François Hollande fait un pas vers la candidature

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Le président de la République intervenait mardi 3 mai lors d’un colloque sur « la gauche et le pouvoir ». Sans se déclarer candidat à sa propre succession, il n’a pas manqué d’y souligner la qualité de son bilan et la nécessaire poursuite de son action. « Dans quel pays d’Europe y a-t-il eu autant de progrès depuis quatre ans ? », s'est-il interrogé le plus sérieusement du monde.

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En route pour la candidature de François Hollande, acte III. En moins d’un mois, les socialistes et le gouvernement ont multiplié les signaux d’une entrée en campagne sans que leur candidat officiel ne soit déclaré. Ce fut d’abord le lancement de la Belle Alliance populaire, le 13 avril, par le PS et ses partis satellites (nous en parlions ici) puis, deux semaines plus tard, le mini-meeting « Hé oh la gauche ! » sous l’égide du porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll (notre compte-rendu est là). Deux événements lourds de sous-entendus sur une possible candidature du chef de l’État, mais sans jamais non plus que cela soit dit. Et puis, ce mardi 3 mai au matin, un nouveau pas a été franchi. Et par François Hollande lui-même. 

Invité à donner le discours de clôture du colloque co-organisé par Terra Nova et la fondation Jean-Jaurès, deux think tanks proches du PS, le président de la République a durant plus d’une heure déroulé son bilan et, surtout, indiqué ce qu’il lui restait à faire. C’est un président tantôt détendu, tantôt drôle, tantôt ferme, tantôt lyrique, et tantôt – souvent – techno, qui s’est adressé au parterre de ministres, dont le premier, Manuel Valls, de parlementaires, dont le président de l’Assemblée Claude Bartolone, et de cadres du PS, réuni au théâtre du Rond-Point, dans le très chic VIIIe arrondissement parisien.

Lors du lancement de la Belle Alliance, le premier secrétaire du PS avait évoqué la Commune en s’en réclamant ; Hé oh la gauche ! s’était conclu sur l’air de « Bella ciao » ; le colloque de ce jour avait lieu, quant à lui, pour les 80 ans jour pour jour du Front populaire, une « date pas choisie au hasard », a lancé François Hollande. L’objectif d’un replacement à gauche est clair, à un an de la présidentielle. 

L’étape franchie par le président ce mardi matin représente un bond en avant manifeste vers sa candidature, même s’il a pour l’instant indiqué qu’il ne dirait officiellement s’il se représente qu’à la fin de l’année 2016. Durant tout son discours, François Hollande a en effet vanté son bilan dans le détail et dans tous les domaines, du social à l’économie, du sociétal à l’international, tentant de devancer les éventuelles critiques, qu’elles viennent de droite comme de gauche, mais il a aussi, de façon appuyée et répétée, indiqué qu’il y avait encore beaucoup à faire.

« La gauche n’agit pas seulement pour aujourd’hui mais pour demain », a-t-il par exemple lancé. « Je n’agis pas pour juste agir, mais pour agir dans la durée », a-t-il ajouté un peu plus tard. Mais encore : « Il convient de poursuivre », « Il y a encore beaucoup à faire mais quand même », « Je le répète, c’est pour la jeunesse que nous devons agir et continuerons d’agir », « Le chemin que je propose… » avant de conclure son discours par : « Avançons sans regret, sans calcul, sans répit. »

À deux reprises, le président de la République a retrouvé ses tics de campagne, et parmi eux son goût pour l’anaphore. D’abord en déclarant : « Ce que nous construisons : un nouveau compromis dynamique et juste. » « Ce compromis doit répondre aux mutations de l’économie », a-t-il expliqué, « un compromis entre liberté et protection », « un compromis entre exigences économiques du marché et biens communs », un « compromis entre souplesse et garanties ». Plus tard, François Hollande a aussi insisté sur la « cohésion » : « cohésion nationale », « cohésion sociale » et « cohésion républicaine ».

Avant même d'entrer dans le détail, le président de la République a tenu à ancrer son action à gauche. Fort des deux heures de débats qui l’avaient précédé sur la scène, Hollande s’est adonné à un cours d’histoire comparée sur l’« œuvre transformatrice de la gauche dans la Ve République ». Pour lui, la gauche a quatre objectifs quand elle gouverne : un objectif démocratique, un objectif de justice, l’égalité et la modernisation du pays. Eh bien, à l’en croire, ces quatre objectifs ont été remplis par ces quatre années au pouvoir. Les lois NOTRe (Nouvelle organisation territoriale de la République), Rebsamen et El Khomri pour la démocratie, l’imposition des revenus du capital au même niveau que ceux du travail pour la justice, la refonte de l’école pour l’égalité. Concernant la modernisation du pays, « la gauche ne s’est jamais dérobée devant cette exigence », a indiqué le chef de l’État.

« Nous avons pris la direction d’une France accablée de déficits », a commencé par rappeler François Hollande, « alors il nous a fallu moderniser le pays pour lui donner sa place dans la mondialisation ». Selon lui, cette orientation a été affichée dès novembre 2012 (le rapport Gallois sur la compétitivité), mais ce n’est qu’aujourd’hui que « nous en recueillons les premiers fruits : la croissance revient, des logements se construisent plus nombreux, l’économie crée des emplois. Dans la bataille contre le chômage, tout se joue maintenant ». Au nombre des modernisations, il a encore ajouté la transition énergétique, l’adaptation de l’économie au numérique, la modification de la carte de France avec ses nouvelles régions, les intercommunalités, etc., sans oublier le mariage pour tous, l’IVG anonyme et gratuite, le droit de mourir dans la dignité…

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