Accusé de violence sexuelle, le maire de Laval renonce à se représenter

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François Zocchetto était sous pression après le récit d’une ancienne collaboratrice ministérielle de la soirée du 14 au 15 juillet 2016. Elle rapporte des remarques sur son physique, puis une danse, collé à « sa poitrine ». Le président de l’UDI « regrette » cette décision.

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«Je préfère ne pas me représenter et protéger ma famille. » C’est l’annonce surprise qu’a faite lundi 2 décembre le maire centriste de Laval (Mayenne) François Zocchetto, mis en cause pour son comportement dans la nuit du 14 au 15 juillet 2016, avec une ancienne collaboratrice ministérielle, devant témoins. Il y a quelques semaines, il avait pourtant annoncé sa volonté d’être à nouveau candidat aux municipales de 2020.

Entre-temps, Audrey* avait raconté à Mediapart qu’en marge d’un déplacement à Rome avec le secrétaire d’État, Jean-Vincent Placé, dont elle était la conseillère, François Zocchetto, alors sénateur UDI, l’avait regardée « de façon très insistante » et « fait des commentaires sur [s]on physique à trois reprises ». À la demande de Jean-Vincent Placé, dans un contexte alcoolisé et quelques heures après l’attentat de Nice, elle avait ensuite dû danser sur la musique de La Boum avec Zocchetto. « Je sens qu’il se colle à ma poitrine. Je suis répugnée », nous avait-elle dit.

L’élu avait, quant à lui, refusé de répondre à nos questions. Il s’était contenté d’un communiqué de presse, diffusé après notre enquête, publiée le 12 novembre, dans lequel il s’excusait de son comportement, tout en pointant un complot politique. « Je la prie de m’excuser pour ce que j’analyse, après coup, comme un manque de retenue de ma part. Je démens en revanche tout comportement répréhensible à son égard, tout en comprenant qu’elle ait pu mal interpréter cette situation qui nous a été imposée à tous les deux. »

Depuis, la pression n’était pas retombée. Notamment grâce à une partie de la presse locale – France 3 et France Bleu ayant largement traité l’affaire.

Samedi 30 novembre, l’ancien sénateur avait même dérogé à la tradition de la ville d’allumer lui-même les décorations de Noël, un geste habituellement retransmis en direct sur l’antenne locale de France 3. Or la chaîne refusait d’accueillir le maire de Laval sans l’interroger sur cette affaire de violence sexuelle. « Pour nous, il n’était pas question d’avoir le maire de Laval dans le journal, à nos côtés, sans évoquer cette affaire », a expliqué Xavier Rolland, rédacteur en chef de France 3 Pays de la Loire à Nantes, cité par France Bleu Mayenne.

Lundi 2 décembre, dans un message diffusé sur Facebook, François Zocchetto s’est expliqué sur le « coup de théâtre » de son renoncement : « Cette campagne calomnieuse, initiée par mes adversaires politiques, avec pour seul objectif de me détruire devant le seul tribunal médiatique, ne me laisse aucune chance d’être réhabilité dans l’immédiat. Je regrette l’évolution de notre société, amplifiée très largement par les réseaux sociaux, vaste défouloir où l’on cloue au pilori, sans défense possible ni audible, sans circonstances atténuantes, et avec pour unique objectif, abattre un homme et détruire ses proches. [...] Tout ceci m’a beaucoup atteint et a dévasté ma famille. Dans ces conditions, et pour que la campagne électorale des municipales puisse se dérouler dignement et sereinement, je préfère ne pas me représenter et protéger ma famille. »

« Je prends acte du fait qu’il se retire, réagit Audrey, contactée par Mediapart. C’était la seule réponse qu’il pouvait donner eu égard à la gravité des faits. Mais je voudrais savoir s’il s’agit d’une position individuelle à Laval, ou s’il s’agit d’une prise de position du parti UDI face aux élus concernés par les violences sexistes et sexuelles. »

La lettre qu’elle a adressée le 4 novembre 2019 à Jean-Christophe Lagarde, le président de l’Union des démocrates et des indépendants (UDI), pour dénoncer le comportement qu'elle juge « déplacé et indigne » de François Zocchetto, est restée lettre morte, confie Audrey. « Je n’ai eu ni accusé de réception ni de réponse de la part de l’UDI. »

Interrogé par Mediapart lundi 2 décembre, Lagarde n’a pas donné suite. Mardi, le président de l'UDI nous a finalement rappelés pour indiquer qu'il avait reçu Zocchetto dans la matinée, et qu'il répondra ensuite à Audrey.

« Politiquement, je regrette sa décision car il affirme ne pas avoir commis de faute, explique-t-il. La question qui se pose, c’est celle de la présomption d’innocence. » Selon le député de Seine-Saint-Denis, seule la justice est à même de régler ce type de conflit. « Je veux que la justice se prononce », nous affirmait-il déjà le mois dernier.

Or il n'y a pas de procédure judiciaire en cours – Audrey ne souhaite pas porter plainte, car elle doute de la justice en matière de violences sexistes et sexuelles.

« Si on juge avant la justice, la justice n’a plus aucune utilité sociale, estime encore Lagarde. Là on a même franchi un cap, car la justice n’a pas même pas été saisie. Dans ce cas, on ne saura jamais la vérité de ce qui s’est passé. » 

À l'inverse, Audrey estime que les partis politiques doivent pouvoir, eux aussi, écarter des élu·e·s mis en cause – à la manière des signataires de l’appel pour un #MeToo des territoires, qui fait lui-même suite à une enquête sur le sexisme dans les collectivités locales.

Dans plusieurs villes, et dans plusieurs formations politiques, les mêmes débats agitent les directions et les équipes locales.

C'est notamment le cas au Parti socialiste qui a décidé d’écarter son candidat à Lorient, en raison d’accusations de violences conjugales émanant de son ex-compagne. À Saint-Nazaire, l’investiture du maire sortant, David Samzun, mis en cause dans sa gestion d’un dossier de violences sexuelles au sein de sa mairie, a quant à elle été gelée au niveau national – il est en revanche soutenu par les socialistes locaux.

La droite, elle, ne semble pas (pour l’instant) se poser ce type de questions. Pas plus que LREM qui décide de ne surtout rien faire face à ses députés mis en cause dans plusieurs dossiers.

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L’article a été actualisé mardi 3 décembre 2019 avec la réaction de Jean-Christophe Lagarde, le président de l’UDI. 

Audrey* est un prénom d’emprunt. Comme nous l’enjoint l’article 39 quinquies de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse (lire ici), nous avons respecté sa demande d’anonymat. Mais elle nous a fait parvenir une attestation en cas de poursuite en diffamation et plusieurs documents écrits.