Le conseiller officieux de Marine Le Pen veut faire censurer un livre

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L'ancien chef du GUD et proche de la présidente du FN, Frédéric Chatillon, demande à la justice de caviarder plusieurs passages du livre Vol au-dessus d’un nid de fachos, qu’il trouve diffamatoires. Le procès en référé aura lieu lundi matin.

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Frédéric Chatillon, conseiller officieux de Marine Le Pen et ancien responsable du GUD, ne veut pas qu’on le traite de « néonazi » ni de « négationniste ». Pour cette raison, il demande à la présidente du tribunal de grande instance de Paris, dans une procédure en référé, de faire censurer plusieurs passages d’un livre, Vol au-dessus d’un nid de fachos, du journaliste Frédéric Haziza, récemment publié chez Fayard. L’audience se déroulera lundi matin à 10 heures.

Né en 1968, Frédéric Chatillon est un vieux routier de l’extrême droite, qui fait maintenant du business avec le FN de Marine Le Pen (lire l’enquête de Marine Turchi et Mathilde Mathieu). Malgré son passé sulfureux, l’homme se montre sourcilleux sur sa réputation.

Frédéric Chatillon lorsqu'il était chef du GUD, à partir de 1991. © Les Rats Maudits Frédéric Chatillon lorsqu'il était chef du GUD, à partir de 1991. © Les Rats Maudits

Dans l’assignation adressée le 2 janvier par son avocat, Roland Bonnefoy, aux éditions Fayard (et dont Mediapart a pris connaissance), Frédéric Chatillon se plaint d’abord d’avoir été traité de néonazi par l’auteur du livre sur les réseaux sociaux (Twitter, en l’occurrence). Il indique avoir reçu, en retour, une promesse de l’éditeur selon laquelle il n’était pas qualifié de « néonazi » dans cet ouvrage qui ne comporte aucun passage « diffamatoire » à son endroit.

Or, lecture faite, Frédéric Chatillon poursuit deux passages du livre qu’il considère « injurieux » et « infamants », dont il demande le caviardage pur et simple (ce qui suppose le rappel de tous les exemplaires distribués), ou au moins l’insertion d’un encart, sous astreinte de 5 000 euros par jour de retard.

Le premier passage visé (p. 149) est le suivant : « Marine Le Pen, qui réfute l’étiquette de parti d‘extrême droite pour le Front national, n’a pourtant pas coupé tous les ponts avec les néonazis. Deux de ses principaux confidents et conseillers, Frédéric Chatillon et Philippe Péninque, assument encore aujourd’hui leur héritage politique du temps du GUD, et contrôlent les finances du Front national. »

Le second passage incriminé est le suivant (p. 158) : « Car le négationnisme est l’une des obsessions, des spécialités, des passions de Chatillon. »

Sur sa lancée, l’avocat de Chatillon demande même préventivement qu’il soit fait interdiction à Frédéric Haziza et aux éditions Fayard de « l’emploi et/ou l’usage dans le cadre de leur communication publique, de propos injurieux tels que “néonazi”, “révisionniste”, “négationnisme”, ou “antisémite” », au sujet de Chatillon, ce sous astreinte de 10 000 euros par infraction constatée. Une invraisemblable « censure de paroles non encore prononcées », s’indigne Richard Malka, l’avocat des éditions Fayard et de l’auteur.

Dans ses conclusions en défense (dont Mediapart a pris connaissance), Me Malka détaille le long cursus de Frédéric Chatillon à l’extrême droite. Il a « pris la direction du Groupe Union défense (GUD) en 1991, mouvement dont il fut le dernier leader charismatique. À cette époque, ce mouvement nationaliste, qui recrutait essentiellement au sein de l’Université Paris 2 Panthéon Assas, et dont la formation consistait à entonner des chants et musiques militaires du Troisième Reich au milieu de séances de tir à balles réelles, manifestait sous des slogans tels que “Que crèvent les marxistes, les juifs, les capitalistes”. De cette époque, il reste quelques photos de M. Frédéric Chatillon emmenant son mouvement dans le cadre de manifestations, entouré de croix celtiques et de saluts nazis », écrit l’avocat.

Me Malka décrit également les liens de Chatillon avec le chef skinhead Serge Ayoub (surnommé Batskin), son militantisme propalestinien et antisioniste, son rapprochement avec le Front national, ainsi que son soutien au régime syrien de Bachar al-Assad.

Frédéric Chatillon accompagnant Marine Le Pen lors de son voyage en Italie, le 22 octobre 2011 © Capture d'écran d'un documentaire de Canal Plus. Frédéric Chatillon accompagnant Marine Le Pen lors de son voyage en Italie, le 22 octobre 2011 © Capture d'écran d'un documentaire de Canal Plus.

« Ces engagements, que M. Frédéric Chatillon assume et qu’il ne veut pourtant pas voir qualifier, l’ont conduit à assurer la protection du leader négationniste Robert Faurisson au Palais de justice de Paris en 1991 puis, plus récemment encore, celui-ci accompagnera ses amis Robert Faurisson et Dieudonné en 2009, au même Palais de justice, lors de leur procès pour incitation à la haine raciale », écrit Richard Malka.

L’avocat de Fayard rappelle encore les fonctions passées de Frédéric Chatillon à la tête de la librairie Ogmios, « davantage connue pour diffuser des ouvrages à la gloire d'Adolf Hitler que des traités d’humanisme ».

Pour finir, il note que « Frédéric Chatillon ne conteste pas davantage être un proche conseiller du Front national, ayant organisé les déplacements en Italie de madame Marine Le Pen grâce à ses réseaux néo-fascistes, ses anciens “alter-égaux”, dira-t-il, sa société de communication ayant, par ailleurs, reçu 1,6 million d’euros pendant la dernière campagne présidentielle du Front national, alors qu’il est également appointé par le régime syrien à hauteur de 150 000 euros par an pour organiser sa communication en France avec des arguments du type “le lobby sioniste (aux ordres duquel est la presse française) rêve de déstabiliser votre magnifique pays” ».

Enfin, l’avocat relève que Frédéric Chatillon « défend également son ami Alain Soral qui se décrit lui-même national-socialiste dans son dernier livre, le demandeur apparaissant comme le co-fondateur de son site “Égalité et réconciliation”, véritable bréviaire de haine antisémite ».

« Peut-être pourrait-il aussi regretter d’avoir présidé un mouvement violent et raciste, de même qu’avoir dirigé une librairie négationniste, conclut Me Malka. Tout cela, il ne le fera pas, préférant réclamer l’interdiction de diffusion dun livre en s’offusquant de pouvoir être dénoncé pour ce qu’il est. »

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