Face à l'austérité, les paroles creuses du commissaire Pierre Moscovici

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Le commissaire français plaide pour un coup de pouce de 50 milliards d’euros en vue de soutenir la zone euro en 2017, face aux risques de ralentissement économique. Dans son viseur, les excédents budgétaires allemands. Mais Moscovici peut-il imposer ses vues ?

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De notre envoyé spécial à Bruxelles.– Le nouveau bras de fer entre la Grèce et l’Eurogroupe, la réunion des ministres des finances de la zone euro, a des airs de déjà-vu (voir ici et ). Il ressemble à une redite, mezza voce, de la bataille de l’été 2015, lorsque Alexis Tsipras avait fini par céder face à ses créanciers, sous la menace d’un « Grexit » (une sortie de la Grèce de la zone euro). Comme si chacun campait encore sur ses positions, 18 mois plus tard, alors que se profile un très délicat allègement de la dette grecque.

L’impression est en partie trompeuse. L’Allemagne (par son ministre des finances Wolfgang Schäuble) et les Pays-Bas (en la personne du patron de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem) restent les interlocuteurs les plus durs. Le Fonds monétaire international (FMI), qu’Athènes aimerait bien voir disparaître du paysage, continue de contester l’analyse des autres créanciers, en Europe. Mais Alexis Tsipras a beaucoup fait évoluer ses positions. Quant à la Commission européenne de Jean-Claude Juncker, elle a esquissé ce qu’elle décrit comme rien de moins qu'un changement d’approche en matière budgétaire.

Le commissaire français Pierre Moscovici a présenté, le 16 novembre, à Bruxelles, un document qui a fait peu de bruit, quelques jours à peine après l’élection de Donald Trump aux États-Unis. Assez technique, ce texte de 18 pages n’est disponible qu’en anglais. C’est une communication, c’est-à-dire un document sans valeur juridique, qui fixe la position de la Commission européenne sur un sujet précis, en l’occurrence la « position budgétaire » (fiscal stance) de la zone euro.
En résumé, ce texte propose d’en finir avec l’austérité, non pas au niveau national, mais à l’échelle des 19 États de l’eurozone dans leur ensemble, pour les années 2017 et 2018. Le socialiste français, qui avait été accusé d’ingérence dans la campagne des législatives grecques de janvier 2015 (en soutenant implicitement la droite de Nouvelle Démocratie), estime désormais que « la Grèce ne peut être condamnée à l’austérité sans fin ». Ce document marque-t-il vraiment une rupture ? Analyse en cinq temps.