La réponse d'EELV à Cambadélis, moins évidente que ce qu'il prétend

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Le premier secrétaire du PS a affirmé lundi avoir reçu « une lettre de toutes les têtes de liste écologistes pour dire qu'ils seraient au rendez-vous de l'unité au second tour, et c'est bien nécessaire ». Dans le détail, la missive en question en dit un peu plus…

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De l'art d'arranger à sa convenance l'esprit de la lettre. Sur RTL lundi matin, le premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis a vanté l'utilité de son « référendum pour l'unité », car il a depuis reçu une lettre de tous les chefs de file régionaux d'EELV pour lui dire « qu'ils seraient au rendez-vous de l'unité au second tour ». Un courrier qui justifierait donc a posteriori l'audace plébiscitaire de « Camba ».

Mais dans le détail, la réponse du parti écologiste (datée du 20 octobre dernier, soit au lendemain de la consultation militante) dit bien d'autres choses. Dans leur missive, les têtes de liste écolos disent ainsi regretter que « les choix du gouvernement aient conduit à un rétrécissement de sa majorité » et déplorent que l'exercice du référendum socialiste « se contente d'agiter l'épouvantail de la droite et de l'extrême droite, sans évoquer les solutions qui permettent de les combattre ».

Et si les représentants régionaux d'EELV tiennent tout de même à « rassurer » Cambadélis (« après le premier tour, nous rechercherons sans ambiguïté le rassemblement de la gauche et des écologistes »), ils lui demandent aussi de « respecter le temps de la démocratie ». Et insistent : « Nous pensons que le “marketing politique” et les injonctions affaiblissent la démocratie en éloignant toujours plus les citoyens des urnes et donc de la prise de décision. Nous trouvons aujourd'hui inconcevable de devoir nous justifier quand, en tant qu’écologistes, nous sollicitons le suffrage universel, dans le respect des règles démocratiques. »

Ils notent enfin qu'« il faut faire preuve de mauvaise foi pour faire semblant de découvrir » que les écologistes participent à la fusion des listes de gauche au second tour, derrière celle arrivée en tête (même si la question peut se poser plus légitimement avec le PG, allié avec EELV dans quelques régions, qui n'envisage de son côté que la possibilité de “fusion technique”, sans participation à la majorité ni obligation de voter le budget). Mais ils retournent la question de l'unité à Cambadélis : « Inquiétez-vous de savoir plutôt ce que feront les représentants de votre propre formation politique, qui ont refusé d'en faire autant lors d'élections précédentes et qui ont d'ores et déjà annoncé publiquement qu'ils refuseraient de le faire en décembre prochain. » De cela, pour l'heure, Jean-Christophe Cambadélis n'a effectivement pas parlé.

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Le texte de la lettre des têtes de liste (également téléchargeable ici en PDF) :


M. Jean-Christophe Cambadélis
Premier secrétaire du Parti socialiste
10 rue de Solférino 75007 Paris

Paris, le 20/10/15

 

Monsieur le Premier secrétaire,

Dans un courrier en date du 18 octobre 2015, vous nous avez fait part des résultats de votre « votation citoyenne » et vous nous avez proposé en tant que têtes de listes pour les élections régionales, un « pacte de fraternité à gauche ».

Contrairement à ce que laisse entendre votre courrier, nous pensons que l'unité est une question sérieuse. Comme vous, nous pensons qu'elle est nécessaire pour battre la droite et l'extrême droite et assurer, ce qui est l'essentiel, des politiques publiques écologistes et solidaires au service des habitants.

C’est pourquoi nous avons soutenu François Hollande en 2012 au deuxième tour de l'élection présidentielle et avons fait le choix de participer à sa majorité, sur la base d'un contrat de majorité clairement établi devant les Françaises et les Français.

Aujourd’hui nous regrettons que ce contrat ne soit pas respecté et que les choix du gouvernement aient conduit à un rétrécissement de sa majorité. Nous regrettons également que votre initiative de referendum sur l'unité de la gauche et des écologistes se contente d'agiter l'épouvantail de la droite et de l'extrême droite, sans évoquer les solutions qui permettent de les combattre.

C’est pourquoi nous vous alertons de nouveau : « le peuple de gauche », auquel vous croyez faire appel, n'est pas dupe. Il voit bien qu'il s'agit là, de votre part, d'une manière de trouver des excuses préventives à de possibles défaites et de faire passer le leadership partisan avant l’intérêt général. C’est pourquoi nous pensons que votre démarche est contreproductive et contradictoire avec la volonté de rassembler.

Nous n'avons jamais attendu les consignes de la rue de Solférino pour construire, dans nos régions, des rassemblements écologistes, citoyens et solidaires. Les acteurs du changement, citoyens engagés des territoires, n'attendent pas les appareils politiques pour se mettre en mouvement. Ils inventent chaque jour le monde de demain et c’est vers eux que nous voulons nous tourner en premier lieu. C’est en partant de leurs problématiques et de leurs besoins quotidiens que nous les convaincrons de nous faire confiance, et pas en imposant par le haut des accords politiciens.

Car sans contenu ni confiance, un rassemblement n'est plus une construction partagée mais une demande de soumission sans condition.

Nous sommes à la veille d'un rendez-vous citoyen important pour notre pays, où va se jouer les politiques de demain dans les territoires. Nous prenons très au sérieux les risques de voir une droite conservatrice ou une extrême droite gagner des conseils régionaux. Et c'est pour cette raison que nous nous sommes engagés résolument dans la campagne des régionales. C'est pour cette raison que nous présentons partout en France, avec le soutien de différentes forces politiques que nous avons su rassembler, des projets centrés sur l'écologie. Ainsi nous serons capables de répondre à la désespérance, à la précarité et à l'urgence écologique en faisant élire au second tour des majorités de gauche et écologistes à la tête des régions.

Nous vous demandons de respecter le temps de la démocratie. Nous pensons que la démocratie a besoin de diversité et de débat. Nous pensons que le « marketing politique » et les injonctions affaiblissent la démocratie en éloignant toujours plus les citoyens des urnes et donc de la prise de décision. Nous trouvons aujourd'hui inconcevable de devoir nous justifier quand, en tant qu’écologistes, nous sollicitons le suffrage universel, dans le respect des règles démocratiques.

Rassurez-vous, Monsieur le Premier secrétaire, après le premier tour, nous rechercherons sans ambiguïté le rassemblement de la gauche et des écologistes. C’est ce que nous avons toujours fait et il faut faire preuve de mauvaise foi pour faire semblant de le découvrir. Mais inquiétez-vous de savoir plutôt ce que feront les représentants de votre propre formation politique, qui ont refusé d'en faire autant lors d'élections précédentes et qui ont d'ores et déjà annoncé publiquement qu'ils refuseraient de le faire en décembre prochain.

Le rassemblement ne se décrète pas, il se construit. Soyez assuré, Monsieur le Premier secrétaire, que les écologistes seront toujours disponibles pour construire, en toute indépendance et en toute liberté, des coalitions de projets susceptibles d'apporter des réponses à l'urgence sociale et écologique qui touche les Françaises et les Français.

Les têtes de liste régionales d’Europe Écologie-Les Verts,

Sandrine Bélier, Alsace – Champagne-Ardenne – Lorraine
Sophie Bringuy, Pays-de-la-Loire
Sophie Camard, La Région coopérative, sociale, écologiste et citoyenne, Provence-Alpes-Côte-d’Azur
Françoise Coutant, Aquitaine – Limousin – Poitou – Charentes
Emmanuelle Cosse, Ile-de-France
Charles Fournier, Centre – Val de Loire
Jean-Charles Kohlhaas, Le Rassemblement citoyen, écologique et solidaire, Auvergne – Rhône-Alpes
René Louail, Bretagne
Gérard Onesta, Le Rassemblement citoyen, écologiste et solidaire, Languedoc-Roussillon – Midi-Pyrénées
Cécile Prudhomme, Bourgogne – Franche-Comté
Sandrine Rousseau, Le Rassemblement, Nord-Pas-de-Calais – Picardie
Yanic Soubien, Normandie

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