Les mensonges sur France Télécom éclairent ceux sur la SNCF

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Pour justifier les ordonnances sur la SNCF, le gouvernement assure que son seul objectif est d’améliorer le fonctionnement de l’entreprise dans le cadre de l’ouverture à la concurrence. Les mêmes arguments, avancés pour France Télécom voilà 20 ans, ont débouché… sur une cascade de mensonges !

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Craignant une épreuve de force sociale avec les cheminots, le gouvernement multiplie les messages rassurants et cherche à convaincre l’opinion que la réforme envisagée de la SNCF poursuivra de très nobles ambitions : sauver l’entreprise et assurer son redressement. Il prend même à témoin les usagers, faisant valoir que ceux-ci sont excédés par les retards trop fréquents des trains et appellent eux-mêmes de leurs vœux un sursaut.

Ce message apaisant, c’est par exemple celui qui transparaît du « projet de loi pour un nouveau pacte ferroviaire » devant permettre au gouvernement de faire passer la réforme à coup d’ordonnances (lire notre article ici).

Dans ce texte, on apprend ainsi qu’il va permettre au gouvernement de « prendre par ordonnance toute mesure relevant du domaine de la loi pour améliorer le fonctionnement du groupe public ferroviaire dans le contexte de l'achèvement de l'ouverture à la concurrence des services de transport ferroviaire ». Dans ce cadre, le gouvernement entend plus précisément modifier « les missions, l’organisation, la gouvernance et la forme juridique » de la SNCF.

En clair, il s’agit, comme l’a déjà indiqué le gouvernement, de transformer le statut de la SNCF, en la faisant passer d’établissement public industriel et commercial (EPIC) en société anonyme « à capitaux publics ». Cette transformation, selon l’exposé des motifs du gouvernement, a pour objectif de donner à la SNCF « une plus grande efficacité et lui permettre de s’adapter, dans le même temps, à la concurrence de nouveaux opérateurs ».

En bref, les cheminots n’ont rien à craindre de la réforme, qui vise en fait à défendre le service public.

Pour qui a la mémoire longue, ces belles promesses font pourtant sourire. Ou elles peuvent agacer. Car voilà un peu plus de vingt ans, en 1997, ce sont des promesses très voisines qui ont été faites pourvune autre importante entreprise de service public, France Télécom. Le gouvernement avait alors promis que la réforme envisagée visait juste à adapter l’entreprise à la concurrence, à la rendre plus forte.

Il avait juré ses grands dieux que le service public resterait exemplaire, que l’entreprise serait une vitrine sociale, que les mœurs sulfureuses du capitalisme anglo-saxon n’y auraient jamais cours. Il avait assuré que le changement de statut de l’entreprise ne modifierait pas ses missions d’intérêt général, et que le changement de statut des nouveaux embauchés ne modifierait pas les règles sociales de l’entreprise.

Or, tous ces arguments se sont révélés être une… cascade de mensonges. À l’heure où des arguments voisins sont avancés pour justifier la réforme de la SNCF, mieux vaut donc se replonger dans cette histoire qui, pour être ancienne, n’en est pas moins riche d’enseignements. Tant il est vrai que certains promesses n’engagent… que ceux qui y croient.

Au début de 1997, dans le feu de la bataille des législatives, François Hollande, qui est à l’époque premier secrétaire du Parti socialiste, fait la suggestion à la faveur d’un entretien avec La Tribune que France Télécom, gigantesque entreprise de service public qui jouit alors d’une situation de monopole, puisse voir son capital légèrement évoluer. Il n’évoque pas précisément une ouverture du capital, juste « une respiration ». Aussitôt, Lionel Jospin se fâche et réplique publiquement que si les socialistes gagnent les élections, France Télécom, qui a la charge du service public des télécommunications, restera « 100 % public ».

On sait pourtant ce qu’il est advenu. Devenu premier ministre, le même Lionel Jospin envisage de tourner casaque et de ne pas honorer son engagement. Pour préparer ce grand virage, il demande donc à un ancien ministre socialiste, Michel Delebarre, de préparer en urgence un rapport, faisant des recommandations pour l’avenir de France Télécom. Et c’est ce rapport dans lequel il est intéressant de se replonger, car, avec plus de vingt ans de recul, on y trouve la trace de la cascade de mensonges qui ont été servis à l’époque pour justifier l’ouverture du capital. Des mensonges qui viennent souligner l’hypocrisie des propos publics que l’on entend aujourd’hui autour de la SNCF.

Voici donc ce rapport de Michel Delebarre, qui a été rendu public le 5 septembre 1997 :

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Des remarques avisées m'ont amené à apporter des précisions sur le cheminement qui a conduit au changement de statut de France Télécom.