Vivre de squat, d'échanges et récup'

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Gaillac, 14 000 habitants au nord-est de Toulouse. Ancien OS d’Airbus, Fabrice roule à l’huile de friture et vit en autonomie. Justine s’y essaie. Comme d’autres, ils tentent de se construire un ailleurs, au-delà du monde marchand, et de recréer un dialogue après les événements autour du projet de barrage de Sivens, qui ont durablement marqué la région. Premier article de notre série « Au-delà de l'économie marchande ».

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Gaillac (Tarn), de notre envoyé spécial.-  6 h 45, un lundi de la fin juin. Gaillac s’ébroue. La place de la Libération est encore vide, le soleil tourne sur les façades de briques ocre et rose. En costume-cravate, seuls au volant de leurs voitures, les cadres défilent, direction Toulouse, parfois Albi. Quelques vignerons se rendent aux vignes. Et justement, une Citroën ZX antique se profile à l’horizon. À bord, Justine, 25 ans, peu diserte, et Flora, 33 ans, les yeux encore baignés de sommeil. Dix kilomètres de route bordés de platanes vers Cahuzac-sur-Vère. De chaque côté, la vigne, et les caves coopératives. Un rond-point orné d’une sculpture moderne annonce fièrement l’invention, ici même en 1984, du sécateur électrique. Puis un chemin de terre, le long d’un champ de blé, et la vigne, qui s’étend sur une parcelle de plus d’un hectare. Dans le coffre, des atomiseurs pour asperger les feuilles d’un domaine pas comme les autres. Il s'agit d'une vigne collective : 1 hectare et 23 ares de mauzac (blanc), 25 ares de duras (rouge), prêtés par un vigneron du coin, qui les a en fermage et récolte un peu d’aide en échange. C’est aussi lui qui se charge de la vinification.