En panne d’alliances, Benoît Hamon espère relancer son mouvement

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Génération.s, le mouvement politique créé par l’ex-candidat socialiste à la présidentielle, prétend incarner une gauche humaniste, écologiste et européenne. Mais réuni tout le week-end en convention nationale, il peine à créer son espace politique, faute d’alliances.

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Grenoble, envoyée spéciale.– Ce nouveau départ sera-t-il le bon ? Après le meeting de lancement du mouvement, le 1er juillet 2017 à Paris, et la convention pour lui donner un nom, en novembre dernier au Mans, c’est la troisième fois en un an que Génération.s se réunissait, samedi et dimanche, sous le soleil de Grenoble. But de l’opération, qui a rassemblé 1 500 militants dans une salle de concert située à deux pas du quartier de la Villeneuve : sortir des débats internes pour tenter d'occuper un espace politique, aujourd'hui saturé, entre Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon.

« Le temps de la politique va venir. Là, on s’est armés pour le long terme. Maintenant on va pouvoir construire une majorité sociale et politique pour changer les choses », a assuré Benoît Hamon pour rassurer ceux qui, depuis des mois, ont l’impression que le mouvement patine. L’ancien candidat du PS à la présidentielle a d’ailleurs boudé les journalistes tout le week-end, jugeant que les papiers publiés étaient trop négatifs…

Benoît Hamon à Toulouse en avril 2017 © Reuters Benoît Hamon à Toulouse en avril 2017 © Reuters

Force est pourtant de constater que la première année d’existence de Génération.s n’a rien d’un chemin parsemé de roses. Il y a d’abord un problème de « timing ». Alors que La France insoumise a profité de la dynamique de ses 19,5 % obtenus à la présidentielle pour s’imposer comme l’unique opposition de gauche à Emmanuel Macron, Génération.s a eu du mal à faire entendre sa voix. Un silence d’autant plus pesant que le début du quinquennat a été marqué par une attaque en règle du modèle social. « C’est vrai qu’on aurait aimé entendre davantage Benoît Hamon, il faut qu’il soit plus piquant », glisse une militante des Hauts-de-Seine.

Il fallait aussi régler les problèmes de structuration : adopter les statuts du mouvement, élaborés par un « conseil de membres » composé de 30 personnes tirées au sort ; écrire à 60 000 voix (le nombre d’adhérents revendiqués) un « manifeste » sur l’identité du mouvement ; ou encore, voter pour le binôme de coordinateurs nationaux… « Les militants sont très attachés à ce que la démocratie soit réelle, du coup, ça prend énormément de temps, mais c’est indispensable », explique la philosophe Sandra Laugier, l’une des responsables du pôle « Idées ».

Désormais, la page de la structuration est tournée, a promis l’eurodéputé Guillaume Balas, élu par les militants, ce week-end, coordinateur national du parti avec Claire Monod. « L’heure est à se tourner vers l’extérieur », a-t-il résumé d’une formule. Dominique Bertinotti, ancienne ministre de François Hollande, s’est elle aussi voulu rassurante : « Tout prend du temps, et c’est normal, car nous avons peu de moyens et que nos militants tenaient à faire partie d’un mouvement ascendant et pas uniquement descendant. Maintenant, on va rentrer dans le temps des élections : les européennes et les municipales. »

« Les Verts n’ont qu’à se démerder entre eux »

Sauf que là encore, les choses s’avèrent moins simples qu’espéré. La greffe avec Europe Écologie-Les Verts (EELV) pour les européennes, sur le modèle de celle qui avait été mise en place pour la présidentielle, a échoué pour l'instant. Depuis des mois, Benoît Hamon assurait pourtant que former une alliance pour les européennes avec le parti de David Cormand serait une formalité.

Mais il y a quelques semaines, l’eurodéputé Yannick Jadot a semé la zizanie en prônant la constitution d’une liste autonome de l’écologie (lire ici). Dans la foulée, le secrétaire national David Cormand, pourtant très « Génération.s-compatible », a reproché à la formation de Hamon de « faire les zouaves ». Dans L’Obs, il se déclare même à son tour candidat.

Yves Contassot, écologiste passé chez Génération.s, veut encore croire que tout n'est pas terminé : « Si ce n’est pas Jadot qui est candidat, alors un accord avec Génération.s est possible. » Avant d'ajouter que l’alliance est « bloquée par les égos, et par cette culture politique des écolos qui fait qu’ils ont toujours peur de devenir majoritaires ».

À Génération.s, on imaginait célébrer l’union avec les Verts ce week-end, dans la ville où le maire EELV, Éric Piolle, a gagné la mairie dans une alliance avec toute la gauche… C’est raté. Lot de consolation : la présence à la convention d’un autre écolo, Aymeric Caron, fondateur du parti antispéciste Le Rev, qui n’a pas retenu ses coups contre EELV, son « écologie molle » et ses « gesticulations ».

Présence remarquée, également, de l’eurodéputée communiste Marie-Pierre Vieu. Venue de Perpignan pour aller à Paris, elle avait fait un crochet par Grenoble pour écouter le discours final de Benoît Hamon et montrer que le PCF n’est pas contre un rapprochement avec Génération.s aux européennes. « On n’a rien décidé », précise-t-elle néanmoins, prudente. Car au Parti communiste aussi, la stratégie pro-Hamon est loin de faire consensus à la base. Quand certains communistes voudraient aller seul aux européennes, d’autres préfèrent un rassemblement avec La France insoumise…

La France insoumise, justement, s'est une nouvelle fois invitée dans les débats. Samedi, Jean-Luc Mélenchon a ainsi envoyé un message sur Twitter à son ancien camarade du Parti socialiste :

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Interrogé par les journalistes, Benoît Hamon a refusé de répondre. Quant à Régis Juanico, qui vient de quitter le PS, il a confirmé vouloir rester au groupe socialiste, baptisé Nouvelle Gauche à l'Assemblée. 

Côté alliances, rien n’est donc gagné pour Génération.s. Et cela tombe mal, puisque la formation ambitionne d’occuper l’espace entre La France insoumise et Emmanuel Macron : soit celui, selon les amis de Hamon, de la gauche écologiste, humaniste, pro-européenne et unitaire. Pascal Cherki, proche de l'ancien candidat, minimise : « On ne va pas attendre que les autres se décident, on avance ! C’est une question de dynamique. Les Verts n’ont qu’à se démerder entre eux avec leurs lubies identitaires. Notre réflexion, pour l’instant, c’est de définir notre projet européen avec nos partenaires du ‘‘printemps européen’’. »

Benoît Hamon et Yanis Varoufakis en avril à Lisbonne © Reuters Benoît Hamon et Yanis Varoufakis en avril à Lisbonne © Reuters

L’alliance transnationale fondée par Benoît Hamon et le Grec Yanis Varoufakis a d’ailleurs eu une place de choix dans les réflexions, dimanche matin. Des responsables des gauches danoise et polonaise, également membres de cette alliance, ont défilé sur la scène. L’eurodéputée italienne, fondatrice du parti Possibile, a longuement évoqué sa « honte absolue » de penser aux 17 000 migrants dans les îles grecques, « ces otages de l’égoïsme des Européens ». Standing ovation dans la salle.

Minute de silence

Le sort des migrants en Europe : le sujet tient particulièrement à cœur aux militants de Génération.s, et cela s’est vu tout le week-end. Les saillies anti-Gérard Collomb ont ponctué les interventions. Quant à Benoît Hamon, il a fait observer une minute de silence pour les morts en Méditerranée en introduction de son discours de clôture de la convention, lequel comprenait six fois le mot « honte ».

Seul sur l’estrade devant un drapeau français enlacé au drapeau européen, le chef de parti s’est voulu très offensif. Malgré une méchante extinction de voix et quelques suées, il a retrouvé sa verve de la présidentielle et sa plume Mehdi Ouraoui, avec qui il avait écrit son discours de Bercy.

Ancrant son exposé dans l’histoire de la gauche – références à Guy Môquet, Guy Debord, Jean Jaurès, Pierre Bourdieu ou Stéphane Hessel –, il a aussi replacé Génération.s dans la lignée de mouvements contemporains : d’Occupy Wall Street à Balance ton porc, en passant par Notre-Dame-des-Landes, les Black Lives Matter ou la lutte de la famille d’Adama Traoré contre les violences policières.

Tentant d’arracher à « Jean-Luc » (cité sans son nom de famille) son statut de seul opposant à la politique de Macron, Benoît Hamon a musclé son jeu. Sur les migrants, « certains à gauche se taisent », a-t-il lancé, en référence à la discrétion sur l’épisode de l’Aquarius du leader de La France insoumise. Celui-ci refuse de se faire trop entraîner sur le sujet des migrants, qu’il considère comme un piège tendu par l’extrême droite.

Sur le « président des riches », Hamon a aussi lâché ses coups, taxant le macronisme de « racisme social » et rappelant que « monsieur Macron […] mange chaque jour, sur fonds publics, dans des assiettes dont chacune vaut un RSA » alors que dans le même temps, il a « l’indécence de critiquer le “pognon de dingue que coûte le RSA” quand celui-ci ne permet même pas à des millions de Français de manger à leur faim ».

Renvoyant dos à dos la « peste néolibérale et la lèpre nationaliste », il a expliqué que la vision de Génération.s pour l’Europe n’était « ni l’Europe marché, ni l’Europe bouc émissaire ». Il a aussi promis qu’aux européennes, « Génération.s présentera le plus beau visage, celui de la France d’aujourd’hui, [celui de] nouveaux citoyens, de tous âges et de tous horizons, de tous les quartiers, de toutes les conditions ». Avec l'espoir d'exister durablement dans la gauche française.

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