L'ancien PDG de France Télécom mis en examen pour «harcèlement moral»

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Didier Lombard, ancien PDG de France Télécom, a été mis en examen pour « harcèlement moral » dans l'enquête sur les suicides qui ont endeuillé l'entreprise ces dernières années. Une première. « On franchit un pas important dans la direction d'un procès », se félicite Jean-Paul Teissonnière, l'avocat du syndicat Sud, à l'origine de la plainte.

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« On franchit un pas important dans la direction d'un procès. » Jean-Paul Teissonnière, l'avocat du syndicat Sud, ne cachait pas sa satisfaction mercredi matin, alors que le site internet du Monde venait d'annoncer l'audition par Pascal Gand, juge du pôle de santé public de Paris, de l'ancien PDG du groupe France Télécom-Orange, Didier Lombard, et de deux de ses anciens collaborateurs. Quelques heures plus tard, son avocat, Me Jean Veil, annonçait que son client était « mis en examen. Il fait l'objet d'un contrôle judiciaire avec un cautionnement de 100 000 euros. Il ne s'est pas expliqué sur le fond du dossier », a déclaré l'avocat, cité par l'Agence France-Presse.

Il s'agit d'une avancée décisive dans la procédure pour harcèlement moral ouverte depuis 2010 à l'encontre des dirigeants de l'époque, et contre l'entreprise France Télécom-Orange en tant que personne morale. « Après une telle mise en examen, il devient difficile d'imaginer un non-lieu », se réjouit Me Teissonnière.

Didier Lombard, qui avait dû quitter la direction opérationnelle du groupe en mars 2010, a été entendu ce mercredi à 14 heures, avant son ancien directeur des ressources humaines, Olivier Barberot. Jeudi, c'est l'ancien numéro deux du groupe, Louis-Pierre Wenès, qui sera entendu. Vendredi, des représentants de l'actuelle direction sont à leur tour convoqués.

Didier Lombard, PDG de 2005 à 2010 © Reuters Didier Lombard, PDG de 2005 à 2010 © Reuters

Ces anciens dirigeants sont à l'origine du plan Next, un vaste plan de restructuration interne qui a consisté à supprimer 22 000 postes en deux ans et à réorienter 14 000 salariés vers d'autres métiers. Une opération menée avec une extrême violence managériale, comme l'ont prouvé depuis de nombreux témoignages et audits réalisés par des experts indépendants. Un rapport de l'inspection du travail a mis en cause de façon très sévère la gestion des personnels dans l'entreprise. Fin 2009, le rapport du cabinet Technologia avait rendu lui aussi des conclusions très sévères, en détaillant la souffrance des personnels sur l'ensemble du territoire.

En 2008 et en 2009, l'entreprise a été marquée par une vague de suicides sans précédent, une quarantaine au total, avec un pic dramatique à l'été 2009. Dans plusieurs de ces cas, le lien avec l'activité professionnelle n'a jamais fait de doute. La nouvelle direction de France Télécom-Orange a d'ailleurs requalifié récemment en accident de service le suicide de deux collaborateurs. Celui, en juillet 2009, de Michel Deparis, un technicien marseillais qui avait laissé une lettre accusatrice avant de se donner la mort. « Je me suicide à cause de mon travail à France Télécom, avait-il écrit. C’est la seule cause. Urgence permanente, surcharge de travail, absence de formation, désorganisation totale de l’entreprise. Management par la terreur ! Cela m’a totalement désorganisé et perturbé. Je suis devenu une épave, il vaut mieux en finir » (lire notre article)

Plus récemment, l'entreprise avait reconnu comme accident lié au service l'immolation en avril 2011 de Rémy Louvradoux, employé de France Télécom Orange à Mérignac (Gironde), qui avait confié sa souffrance dans une lettre ouverte rédigée en 2009. « Je suis de trop », avait-il alors écrit (lire notre article).

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