Les cinq fardeaux de Marine Le Pen

La présidente du FN compte sur les municipales de 2014 pour faire fructifier ses 17,9 % recueillis à la présidentielle. Mais derrière une apparente bonne santé, le FN traîne plusieurs boulets. À commencer par les anciens du GUD qui entourent sa présidente.

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Marine Le Pen compte sur les élections municipales de 2014 pour faire fructifier ses 17,9 % recueillis à la présidentielle. Ce mercredi, la présidente du FN profitera du traditionnel défilé du 1er Mai organisé par son parti en l'honneur de Jeanne d'Arc, place de l'Opéra, à Paris, pour surfer sur un climat politique dégradé et un chômage record. Mais derrière une apparente bonne santé, le FN traîne plusieurs boulets.

1) Les contradictions dans le discours sur les affaires

C’était le lendemain des aveux de Jérôme Cahuzac. Devant les caméras, Marine Le Pen se félicite : « Le fait que nous n’ayons pas d’amis chez les grands patrons, (ni) dans la grande finance ou dans les grands laboratoires pharmaceutiques, c’est une garantie que nous pourrons gouverner sans être les otages de telle ou telle influence, de tel ou tel ascenseur à renvoyer. » Le FN serait le seul parti « honnête », affirme-t-elle, et le reste de la classe politique doit faire l'objet d'une « opération mains propres ».

Quelques heures plus tard, c’est pourtant l’un de ses proches conseillers, l’avocat Philippe Péninque, qui apparaît dans la galaxie Cahuzac : Le Monde révèle que l’avocat a ouvert le compte suisse de l’ex-ministre du budget, en 1992. De quoi embarrasser la présidente du FN, elle qui n’a de cesse de dénoncer la « caste », le « système » « UMPS » et « médiatico-politique », une « élite devenue complètement immorale », qui vit en vase clos, « méprise » le « peuple français » et auto-protège ses intérêts. Chaque affaire est devenue l’occasion pour la présidente du FN de réciter ce refrain (lire notre article).

Marine Le Pen évolue pourtant en plein dans ce « système » qu’elle dénonce. Dans les années 1980, Jean-Marie Le Pen a lui-même détenu un compte en Suisse, ouvert par le trésorier de son micro-parti à l’époque. Et l’ancien trésorier a utilisé dans les années 1990 les services de plusieurs sociétés offshore, comme l'a révélé Mediapart le 10 avril. Voilà donc Jean-Marie Le Pen dans la même position que François Hollande et son trésorier de campagne, Jean-Jacques Augier, actionnaire de deux sociétés aux îles Caïmans. Le parallèle gêne le Front national, qui s’était emparé de l’affaire Augier en dénonçant, par la voix de son numéro deux Louis Aliot, la « gauche caïman ».

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2) L’encombrante galaxie du gud autour de marine le pen

L’actualité des dernières semaines a remis un coup de projecteur sur les anciens du GUD (Groupe union défense) qui gravitent autour de Marine Le Pen, dans l’ombre. L’affaire Cahuzac d’abord, avec la révélation des liens entre l’ex-ministre et d’ex-gudards. Mais aussi les débordements des manifestations des anti-mariage pour tous, qui ont mêlé plusieurs anciens membres de l'organisation.

Aujourd'hui, plusieurs proches de Marine Le Pen évoluent dans cette galaxie, autour de Frédéric Chatillon. Vieil ami de la présidente du FN et ancien chef du Groupe union défense (GUD), il dirige la société de communication Riwal, l’un des prestataires de la campagne présidentielle du FN en 2012. Nationaliste révolutionnaire, depuis longtemps proche des Syriens du parti Baas, ancien directeur de la librairie révisionniste Ogmios, mais aussi « pote » de Dieudonné, Chatillon est resté très proche de la mouvance néo-fasciste européenne. Il s’est propulsé parmi les conseillers officieux de Marine Le Pen, et on a pu l’apercevoir lors de meetings et de déplacements à l’étranger de la candidate. Comme en novembre 2011, au salon des maires :

Tout comme Philippe Péninque, qui s'affiche aux côtés de Marine Le Pen lors d’un déplacement à Aulnay-sous-Bois en 2007 (photo ci-contre). Aujourd'hui, l'avocat ne renie rien de ses années GUD : « Bien sûr », il voit encore ses anciens membres, « on se connaît tous », expliquait-il tout récemment à des journalistes de Canal Plus.

Mieux : il s’« honore d’avoir été au Groupe union défense » et estime que « nous serons considérés, quand l’Histoire va nous rendre raison rapidement, comme des héros et des résistants ».

C'est un autre personnage de cette galaxie qu'a placé Marine Le Pen au poste de trésorier de « Jeanne », son micro-parti : Olivier Duguet. Lui aussi ancien du GUD, il est l'homme de main de Frédéric Chatillon. À l'origine de la création de plusieurs sociétés liées au patron de Riwal, il partage sa ligne de soutien à Bachar al-Assad.

Autre élément clé du clan : Axel Loustau, lui aussi proche ami de Chatillon et président de la société privée Vendôme Sécurité, également prestataire de service du Front national. À l’origine de débordements dans les manifestations des anti-mariage pour tous, il a été interpellé le 23 avril après les affrontements avec la police et les violences à l’encontre de journalistes. Un comble : Axel Loustau est l'un des responsables de la sécurité du défilé frontiste du 1er Mai. 

Sur des images filmées par le « Petit Journal » de Canal Plus le 16 avril, on l’aperçoit avec d’autres membres de la galaxie Chatillon, comme Antoine Roucheray (ancien du GUD lui aussi), Albéric d’Herbais et Lancelot Galey.

Dans ces manifestations, on pouvait croiser un autre ancien “gudard” du FN : Édouard Klein, chef du GUD jusqu’à l’année dernière, qui a rejoint le FN au printemps 2012. Le jeune homme figure d’ailleurs sur plusieurs photos prises lors de la soirée à huis clos du 40e anniversaire du FN (en décembre 2012), où on le voit poser aux côtés de la députée Marion Maréchal-Le Pen et du patron du FNJ, Julien Rochedy :

Sur cette photo, on voit aussi, au centre, Baptiste Coquelle, un autre gudard, que l’on retrouve sur ce cliché faisant un salut nazi avec un casque SS (après la diffusion de ces photos, Marine Le Pen a affirmé l'avoir « viré » du FN) :


Les manifestations des anti-mariage pour tous ont révélé d’autres mauvaises fréquentations de membres du FN. Ainsi, le 13 janvier, le chef du British National Party (BNP), parti d'extrême droite britannique, Nick Griffin, connu pour ses déclarations racistes, négationnistes et antisémites, a défilé dans le cortège du FN aux côtés des députés FN et de Bruno Gollnisch.

Des fréquentations bien loin de la « dédiabolisation » prônée par Marine Le Pen. Mais les responsables du Front national n’aiment pas qu’on le leur rappelle : ils refusent désormais le qualificatif d’« extrême droite » – et n’hésitent pas à attaquer les journalistes et chercheurs qui prétendraient l’inverse. Le 21 avril encore, Marine Le Pen a dénoncé « l’amalgame » sur « le grand terme “extrême droite” dans lequel on colle tout le monde ».

Interrogée sur l’entourage des ex-gudards dans l’émission « Dimanche Plus », le 28 avril, la présidente du FN s’est d’ailleurs énervée : « Je n’avais pas vu un reportage comme ça depuis les années 1980 ! » a-t-elle répété, terminant l’émission en lançant des « Madame la commissaire politique » à la présentatrice, Anne-Sophie Lapix.
 

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3) Le bilan catastrophique des quatre villes gérées par le FN

Marine Le Pen n’aime pas davantage qu’on lui rappelle que les quatre uniques expériences municipales du Front national se sont soldées par quatre désastres. En 1995, Jacques Bompard conquiert Orange, Jean-Marie Le Chevallier – ex-directeur de cabinet de Le Pen – Toulon, Daniel Simonpieri Marignane, puis, en 1997, les Mégret remportent Vitrolles. Ces quatre gestions municipales du FN sont marquées par une démolition de la culture, un clientélisme et des affaires, et des finances calamiteuses. Élus sur le slogan « tête haute, mains propres », trois maires frontistes sur quatre ont été condamnés. Pour autant, la présidente du FN continue d'utiliser ce credo.

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4) Un déficit de cadres locaux compétents

Les élections cantonales de 2011 ont fait éclater au grand jour le problème : en manque de cadres, mais soucieux d'être présent sur tout le territoire, le Front national avait investi un grand nombre de candidats fantômes ou perroquets, incompétents ou « attrape-tout ». Certains refusaient de dévoiler leur visage, beaucoup ne connaissaient pas les compétences du conseil général, ni les problématiques du canton où ils se présentaient, mais tous devaient répéter un argumentaire distribué par le siège.

Le FN est bien conscient du problème. À l’approche des municipales, il tente de pallier ce manque de cadres locaux par des sessions de formation. Son objectif : décrocher 70 conseillers municipaux et ravir des villes entre 10 000 et 30 000 habitants (comme Hénin-Beaumont, Forbach, Carpentras, Saint-Gilles, Tarascon).

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5) Des tiraillements internes et une nouvelle concurrence à droite

Dernier handicap, et pas des moindres : le grand raté face au mariage pour tous. La mise à l'agenda de ce sujet sociétal a été l'occasion d'un grand déballage sur les tiraillements internes du FN. Le parti s'est montré très divisé sur la question de sa participation aux manifestations contre ce texte. Tandis que des élus FN et UMP ont défilé ensemble, en tête de cortège, Marine Le Pen a refusé de manifester. Aujourd'hui, plusieurs responsables frontistes estiment que son refus de participer à ce « Mai 68 de droite » a été une « erreur stratégique ».

Mais désormais, c’est la “Manif pour tous” elle-même qui empoisonne le FN : le parti pourrait pâtir de la structuration d’un mouvement allant de la droite gaulliste à une partie de l’extrême droite, autour du collectif de Frigide Barjot. L'égérie de la Manif pour tous veut pérenniser le mouvement : elle a annoncé une nouvelle mobilisation le 26 mai et la présentation de candidats aux municipales.

Depuis, le parti frontiste et le collectif se tirent dessus. Le 21 avril, sur France 2, Marine Le Pen a estimé que la Manif pour tous était « en train très d'être largement reprise en mains par l'UMP, ainsi que son égérie Mme Barjot », qu’elle qualifie, dans Le Parisien, d’« illuminée qui se demande quel bénéfice elle va pouvoir tirer de tout ça ». Gilbert Collard a enfoncé le clou : la porte-voix de la Manif pour tous est une « réductrice de tête », son mouvement « pour tous » ne devait « rien exclure », il a au contraire été « récupéré » par l'UMP. De son côté, Frigide Barjot juge le Front national « pas assez fédérateur » et « trop réducteur ». Aux prochaines élections, les deux mouvements se disputeront une grande partie d'un même électorat.
 

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Marine Turchi

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