Un sarkozyste doit être nommé à la tête de l'Insee

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Selon nos informations, Nicolas Sarkozy envisage de prendre un décret en conseil des ministres pour installer au poste de directeur général de l'Insee Jean-Luc Tavernier, l'ex-directeur de cabinet d'Eric Woerth au ministère du budget. Cette possible promotion scandalise de nombreux économistes de l'Institut dont la crédibilité est assise sur son indépendance.

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C’est une promotion qui va faire scandale. Selon nos informations, Nicolas Sarkozy s’apprête à porter à la tête de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) l’un de ses proches, Jean-Luc Tavernier. Il a été de 2007 à 2010 directeur de cabinet d’Eric Woerth, à l’époque ministre du budget.

En pleine campagne présidentielle, la promotion à ce poste d’un ultra-sarkozyste risque d’alimenter la controverse pour une double raison : parce qu’elle contrevient aux engagements d'impartialité pris par le chef de l’Etat, mais en permanence écornés ; parce que la place de l’Insee dans la vie économique française et son statut d’indépendance devraient d’autant plus exiger que cette maison soit dirigée par un haut fonctionnaire reconnu pour son indépendance et son impartialité.

Dans l’immédiat, rien n’est encore officiel : le chef de l’Etat n’a pas encore pris le décret en conseil des ministres qui mettra fin aux fonctions du directeur général actuel de l’Insee, Jean-Philippe Cotis, et installera son successeur. Mais selon de très bonnes sources, l’affaire est définitivement tranchée, et le décret sera pris sous peu, peut-être même dès la semaine prochaine. Le sort de Jean-Philippe Cotis est ainsi scellé : il rejoindra la Cour des comptes. Et Jean-Luc Tavernier le remplacera.

Si la révélation de ce jeu de chaises musicales et la polémique qu’elle risque d’engendrer n'en dissuadent pas le chef de l’Etat, l’affaire va donc faire grand bruit, à l’Insee d’abord, mais aussi bien au-delà de cette maison.

Jean-Luc Tavernier est un proche de Nicolas Sarkozy et l’a accompagné dans toutes ses batailles. C’est donc beaucoup plus qu’un haut fonctionnaire ayant des convictions partisanes ; c’est un militant. De la mi-2005 à la mi-2006, il a fait partie d’un groupe secret d’experts baptisé le « Collège des Dix », qui se réunissait le jeudi à partir de 18 heures, au Sénat, à raison d’une réunion par mois, sous la houlette de l’ancien ministre du budget, Alain Lambert, et qui avait la charge d’élaborer le programme économique de Nicolas Sarkozy pour l’élection présidentielle de 2007.

Aux côtés du libéral patron d’Axa, Henri de Castries, de l’économiste de l’OCDE, Frédéric Gonnand, d’un haut fonctionnaire de la direction des études du ministère du travail, Antoine Magnier, du directeur adjoint du cabinet de Jean-FrançoisCopé, Philippe Heim (qui venait en cachette, pour que son patron, à l’époque en froid avec Nicolas Sarkozy, ne le sache pas), de Pierre Mariani, l’ami de Nicolas Sarkozy, ex-directeur de cabinet au budget qui a pris ultérieurement les commandes de Dexia, la banque franco-belge des collectivités locales en situation de quasi-faillite, Jean-Luc Tavernier a donc contribué à préparer certaines des réformes parmi les plus contestées que Nicolas Sarkozy a mises ensuite en œuvre au lendemain de 2007.

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