A Hénin-Beaumont, la gauche se divise face à Mélenchon

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Derrière le duel Le Pen/Mélenchon dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais, se joue une autre bataille : celle de la gauche pour la qualification au second tour. Un match socialo-communiste qui, avec l'arrivée du candidat du Front de gauche, divise un PS déjà ébranlé par les affaires.

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De notre envoyée spéciale dans le Pas-de-Calais

Sur les murs d'Hénin-Beaumont, le même scénario se répète inlassablement. Les frontistes collent leurs affiches, les mélenchonistes décollent et recollent, les socialistes recouvrent le tout de feuilles blanches, en signe de désapprobation de cette campagne « sauvage ». « Quand je lis la presse, j’ai l’impression qu’il n’y a que deux candidats dans cette circonscription », se plaint Martine Aubry. Dans la 11e du Pas-de-Calais, son candidat, Philippe Kemel, est effacé par l’hypermédiatisation du duel Le Pen/Mélenchon. Au point que le discret maire de Carvin a haussé le ton, le 31 mai : « Les caméras sont venues parce que les perdants de la présidentielle sont venus rejouer le scénario des élections. C’est le match des losers. On est en train de nous voler notre élection. »

Car derrière ce médiatique « Front contre Front », un autre match se joue. D’un côté, des socialistes qui s’estiment chez eux dans le bassin minier et jouent la proximité avec un candidat local. De l’autre, Jean-Luc Mélenchon parachuté en sauveur face à la menace frontiste, avec le soutien des communistes locaux (lire notre reportage). « Tout le monde sait que le FN va arriver en tête au premier tour, donc c’est la bataille pour la deuxième place », résume Geoffrey Gorillot, militant PS d’Hénin-Beaumont, et gendre du maire.

Les QG du PS et du Front de Gauche à Hénin-Beaumont. © M.T. Les QG du PS et du Front de Gauche à Hénin-Beaumont. © M.T.

À gauche, les coups s'intensifient. Jean-Luc Mélenchon dénonce les « casseroles » des socialistes, les « sacs de nœuds entre seigneurs féodaux » et rappelle que la 11e circonscription n’est pas « un kolkhoze de la rue de Solférino ». En face, le PS l’accuse de « faire le jeu du FN » avec « un coup de pub personnel » et parie sur le fait que la « caravane Mélenchon » « repartira »

Les barons socialistes du Pas-de-Calais n'entendent pas céder les fiefs conquis. Marie-Noëlle Lienemann, proche de Jean-Luc Mélenchon lorsqu’il était au PS, l’avait prévenu, dans un texto : « Je n’ai pas de crainte au second tour, mais fais attention au premier, les élus locaux se ligueront contre toi, ça va être difficile. » L’ancienne ministre socialiste sait de quoi elle parle : parachutée à Hénin-Beaumont pour mettre de l'ordre en 2008, elle a dû jeter l’éponge faute de soutien.

« Rien n’a été donné ici, tout a été conquis », a rappelé Martine Aubry, lors de sa venue, le 31 mai. « Dans les années 1970, le combat du trio Kucheida, Percheron et Mellick, c’était de reprendre, commune après commune, les bastions communistes et d’empêcher l’émergence de la droite », raconte l’ancien conseiller municipal PS d’Hénin-Beaumont, Pierre Ferrari, 30 ans. Résultat, le département est rose à tous les échelons (12 des 14 députés sont socialistes), et le Front national est devenu la deuxième force politique. 

Mais « le système est à bout de souffle », estime Ferrari. « Avant c’était les mensonges, les pressions, l’opacité. Aujourd’hui ils sont dépassés par les médias, Internet et l'arrivée de Mélenchon : il n’est pas socialiste, dénonce la fédération PS, est très médiatisé. Ils vont trembler tous les jours. » Sous couvert d’anonymat, un élu PS explique : « C’est triste à dire, mais si les socialistes perdaient, cela permettrait une remise en question. Ils se sentent en terrain conquis, ils passent 95 % de leur énergie à régler des comptes entre eux. Il faut quelqu’un qui les replace en position de challenger. Et la seule concurrence positive et à gauche, c’est Mélenchon. »

Pierre Ferrari à la permanence de son association citoyenne. © M.T. Pierre Ferrari à la permanence de son association citoyenne. © M.T.

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Voici le premier de nos deux volets consacrés à Hénin-Beaumont, derrière le duel Mélenchon/Le Pen, dans la lignée de nos nombreux reportages et enquêtes réalisés dans le Pas-de-Calais depuis 2008 (lire notre Prolonger).
Je me suis rendue à Hénin-Beaumont durant la semaine du 28 mai, pour suivre la campagne. Les personnes citées ont été rencontrées à cette occasion et, pour quelques-unes, interviewées par téléphone. Martine Aubry a été interviewée en amont, le 23 mai, puis rencontrée sur place.