banque de France à New York, où il se rendra fréquemment. Et on juge le moment, une crise financière sans précédent, particulièrement propice à l'établissement de relations permanentes.