Une plainte pour homicide est déposée après le décès de la marquise de Moratalla

Une histoire de gros sous, des avoirs cachés, une brouille familiale, des accusations d’abus de faiblesse, et maintenant d’homicide : le décès de la richissime marquise de Moratalla, au cœur d’une vraie guérilla procédurale, est entre les mains du tribunal de Bayonne.

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Une plainte contre X pour homicide a été déposée jeudi 30 novembre à la PJ de Bayonne par Forester Labrouche après le décès de sa mère, la richissime marquise de Moratalla, comme l’ont annoncé Libération et Sud Ouest. Un rebondissement supplémentaire dans une affaire où s’entrecroisent les plaintes pour séquestration, pour abus de faiblesse et pour faux notamment, le fils de la richissime marquise espagnole étant en guerre avec le fils adoptif de celle-ci.

« Forester Labrouche a été informé mercredi par un appel téléphonique de 30 secondes que sa mère était morte », explique Richard Malka, l’un de ses avocats, sollicité ce samedi 2 décembre par Mediapart. « Il a pris sa voiture jusqu’à Lyon, puis un avion jusqu’à Bayonne, et s’est présenté le soir-même à la grille de la propriété, mais German de la Cruz, le fils adoptif de la marquise, a refusé de le laisser entrer. Mon client est effondré. Sa mère est morte, et il n’a pas pu la voir depuis six mois. C’est ignoble. Le corps a été déplacé le matin même au funérarium, et personne n’a pu se rendre chez elle pour se recueillir sur sa dépouille. »

Selon Me Malka, Forester Labrouche a été entendu par la PJ à la demande du parquet de Bayonne. Le procureur de la République a aussitôt ouvert une enquête préliminaire pour déterminer les causes de la mort de la marquise, et une autopsie doit avoir lieu dans les jours qui viennent. Par ailleurs, Forester Labrouche a demandé vendredi 1er décembre la pose de scellés sur la propriété de sa mère, dans une requête auprès du président du tribunal de grande instance de Bayonne. L’affaire est loin d'être terminée.

Les avocats de German de la Cruz, Romain Jordan et Ronald Asmar, ont réagi en ces termes dimanche 3 décembre auprès de Mediapart: « Les nouvelles accusations de Forester Labrouche sont une outrance supplémentaire à sa mère, qui va maintenant devoir être autopsiée, alors qu’elle s’est endormie à 87 ans, entourée jour et nuit de médecins, et que tout le monde la savait malade. Les mensonges de Forester Labrouche et de ses avocats n’ont aucune limite. Personne n’est dupe du jeu joué: cela faisait 20 ans qu’il n’avait plus revu sa mère, qu’il a assommée de plaintes pénales et autres procès ». « Très loin d’être effondrés, les époux Labrouche continuent leurs démarches méthodiques en cherchant à profiter du profond chagrin de German », concluent-ils.

Nous republions ci-dessous notre enquête mise en ligne le 3 octobre, “Une réplique de l’affaire Bettencourt secoue Bayonne”.

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Le 17 novembre prochain, la juge des tutelles du petit tribunal d’instance de Bayonne rendra une décision qui peut avoir une portée considérable. Elle doit statuer sur le sort de Soledad Cabeza de Vaca Leighton, marquise de Moratalla, 87 ans, qui est à la tête d’une fortune estimée à une centaine de millions d’euros. Alitée dans sa propriété, sur les hauteurs de Bayonne, la vieille dame est l’objet d’une lutte implacable qui oppose notamment son fils naturel à son fils adoptif, et qui rappelle par plusieurs aspects l’affaire Bettencourt. Avoirs logés dans des paradis fiscaux, conflit familial, accusations d’abus de faiblesse et de détournements, personnel de maison sommé de choisir son camp, licenciements, attestations croisées, plaintes en justice, jusqu’à certains hommes de loi ayant travaillé sur ces deux affaires… il ne manque en fait qu’un financement politique pour que la ressemblance soit parfaite.

Forester Labrouche, le fils naturel de la marquise de Moratalla, est un citoyen suisse de 65 ans. Il conteste devant la juge des tutelles de Bayonne la mise en œuvre toute récente d’un « mandat de protection », qui avait initialement été signé en Suisse en 2012. Selon Forester Labrouche, ce mandat laisserait sa mère, dont la santé est chancelante, à l’entière merci de deux personnes : le fils adoptif de la marquise, qui a reçu récemment des donations importantes, et son gestionnaire de fortune, un avocat de Zurich dont Forester Labrouche dénonce les agissements depuis plusieurs années. Il demande donc à la juge des tutelles de désigner un tuteur indépendant pour sa mère.

La marquise de Moratalla au champ de courses. © DR

L’affaire ne s’arrête pas là. Forester Labrouche a également déposé, le 18 juillet, une plainte auprès du procureur pour des faits de « séquestration, non-assistance à personne en danger, abus de confiance, abus de faiblesse, faux et usage de faux », qui a déclenché l’ouverture d’une enquête préliminaire confiée à la PJ de Bayonne (comme l’a annoncé Sud Ouest le 16 août). Il assure ne plus pouvoir se rendre au chevet de sa mère depuis la mi-juillet. Selon lui, elle serait spoliée par des profiteurs et réduite à leur réclamer des subsides. La gouvernante et amie de la marquise depuis 45 ans vient d’être licenciée, et a pris son parti.

La saga de cette dynastie semble tirée d’une revue en papier glacé. Célèbre pour ses élevages et ses écuries de chevaux de course, la marquise de Moratalla est la descendante d’une vieille famille de l’aristocratie espagnole qui compte notamment un conquistador. Sa mère, Olga Martin-Montis, ayant épousé un milliardaire américain en premières noces, et son frère, le marquis de Portago, s’étant tué lors d’une compétition automobile en 1957, Soledad Cabeza de Vaca a hérité en 1980 d’une fortune familiale considérable, qui est en grande partie abritée dans des trusts (entités juridiques de droit anglo-saxon destinées à transmettre le patrimoine), sans oublier les propriétés, œuvres d’art, bijoux et objets de valeur.

Selon les avocats de Forester Labrouche (François Hourcade, Bertrand Favreau, Laurent Merlet et Richard Malka, les deux derniers ayant respectivement défendu François-Marie Banier et Martin d’Orgeval dans l’affaire Bettencourt), ces trusts avaient été créés par les grands-parents de leur client. Ils visaient à protéger les intérêts des petits-enfants, et le capital devrait revenir au dernier vivant, en l’occurrence Forester Labrouche, à hauteur de 75 %. Les revenus de ces trusts étant, pour leur part, distribués à la marquise de Moratalla, qui aurait ainsi perçu quelque 120 millions de dollars depuis 1980, en plus de sa part d’héritage, estimée à 20 millions de dollars.

Mais en 1987, la marquise a adopté German de la Cruz, alors âgé de 8 ans, qui en a aujourd’hui 37 et vit actuellement avec elle. « S’il devenait le mandataire ou le tuteur de sa mère, il se retrouverait de fait partiellement le gérant du patrimoine de son demi-frère », exposent les avocats de Forester Labrouche dans leurs conclusions au tribunal. Or les trusts et la quasi-totalité des avoirs de Soledad Cabeza de Vaca sont gérés par un important cabinet d’avocats de Zurich, le cabinet Frey, au sein duquel Markus Frey a succédé à son père, Hugo. Forester Labrouche estime que son demi-frère a partie liée avec Markus Frey, et dresse la liste des avoirs importants cédés ces dernières années dans des conditions qu'il trouve suspectes : plusieurs biens immobiliers, des meubles, des bijoux, et récemment deux chevaux de course pour des montants de 47 000 et 35 000 euros.

« Markus Frey s’est imposé comme le gérant d’affaires de Mme Cabeza de Vaca, multipliant les activités et fonctions pour se placer au centre de ce patrimoine en mettant en place des structures particulièrement complexes. Il s’est ainsi arrogé les fonctions de trustee de chacun des trusts ou fondations, s’est installé au poste de direction des diverses fondations, sociétés et établissements de droit liechtensteinois dont il avait la maîtrise », écrivent les avocats de Forester Labrouche, dans des pièces consultées par Mediapart. « Par ailleurs, la comptabilité de ces entités était tenue par une société dont M. Frey était administrateur. De même, la révision des comptes de ces diverses entités était effectuée par une société dans laquelle M. Hugo Frey et son fils détenaient également des intérêts. » Markus Frey serait donc juge et partie.

Au fil des ans, selon ses défenseurs, Forester Labrouche aurait réalisé que le gestionnaire de fortune « procédait méthodiquement à la captation de son patrimoine, et tentant même de le faire renoncer à son héritage ». Ces dernières années, l’avocat suisse aurait profité de l’état de santé de sa mère et de la complicité de son demi-frère pour vendre des biens familiaux et détourner des fonds, accuse le camp Labrouche.

Le déclenchement du « mandat de protection » a été effectué au mois de juillet, à la faveur d’un changement notable : alors que la marquise espagnole était résidente fiscale suisse, ses hommes de loi viennent juste de la faire domicilier à Bayonne, dans l'une de ses propriétés, où elle vit désormais à temps plein. Selon Forester Labrouche et ses avocats, ce changement de résidence fiscale lui est préjudiciable, au vu des taux d’imposition en France, et constituerait l’un des abus de faiblesse reprochés au fils adoptif de la marquise et au cabinet Frey. Il s’agirait d’une stratégie de mainmise sur l’octogénaire et d’étranglement financier qui irait en s’accroissant à mesure que son état de santé se dégrade, selon les plaintes déposées par les avocats. Ils en veulent pour preuve des courriers récents (ils datent de mars et avril 2017) dans lesquels la marquise demande des comptes au gestionnaire de fortune, et s’étonne de ne recevoir que de petites sommes d’argent.

Le médecin expert préconise une mise sous tutelle

Cette quête dure en fait depuis près de vingt ans. Dès 1999, Forester Labrouche et son épouse Stéphanie, aidés de l’avocat genevois Marc Bonnant, ont cherché à obtenir des informations sur un entrelacs de structures plus ou moins opaques, appartenant à la famille et gérées par les Frey (Fondation Fola, Fondation Newin, Fondation Porschar, Fondation Rosca, Fondation Olga Martin Montis, Fondation Wim, Soltega AG, Interhold AG, F+H AG, Isidro Trust, Soledad Trust, Forester Trust, Tricor SA, SCI Audrey, SCI Soltin…). Une première plainte pénale a été déposée contre les Frey, à Lausanne en juin 2001, sans effet. Les avocats des Labrouche ne se découragent pas, et multiplient les procédures.

En Suisse, l'avocat Thierry Wuarin vient ainsi de soulever des questions sur plusieurs ordres de paiement importants effectués par la marquise de Moratalla à German de la Cruz et Markus Frey, au cours de l’année 2017, mais aussi sur une donation à ce dernier de 1,7 million de francs suisses effectuée au mois de juin, alors qu'elle était déjà en état de faiblesse.

Pour faire bonne mesure, le camp Labrouche s'étonne aussi des activités de banquier de l’avocat Markus Frey et des soucis de sa banque privée. Il pointe en outre, pour souligner leur proximité, les investissements communs effectués par German de la Cruz et Markus Frey dans une société, Active Gold Holding (qui investirait dans des mines d’or en Russie), et une autre société, Aeroswiss, en liquidation.

Lorsqu’on cherche à joindre Forester Labrouche à son domicile près de Lausanne, c’est son épouse, Stéphanie, qui répond et s’exprime pour lui. « Il n’y a aucun acharnement de notre part contre Soledad. Mais mon mari étant l’héritier principal de ses grands-parents, et ayant été soigneusement tenu à l’écart de la gestion de cet héritage, il a fallu se battre bec et ongles contre Markus Frey, que nous avons réussi à évincer de la plupart des trusts », raconte Stéphanie Labrouche à Mediapart. De nombreux biens ayant appartenu aux grands-parents de son époux auraient disparu, ainsi qu’un testament, dit-elle.

Forester et Stéphanie Labrouche © DR

« Lorsque j’ai rencontré mon mari voici vingt ans, il vivait dans un petit appartement et touchait une rente mensuelle versée par Frey, mais il n’avait aucun titre de propriété ni de document comptable sur la fortune familiale. Il n’osait rien demander ni rien dire, ayant peur qu’on lui coupe les vivres. »

Son épouse, elle, se présente comme une femme de caractère, forte d’une expérience de hautes responsabilités dans la banque en Suisse, et disposant d’une petite fortune personnelle. « Mon mari n’a pas fait d’études et n’a jamais travaillé, confie-t-elle. Ils ont abusé de sa naïveté et de sa gentillesse. Il était incapable de se battre contre eux, mais il m’a tout expliqué. Sa mère ne l’a jamais aimé, il la craint. Il a été élevé par sa grand-mère, et les Frey père et fils en ont profité pour le marginaliser et le déposséder. Ils l'ont même fait venir à Londres, dans un hôtel près de l’aéroport, pour lui faire signer des documents le faisant renoncer à ses biens. Mais moi, j’avais les moyens de payer des avocats, et les compétences pour retrouver les trusts qui étaient cachés. »

Stéphanie Labrouche égrène la liste des bizarreries découvertes au fil des ans. Vente d’un chalet à Gstaad, puis d’une propriété en Angleterre. Montage juridique privant longtemps son mari de la villa Moratalla, à Biarritz. Découverte d'une autre villa à Saint-Martin. Sociétés qui apparaissent et qui disparaissent. « Markus Frey vit sur les honoraires et les frais de gestion qu’il facture à toutes ces structures, en toute opacité », accuse Stéphanie Labrouche. Les trusts familiaux représentent, selon elle, environ 100 millions d’euros.

Ces nombreuses accusations, contestées catégoriquement par Markus Frey et German de la Cruz, font actuellement l’objet d’une enquête confiée à la PJ de Bayonne. Une expertise médicale, diligentée par le parquet, a conclu le 17 août que la marquise de Moratalla, déjà suivie pour un début de maladie d'Alzheimer, souffre d’une « perte d’autonomie sévère », de « troubles mnésiques majeurs », de « désorientation temporo-spatiale complète », de « difficultés de concentration », de « troubles dysexécutifs » et d’« anosognosie ». Le médecin expert conclut qu’une mise sous tutelle paraît nécessaire, et préconise un mandataire judiciaire spécialisé pour l’exercer.

En revanche, selon des sources proches de l’enquête, la marquise est bien soignée et bien entourée, et rien n’indique qu’elle puisse être séquestrée ou victime de non-assistance à personne en danger. Si son état de fragilité est avéré, les imputations d’abus de faiblesse et d’abus de confiance, en revanche, s’annoncent assez longues à vérifier, compte tenu notamment des montages financiers complexes à l’étranger.

La justice est également saisie de nombreuses attestations fournies par les deux camps pour étayer leurs dires. Les époux Labrouche s’appuient sur le témoignage de Georgia P., la gouvernante et amie de la marquise depuis près de cinquante ans, qui a été licenciée cet été, et dénonce les agissements du fils adoptif et du gestionnaire de fortune. De son côté, German de la Cruz Cabeza de Vaca a produit plusieurs attestations d’employés de maison critiquant le comportement et le rôle néfaste de la gouvernante, et d’amies proches de la marquise assurant que celle-ci est bien soignée et reçoit leur visite.

« Où étaient-ils pendant 20 ans ? »

Contacté dans la propriété familiale de Bayonne, German de la Cruz Cabeza de Vaca accepte de répondre à Mediapart. Selon lui, il n’y a strictement rien à reprocher au gestionnaire de fortune de sa mère. « Je n’ai aucun doute sur le sérieux du travail de la famille Frey, des gens de confiance qui gèrent les affaires de maman depuis des décennies. Je me porte garant de leur travail, de leur transparence et de leur fidélité », expose le fils adoptif de la marquise de Moratalla. « J’ai du mal à comprendre l’acharnement des Labrouche, ils ne manquent de rien. Ces attaques insensées font beaucoup de peine. Ce sont des attaques personnelles, agressives, sans fondement, qui durent depuis vingt ans. »

Les accusations d’abus de faiblesse et de séquestration laissent German de la Cruz désemparé. « Maman est stable, elle a les infirmières, le personnel et tous les soins que les médecins ont demandé pour elle. Elle se repose. Bien sûr, elle est au courant des attaques de l’ennemi, et ça l’angoisse », dit-il. L'installation définitive de sa mère dans les Pyrénées-Atlantiques ne serait due qu'à son état de santé, et à rien d'autre.

« Il est faux de dire que les Labrouche n’ont plus accès à la maison. Ils sont venus une fois au mois de juillet, mais où étaient-ils pendant 20 ans, quand maman était malade ? Et là, ils débarquent d’un coup et veulent tout prendre en mains ?! La volonté répétée de maman, c’est de ne rien faire avec eux. Ils lui ont fait trop de mal en 20 ans de guerre. » Quant à la gouvernante, « Madame P. savait très bien que les Labrouche ne voulaient pas du bien à maman, il est étrange qu’elle ait fait appel à eux si elle était vraiment l’amie la plus proche de maman depuis 45 ans », conclut German de la Cruz.

Soledad Cabeza de Vaca et son fils adoptif German © DR

Sollicités par Mediapart, les avocats du fils adoptif, Ronald Asmar et Romain Jordan, du cabinet genevois Merkt (celui-là même qui gérait des avoirs de Liliane Bettencourt), sont très remontés. « Ce qu’on fait vivre à notre client est une horreur. Il s’occupe de sa mère malade, et on l’accuse publiquement de séquestration ! »

« Les Labrouche racontent n'importe quoi, et ont perdu toutes les procédures abusives lancées depuis 20 ans contre les Frey père et fils, la marquise, les trustees et les fondations », expliquent Ronald Asmar et Romain Jordan. « Nous ignorons leurs motivations, mais toutes ces accusations sur le testament, les bijoux et les comptes bancaires ont déjà été tranchées. » La liste de ces procédures, en Suisse (Lausanne, Zurich), en France, au Liechtenstein et en Grande-Bretagne, est assez impressionnante. « Ils ont seulement gagné sur la remise de documents sociaux d’une société », concèdent Mes Asmar et Jordan. Toutes ces procédures ont coûté très cher à la marquise en frais d’avocats, a-t-elle déclaré en 2010 devant la Haute Cour de justice de Londres.

Selon les avocats de German de la Cruz, tout allait pour le mieux au sein de la famille jusqu’au mariage de Forester Labrouche, en 1998. Depuis, Stéphanie Labrouche exercerait une forte emprise sur son époux, et voudrait gérer elle-même les fonds de la dynastie familiale. Mes Asmar et Jordan assurent que Forester Labrouche a déjà touché 60 millions de francs suisses (soit environ la même somme en euros) d’un trust familial à son quarantième anniversaire, et encore une dizaine de millions d’héritage. Ils renvoient sur un reportage de la télévision suisse pour juger du train de vie de Forester, et rappellent que sa mère peut disposer de ses propres revenus à sa guise.

Les Labrouche s’appuient notamment sur le témoignage de l’ancienne gouvernante ? Elle voulait en fait figurer sur le testament de la marquise, et aurait joué un rôle trouble, assurent Mes Asmar et Jordan, qui viennent de déposer plainte contre elle à Bayonne pour dénonciation calomnieuse et escroquerie au jugement. Ils estiment que les courriers et mails de reproches adressés à Markus Frey auraient été faits sous la dictée de la gouvernante, profitant de l’état de santé de la marquise. « Si la marquise est en état de faiblesse, comment justifier les donations récentes à son fils adoptif et les sommes prélevées récemment par son gestionnaire de fortune ? », répond Richard Malka, l'un des avocats des Labrouche.

Sollicité par Mediapart, Markus Frey fait valoir que sa gestion des avoirs de la famille Cabeza de Vaca a été jugée du « plus haut niveau professionnel » et « très performante », et que ses honoraires ont été décrits comme « modérés » par la plus haute juridiction du Liechtenstein, dans une décision du 28 novembre 2011. En février 2016, la Haute Cour de justice de Londres les a qualifiés de « raisonnables », ajoute-t-il.

« En près de 20 ans de procédures judiciaires, que les Labrouche ont toutes perdues, je suis vraiment perplexe de voir que Mme Labrouche continue à lancer des allégations mal fondées et des mensonges qui ont déjà été tranchés par plusieurs juridictions, et qui constituent autant de procédures abusives. Je ne peux expliquer cela que par une obsession vexatoire de Mme Labrouche », déclare Markus Frey.

« L'argent des Labrouche leur permet de créer une illusion de sérieux dans les médias. Il est triste de voir que les importants moyens financiers de Forester Labrouche, auxquels son épouse Stéphanie a visiblement un accès illimité, sont mis au service d'une campagne de calomnie et de harcèlement envers sa belle-mère et moi-même, qui suis l'un de ses conseillers », conclut le gestionnaire de fortune.   

Michel Deléan

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