Berlin souhaite une zone euro plus intégrée

À leurs yeux, la crise de la zone euro est loin d'être réglée: des économistes et juristes allemands montent au créneau, partisans d'une nouvelle étape dans l'intégration européenne. Angela Merkel elle-même veut de nouveaux traités. Quitte à passer sous silence un autre débat : les déséquilibres de la première économie de l'UE, et leurs dégâts sur le continent.

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De notre envoyé spécial à Bruxelles
On s'attendait à ce que la chancelière allemande mène le bal, lors du conseil européen de décembre, forte de son indiscutable réélection quelques semaines plus tôt. À ce que l'on n'entende qu'elle autour de la table, comme d'habitude. Mais l'« impératrice » de l'Europe, comme la surnomment certains, s'est trouvée bien isolée, le 19 décembre au soir, au moment d'aborder le sulfureux dossier des « contrats », hypothétiques piliers d'une zone euro plus intégrée.
Berlin réfléchit, depuis bientôt deux ans, à des « arrangements contractuels » qui lieraient les capitales entre elles, afin de renforcer la coordination des politiques (lire notre article). Ce soir-là, ce sont des alliés traditionnels d'Angela Merkel qui ont bruyamment exprimé leur désaccord, inquiets de voir les marges de manœuvre des exécutifs nationaux un peu plus rognées. À commencer par le conservateur néerlandais Mark Rutte, mais aussi l'Espagnol Mariano Rajoy. Toute décision a été reportée, non pas à juin, comme on s'y attendait en ouverture du sommet, mais à octobre 2014, preuve que l'affaire est très loin de faire consensus au sein des 28 (lire la page 1 des conclusions).  
L'insistance de Berlin sur ce dossier délicat s'inscrit dans un paysage nouveau côté allemand. Pour son troisième mandat de chancelière, Angela Merkel n'est plus en coalition avec les libéraux du FDP, devenus eurosceptiques au fil de la crise, mais avec des sociaux-démocrates du SPD, a priori plus allants sur les questions européennes. Elle doit aussi faire avec la puissante CSU bavaroise, qui vient de se lancer dans une campagne critique contre les immigrés « profiteurs » d'Europe de l'Est.
Si personne ne s'attend à de grands bouleversements, la chancelière pourrait tout de même avoir les coudées plus franches, sur la scène intérieure, pour défendre ses convictions européennes. Devant les élus du Bundestag le 18 décembre, elle a ainsi déclaré que « si les bases juridiques ne suffisent pas, il faut faire évoluer les traités ». Cette position n'est pas nouvelle, et Berlin réclame depuis plusieurs années une « union politique » qui viendrait compléter l'union monétaire de la zone euro. Mais cela faisait longtemps que Berlin ne l'avait pas exprimée aussi clairement, en partie pour ne pas gêner son partenaire français, allergique à toute renégociation des traités européens à court terme.  

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