La «plume» de Bercy fait l’éloge de la corruption

Par

Gaspard Kœnig, qui fut la «plume» de Christine Lagarde au ministère des finances, vient de publier Les Discrètes Vertus de lacorruption. Une promenade historico-philosophique un tantinet impertinente, à la recherche des penseurs de la prévarication. Mais page après page, ce sont les valeurs du berlusconisme qui transparaissent. Et aussi, celles du sarkozysme. Parti pris.

Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

Il est des livres bavards. Non pour ce qu’ils disent, mais pour ce qu’ils révèlent, presque involontairement, de l’époque à laquelle ils ont été écrits. Des livres, si l’on peut dire, où l’explicite compte peu, et l’implicite beaucoup. C’est le cas des Discrètes Vertus de la corruption(Grasset, octobre 2009), dont l’auteur est Gaspard Kœnig, qui fut la «plume» de la ministre des finances, Christine Lagarde, jusqu’au printemps.

 

A feuilleter rapidement cet essai, on pourrait croire, effectivement, que c’est un marivaudage intellectuel commis par un jeune normalien et agrégé de philosophie en mal de notoriété, au cours duquel l’auteur cherche moins à convaincre son lecteur d’un point de vue qu’il sait paradoxal qu’à faire étalage de sa culture.

 

Publié par un éditeur — Grasset — qui s’est fait une spécialité des joutes intellectualo-mondaines de quelques cénacles parisiens huppés et du CAC 40, le livre s’applique en effet à donner à ceux qui le lisent le grand frisson du politiquement incorrect: une réhabilitation de la corruption! Quelle audace, vraiment! Et quelle érudition!

C’est donc sur ce registre de la provocation policée et cultivée que joue en permanence notre auteur, à la manière d’un Alain Minc, qui adore citer Marx devant un auditoire de très grandes fortunes. Non pour emporter la conviction, mais pour faire sensation. Loin des sentiers battus, loin des convenances, n’explore-t-il pas des voies aussi sulfureuses qu’audacieuses ?

 

Au début, donc, le livre se pique de philosophie et cherche à réhabiliter Bernard Mandeville, «philosophe qui fit scandale dans l’Angleterre du début du XVIIIe siècle», notamment pour avoir publié un ouvrage La Fable des abeilles défendant l’idée que «les vices privés font le bien public». Cette référence est le point de départ d’une promenade politico-littéraire: de Fouquet jusqu’à Talleyrand, de Juvénal jusqu’à Chomsky, l’auteur s’applique à démontrer que «la corruption est le processus même de la vie». «On pourrait donc, en extrapolant le raisonnement de Mandeville, explique-t-il, mesurer la créativité et le dynamisme d’une économie à son degré de corruption. Le respect exagéré des procédures contractuelles trahit toujours un certain désintérêt pour la transaction. Au contraire, la corruption permet à l’intérêt individuel de s’exprimer sous les formes les plus audacieuses et les plus insolentes».

 

Mais derrière ces sophismes, n’y a-t-il qu’un jeu intellectuel prétentieux et creux? A la première lecture, on pourrait d’autant plus le penser que, s’il a été la «plume» de Christine Lagarde avant d’exercer ses talents actuellement à la Banque européenne de reconstruction et de développement (Berd) — un établissement qui se doit d’être très vigilant aux risques de corruption dans ses procédures d’aides dans les anciens pays de l’Est —, l’auteur se garde d’évoquer l’actualité. Il s’aventure certes à parler des quelques grandes affaires qui ont marqué le second septennat de François Mitterrand (Péchiney, etc.) Mais, sans prendre la peine de justifier ses silences, il ne va pas au-delà. Il n’évoque ni les affaires de corruption qui ont marqué les années Chirac (la cassette Méry par exemple), ni celles qu’il aurait eu à connaître, lors de son passage au ministère des finances — un formidable lieu d’observation sur la vie des affaires, pourtant.

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale