Terrorisme Enquête

Comment les renseignements ont étouffé leur raté après l’attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray

La direction du renseignement de la préfecture de police (DRPP) de Paris a eu connaissance des messages d’un des tueurs du père Hamel une semaine avant l’assassinat du religieux. Le terroriste y évoquait une attaque dans une église, mentionnait Saint-Étienne-du-Rouvray… Une fois le prêtre assassiné, la DRPP a alors postdaté deux documents afin de masquer sa passivité. Révélations sur les pratiques du service de renseignement parisien.

Matthieu Suc

4 janvier 2018 à 17h40

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Il s’est choisi pour pseudo « @Jayyed » et apparaît, le 17 juillet 2016, sur la chaîne « Haqq-Wad-Dalil » (La vérité et la preuve) qu’il administre depuis la messagerie électronique Telegram. L’autoportrait publié ce jour-là le montre vêtu d'une veste de camouflage et porteur d'un turban de couleur noire. Le jeune homme qui se cache derrière le pseudo de « @Jayyed » et une photo floue s’appelle en réalité Adel Kermiche.

Âgé d’à peine 19 ans et issu d’une famille sans histoire, ce Normand est pourtant devenu, selon la terminologie policière, « une figure connue de l’islamisme radical en région rouennaise ». À deux reprises, en mars et en mai 2015, il a tenté de se rendre en Syrie. Interpellé en Turquie, il est alors incarcéré à son retour en France durant dix mois à Fleury-Mérogis où il côtoie des djihadistes chevronnés.

Remis en liberté en mars 2016, le jeune homme est placé sous contrôle judiciaire et doit porter un bracelet électronique. Ce qui contraint ses déplacements mais ne l’empêche pas de s’épancher sur les réseaux sociaux. Il crée le 11 juin 2016 la chaîne « Haqq-Wad-Dalil », et se choisit comme illustration une photo d’Abou Bakr al-Baghdadi, l’autoproclamé calife de l’État islamique.

Les premières publications de Kermiche ont pour sujet Al-Qaïda qu’il critique et cet État islamique qu’il encense. Il témoigne également d’un goût prononcé pour les anasheed, ces chants religieux détournés par les organisations terroristes dans le cadre de leur propagande. Sur son autoportrait, l’administrateur de la chaîne Telegram pointe le doigt en l’air, en direction de son dieu et du paradis qu’il escompte bientôt rejoindre.

Dans neuf jours, Adel Kermiche va tuer un curé.

En attendant, le djihadiste normand s’amuse sur Telegram de l’impunité dont il semble bénéficier. À 13 h 57 ce 17 juillet, il publie en commentaire de son autoportrait : « Mdrrr jfais la taqya. La jsuis pas griller trql. Aucun soupson. Subhan'Allah il les aveugles ! » Plus tard, un service de police traduira ce message qui se moque des services de police : « Mort de rire, je suis dissimulé. Là je ne suis pas grillé, tranquille. Aucun soupçon. Gloire à Allah, il les aveugle. »

Adel Kermiche se trompe, Allah ne « les » aveugle pas. Dans les jours qui suivent, un policier caché derrière son écran ne va rien perdre du spectacle auquel l’aspirant terroriste s’adonne.

Sur sa chaîne Telegram, Adel Kermiche se moque de la police, ignorant que celle-ci le surveille. © DR

Adel Kermiche s’est trompé et, disons-le, Mediapart aussi lorsque, dans la série d’articles consacrés à l’attentat de Saint-Étienne-du-Rouvray et publiés à l’automne 2016 (ici, ici et ), nous écrivions que notre enquête « ne révèle pas un scandale d’État, ne pointe pas la responsabilité individuelle d’un ministre ou d’un patron de la police, ne cible pas l’échec d’un service de renseignement en particulier ». « Il serait abusif de dénoncer un raté », concluions-nous. Un an plus tard et après une seconde enquête qui aura pris plus de six mois rien que pour convaincre certains policiers de témoigner même anonymement, il convient de réviser ce jugement.

Le raté est énorme : un service de renseignement français était aux premières loges pour assister aux préparatifs de l’attentat qui a coûté la vie à un prêtre et occasionné de graves blessures à un de ses paroissiens ; ledit service n’a pas communiqué ses informations et, une fois le crime survenu, la hiérarchie aurait alors fait postdater des documents pour masquer sa responsabilité.

Le scandale aujourd’hui révélé a pour théâtre non les rives normandes mais l’île de la Cité et pour cadre les bureaux vétustes d’une aile de la préfecture de police de Paris. Là où s’entassent les 123 fonctionnaires de la section « T1 » chargée de la lutte antiterroriste au sein de la direction du renseignement de la préfecture de police (DRPP), les anciens renseignements généraux (RG) parisiens.

Il y a encore quelques mois, ils n’étaient que 67 dans ces locaux mais depuis les massacres de Charlie Hebdo, de l’Hyper Cacher et du 13-Novembre, il a fallu recruter en masse. Il a fallu aussi partager bureaux et ordinateurs. Dans l’attente de récupérer des espaces dédiés à l’accueil des immigrés et aux cartes grises, on se retrouve à dix là où on était cinq. Les petits nouveaux n’ont même pas de casier où déposer leurs affaires. Il faut faire sans climatisation. « On crève de chaud, c’est crade, il y a des souris », nous confiait à l’époque une ancienne du service. Malgré ces conditions précaires, certains, à leur embauche, fanfaronnent sur leurs comptes personnels Facebook : « On va chasser du terroriste ! » Pas très discrets pour de futurs agents secrets.

Au total, la DRPP compte 870 fonctionnaires sur lesquels règne « le Roi René », le surnom de l’inspecteur général René Bailly qui chapeaute cette direction depuis juin 2009. Le tout-puissant directeur du renseignement de la préfecture de police de Paris a survécu à trois préfets et six ministres de l’intérieur. Et jusqu’à ce jour, aucune polémique liée à la vague d’attentats qui ensanglantent la France ne l’a éclaboussé. Une exception culturelle au sein des services de renseignement.

L’homme témoigne d’une certaine habileté pour parer les coups. Deux mois avant les faits qui nous occupent, René Bailly joue profil bas, ce jeudi 26 mai 2016, lorsqu’il s’assoit face aux députés qui s’apprêtent à le cuisiner dans le cadre de la commission d’enquête consacrée aux attentats de 2015. « Les questions que vous soulevez me paraissent d’une grande amplitude par rapport à la modestie de cette direction », prévient-il d’emblée le président LR Georges Fenech qui lui pose ses premières questions.

Une modestie plus feinte que réelle. Dans la foulée, le « Roi René » explique avoir été placé à son poste pour « rétablir la circulation » entre l’île de la Cité [la DRPP] et « le reste du monde », racontant que lors d’une précédente audition, « l’actuel garde des Sceaux [Jean-Jacques Urvoas] m’avait demandé pourquoi les ponts entre la DRPP et le reste du monde du renseignement avaient été rétablis si tard : je lui avais alors répondu que je n’étais arrivé que la veille… ».

Au passage, il glisse quelques piques à l’encontre des autres services. Ainsi, déplore-t-il, que « [ses] collègues de la DGSI [soient] prioritairement orientés vers la technique ». À propos des informations supposées échangées avec l’administration pénitentiaire sur des détenus radicalisés, il fait mine de regretter que « dans une relation, il ne peut pas n’y avoir qu’un seul sens de circulation »… Enfin rappelle-t-il : « Quand la DGSI revendique le démantèlement d’un certain nombre de réseaux depuis 2013, je peux vous dire que la DRPP y a apporté, malgré ses modestes moyens, une contribution non négligeable. »

La DRPP est son royaume. René Bailly a placé à la tête de la sous-direction du renseignement intérieur, depuis le 2 avril 2012, un commissaire divisionnaire décrit comme « très proche », « un fidèle lieutenant », d'après le livre Bienvenue place Beauvau (Robert-Laffont, 2017), des journalistes Olivia Recasens, Didier Hassoux et Christophe Labbé. À son propos, nos confrères publient un témoignage – anonyme – qui précise : « Tu lui dis de “visiter” un appart’, quel que soit l’appartement, il obéit. Il est capable de faire n’importe quoi, y compris une connerie si le chef le demande. » Ce fidèle lieutenant supervise la section T1, elle-même dirigée par son adjoint, un divisionnaire dont l’influence s'étend bien au-delà de son grade et de son service : il joue un rôle important au sein du syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN).

Les vacances de la hiérarchie

Appelons-le Paul. Lui est arrivé avant la vague de recrutement. Ce brigadier œuvre au sein du GIP, pour « groupe informatique et procès », qui compte cinq policiers chargés de la veille informatique. Ils ne suivent plus les déroulés des audiences au tribunal correctionnel mais le « P » est resté, par habitude. Le jeudi 21 juillet 2016, Paul, sous couvert d’un alias, surfe sur les réseaux sociaux et tombe sur la chaîne « Haqq-Wad-Dalil ». On est cinq jours avant l’assassinat du père Hamel.

Le profil de l'administrateur de la chaîne Telegram, derrière lequel se cache Adel Kermiche. © DR

Avoir accès aux 118 photographies, 3 vidéos, 29 documents, 89 messages vocaux et 89 liens URL publiés par l’administrateur est simple. Très simple. Il suffit à n’importe quel internaute de s’abonner à la chaîne. Ceux qui le souhaitent peuvent ensuite poser des questions sur la religion à l’administrateur qui ne se prive pas pour aborder la question des fatwas légitimant les opérations martyres. Le profil de « @Jayyed » possède « de nombreux marqueurs », selon l’expression d’un autre cyberpatrouilleur. « La teneur des commentaires de l'administrateur de cette chaîne […] éclaire un profil djihadiste qui s’oriente de manière explicite vers l’organisation État islamique », analysera plus tard un rapport de police.

Depuis son bureau de la caserne de la Cité, Paul a tout le loisir d’observer l’administrateur privilégier « la loi du talion en France plutôt que la hijra [le départ – ndlr] en Syrie », préconiser la création d'une province « virtuelle » de l'État islamique dans l’Hexagone avec à sa tête un émir qui permettrait « aux frères de s'entraider pour partir ou préparer des choses ici ».

Au gré des discussions, « @Jayyed » se livre. Il narre par le menu ses deux tentatives de départ en Syrie, comment pour son périple il avait emprunté la carte nationale d'identité d'un « mécréant », comment seulement trois semaines après avoir été arrêté en Allemagne, il était parvenu à repartir cette fois avec un autre « frère ». Il donne des détails sur les codétenus djihadistes croisés en détention, explique devoir depuis sa sortie porter « un bracelet électronique ». Il invite même ses abonnés rouennais à venir assister aux cours qu’il dispense les lundis, mardis et jeudis dans une mosquée « à Saint-Étienne-du-Rouvray ».

Autant d’éléments qui facilitent son identification. À se demander si ce n’est pas Paul qui, caché derrière un ou plusieurs alias, pose ces questions amenant Adel Kermiche à se dévoiler ? Si ce n’est pas lui l’usager de sa chaîne qui demande à l’administrateur où va sa préférence entre faire sa « hijra » et commettre un attentat ? Des interrogations auxquelles aucun des interlocuteurs de Mediapart n’a souhaité ou n’a été en mesure d’apporter de réponse.

« @Jayyed », lui, ne fait pas mystère de ses intentions. À la question de choisir entre la hijra ou les attentats, il répond sans ambages : en raison de la difficulté qu'il y a de se rendre en Syrie, il est préférable d'agir « ici », c’est-à-dire en France. Et Adel Kermiche a une idée très précise en tête. Il l’expose dans un message vocal long de 7 minutes et 20 secondes : il faut, selon lui, attaquer les églises.

Avec un couteau, se vante-t-il, « il pourrait faire un carnage en tranchant deux ou trois têtes ». « Semblant particulièrement sensible à cette cible, il incitait ses abonnés à se procurer des armes pour mener à bien ce type d’attaque », notera le rapport de synthèse consacré à l’assassinat du père Hamel.

Au cours de son monologue, Kermiche insiste : l'important lors d'une attaque n'est pas forcément le nombre de morts, mais davantage le symbole visé. Il insiste à propos des lieux de culte, cible idéale selon lui. « Tu vas dans une église où il y a du polythéisme et tu déglingues tout le monde, je ne sais pas moi ! Tu fais ce qu’il y a à faire et voilà ! »

Enfin, il conclut de façon très explicite à l’encontre des aspirants djihadistes : « Au jour d’aujourd’hui, les gens qui sont en France, je vous conseille de taper. Voilà ! Je le dis clairement : tapez ! » À l’écoute de ce message audio inquiétant, Paul fait ce qu’on lui a appris à faire. Il remplit une fiche Gester.

Le Gesterext, acronyme de « Gestion du terrorisme et des extrémismes à potentialité violente », est le fichier de renseignement dévolu à la DRPP. Il est l’équivalent du fichier Cristina pour la DGSI. Classé secret défense, le Gesterext est soumis au régime juridique des fichiers dits « de souveraineté », défini par la loi du 6 janvier 1978 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés.

Ayant pour finalité de « prévenir les actes de terrorisme », de « surveiller les individus, groupes, organisations et phénomènes de société susceptibles de porter atteinte à la sûreté nationale », selon le rapport d’information sur les fichiers de police des députés Delphine Batho et Jacques-Alain Bénisti rendu le 24 mars 2009, il constitue « un outil à la disposition des [seuls] fonctionnaires de la DRPP chargés d’exercer les missions de renseignement intérieur ». « Toutefois, précise le rapport, les fonctionnaires de la [DGSI] intervenant dans ces domaines pourront être rendus destinataires des informations contenues dans Gesterext. »

Et c’est précisément le cas d’espèce. L’administrateur de la chaîne « Haqq-Wad-Dalil » étant localisé dans la région rouennaise, vraisemblablement dans la commune de Saint-Étienne-du-Rouvray, son cas n’est pas du ressort de la DRPP, qui opère sur Paris et la petite couronne, mais de la DGSI, à compétence nationale. Aussi, Paul saisit les informations collectées « dans le Gester » (les policiers de la DRPP continuent à nommer leur base de données par sa précédente appellation, plutôt que par le plus difficile à prononcer Gesterext) et remplit ce qu'on appelait auparavant une « note blanche ». Paul compile les informations afin d’alimenter les archives de son propre service et surtout pour transmettre le dossier aux cousins de la DGSI.

Comme Mediapart l’a déjà raconté, le cloisonnement est pratiqué à outrance dans les services de renseignement français. Officiellement, la DRPP a un officier de liaison à Levallois et la DGSI en a un de son côté à la DRPP. Ce afin qu’il n’y ait plus « les trous dans la raquette » condamnés par Bernard Cazeneuve lorsqu’il était ministre de l’intérieur. Seulement l’application concrète de ce principe est toute relative. « Chez nous, l’officier de liaison de la DGSI est passé une fois nous serrer la main mais on ne sait pas trop ce qu’il fait ici », nous avait raconté l’ancienne de la DRPP précitée.

Par ailleurs, Paul n’a pas le droit de téléphoner à son homologue de la DGSI. Il doit transmettre sa note blanche destinée à être corrigée et validée par quatre échelons hiérarchiques – les trois commissaires et l'un des deux officiers chargés de coordonner la lutte contre le terrorisme au sein de la DRPP – qui doivent décider de la suite à donner. « Ils veulent contrôler tout ce qu’on produit mais ne nous font pas confiance, ni même entre eux. Cela crée un goulet d’étranglement, des notes restent en souffrance », confie un autre ancien de T1. 

« L’information reste coincée, confirme un troisième policier. Parce que ce qu’on écrit est classé secret défense, il y a trop de contrôle, trop de lecture, trop de chefs qui souhaitent corriger les notes, apporter leurs grains de sel, se donner l’impression d’y conférer leur valeur ajoutée. Ils retiennent les notes parce qu’une virgule est mal placée… On privilégie la satisfaction du supérieur N+1, on oublie le caractère opérationnel de la note. »

En théorie, deux de ses cinq supérieurs de T1 sont toujours présents au service. Seulement, on est durant la seconde moitié du mois de juillet et quatre gradés sont en vacances. Le cinquième, un commandant ayant supervisé la traque des commandos de l'ETA, est débordé. Alors, comme nous le rapportent plusieurs sources, les écrits de Paul se perdent dans le fichier Gesterext et la note blanche en attente de validation hiérarchique hiberne dans l'ordinateur du commissaire adjoint de T1.

Quand la survie du service de renseignement est en jeu

Ancien de l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (OCLAESP), ayant notamment piloté l’enquête sur les produits dopants achetés depuis internet par Patrice Ciprelli, l’entraîneur et époux de Jeannie Longo, ce commissaire est le no 3 de la sous-direction chargé de la sécurité intérieure à la DRPP et un supérieur considéré comme « un homme honnête et droit » par plusieurs de ses subalternes rencontrés. Il rentre de congés le lundi 25 juillet.

L’histoire ne dit pas si la note blanche dort seule dans la boîte de partage « Coordinateur opérationnel », si la messagerie est remplie d’injonctions toutes plus urgentes que les autres. Dix jours plus tôt, le carnage de Nice a traumatisé politiques et policiers au sortir d’un Euro de foot que tous craignaient sanglant et qui, au bout du compte, s’était déroulé sans incident. Les nerfs sont à vif et les corps fatigués. D'après deux témoignages concordants, le commissaire ne voit pas la note blanche, il ne la transmet pas au « Roi René » qui ne la communique pas à la DGSI.

Tandis que le commissaire ignore la fiche supposée attirer l’attention sur son cas, l’administrateur de « Haqq-Wad-Dalil » incite, ce même jour à 14 h 45, ses abonnés à se préparer à partager un contenu à venir qu'il qualifie d’« exceptionnel » et de « surprenant », leur demande de lui dédier des invocations afin qu'il puisse réaliser son « projet ». « La teneur de ses propos laisse penser qu’il s’agit d’un message d’adieu », constatera l’officier de police judiciaire analysant, après coup, le contenu de la chaîne Telegram.

Deux heures plus tard, Adel Kermiche publie sur l’application de partage d’images Snapchat une photo qui le montre « en tenue de camouflée », selon l’expression d’un de ses amis, en compagnie d’un inconnu. Cet individu, on le découvrira plus tard, s’appelle Abdel-Malik Petitjean. Dans la foulée, les deux hommes à peine sortis de l’adolescence se présentent devant l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray où ils trouvent portes closes. Ils remettent leur macabre projet au lendemain matin.

Le mardi 26 juillet, à 8 heures 31, l'administrateur enjoint aux usagers de sa chaîne Telegram de « télécharger ce qui va venir et partager le en masse !!!!! [sic] » Sur ce, Adel Kermiche sort du domicile familial, respectant une dernière fois les termes de son contrôle judiciaire qui l'autorisait à quitter la demeure de ses parents seulement entre 8 h 30 et 12 h 30 en semaine. On est soixante minutes avant l’assassinat du père Hamel.

La photo d'Adel Kermiche et Abdel-Malik Petitjean diffusée sur Snapchat la veille de l'attentat. © DR

La messe célébrée par le prêtre de 85 ans tire à sa fin devant un maigre public – trois bonnes sœurs de 72 à 82 ans, et un couple de paroissiens de 86 et 87 ans – lorsqu’aux environs de 9 h 25, un jeune homme au « regard doux », portant une veste bleue, entre dans l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray pour demander un renseignement. Une des religieuses, qui le prend pour un étudiant, lui demande de revenir après l’office. Quelques minutes plus tard, il revient accompagné d’un complice. Porteurs d’un sac à dos et d’une valise, ils brandissent une arme de poing et un couteau, et ordonnent à l’assistance de rester calme.

Ils empoignent le prêtre, frêle octogénaire d’un mètre soixante, et le forcent à s’agenouiller sur l’autel. Pendant que l’un des deux assaillants maintient Jacques Hamel agenouillé, l’autre tend un téléphone portable au paroissien retraité, et l’oblige à filmer la scène. Le prêtre est poignardé à la gorge et au thorax, son bourreau scandant des propos à la gloire de l’État islamique, en français et en arabe. « Va-t’en, démon ! » crie le prêtre avant de s’effondrer.

L’homme au couteau agrippe maintenant le paroissien qui filmait, l’entraîne près de l’autel, et le poignarde à la gorge et au dos, à quatre reprises. L’octogénaire s’écroule, et fait le mort. Opéré à deux reprises, il pourra témoigner quelques jours plus tard sur son lit d’hôpital. L’une des bonnes sœurs réussit à s’éclipser pendant la tuerie et donne l’alerte.

Une heure plus tard, la police donne l’assaut. La porte de la sacristie est enfoncée. Les deux terroristes surgissent en criant « Allah akbar ». L’un brandit une arme de poing, l’autre un tube noir – des armes qui se révéleront factices. Ils s’écroulent, criblés de balles. Abdel-Malik Petitjean, vêtu d’un treillis militaire, est défiguré. Le second, habillé d’un kamis noir – une tenue traditionnelle afghane – et d’un bonnet de prière en laine noire, porte un bracelet électronique à la cheville. Il s’agit d’Adel Kermiche.

La Sous-direction antiterroriste (SDAT) de la police judiciaire est chargée de l’enquête. Commence un classique travail d’environnement. SDAT 44 – depuis l’assassinat d’un couple de policiers un mois plus tôt à Magnanville, les policiers sont anonymisés dans les procédures pour terrorisme – regarde ce qu’il peut trouver « en source ouverte sur le réseau public internet ». Il se penche sur le compte Facebook « au nom d’utilisateur d’Adel Kermiche ». SDAT 44 note qu’on trouve dans les vidéos une séquence au cours de laquelle deux adolescents se jettent des œufs dans une cuisine, il souligne que l’utilisateur basé à Rouen est fan de Bruce Lee, de Harry Potter et des Simpsons, qu’il supporte le FC Barcelone et le Paris-Saint-Germain, qu’il écoute Rihanna.

Bref, SDAT 44 patauge.

Sur l’île de la Cité, c’est la panique en découvrant que le suspect dont on avait oublié de transmettre le cas vient d’assassiner un prêtre. Cela fait furieusement désordre. Deux mois plus tôt, la presse a révélé que le no 2 de la DRPP, l’adjoint du « Roi René », un certain Nicolas de Leffe, a été rétrogradé pour avoir pioché dans la caisse des fonds d'enquête et de surveillance du service. Il détournait une partie des 30 000 euros annuels versés par la DGSI pour rémunérer les sources de la DRPP en matière de terrorisme… Et ce afin de restaurer un château en province destiné à des chambres d’hôtes. Une enquête de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), la police des polices, a permis d’établir les faits. L’impétrant a été sanctionné par l’administration en étant exclu temporairement de la police.

Surtout l’existence même de la DRPP est remise en cause par le rapport rendu trois semaines plus tôt, le 5 juillet 2016, par la commission d’enquête consacrée aux attentats. Dans sa proposition no 14, le rapporteur PS Sébastien Pietrasanta préconise de « partager les attributions de la direction du renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP) entre la DGSI et [une] nouvelle direction générale du renseignement territorial »

Et le ministre de l’intérieur de l’époque, Bernard Cazeneuve, n’a pas sur ce sujet opposé une résistance farouche. Dans un courrier adressé aux députés Fenech et Pietrasanta, il dit avoir « pris note des interrogations de la commission » et leur annonce confier à l’Inspection des services de renseignement « une mission d’expertise » sur les relations entre le renseignement parisien et les autres services spécialisés.

Une menace pour la préfecture de police (souvent présentée comme « un État dans l’État »), celle de se faire amputer de son service de renseignement. Dans ce contexte, la révélation du raté de Saint-Étienne-du-Rouvray pourrait sceller alors le sort de la DRPP.

La taqiya du service de renseignement

Aussi, le 26 juillet, Paul est convoqué par sa hiérarchie. Sous le contrôle d'un coordinateur, le cyberpatrouilleur écrase sa fiche Gester et sa note blanche. D'après le récit concordant effectué par plusieurs sources, il réécrit les documents en les postdatant au jour même afin de masquer l’énorme bévue de la DRPP. Mais, effectuée dans la précipitation, la manipulation sur le fichier Gester conserve dans l'onglet « Propriétés » la date initiale, celle remontant à une semaine plutôt. Paul est sommé de rectifier. On lui ordonne également d’effacer son historique de navigation sur son moteur de recherches, histoire que personne n’aille vérifier de quand date sa découverte de la chaîne Telegram de Kermiche. « Oui, nos supérieurs ont bien essayé d’effacer les traces et ils l’ont mal fait, confirme un agent. Il y a eu une tentative de rétropédalage mais cela n’a pas marché comme prévu… »

Au même moment, la SDAT fait état d’« un renseignement » parvenu au service « ce 26 juillet 2016 à 14 heures », soit quelques heures après le drame, « selon lequel un jeune homme non identifié, administrateur d'une chaîne apparaissant sur la messagerie électronique Telegram intitulée Haqq-Wad-Dalil, y avait diffusé des messages radicaux dans lesquels il mentionnait notamment des attaques d'églises ». SDAT 12, qui rédige le procès-verbal exploitant alors le contenu de la chaîne « Haqq-Wad-Dalil », constate avec regret que le simple clic sur le « lien conduisant » à la chaîne de Kermiche rend « l’intégralité de son contenu [...] accessible sans qu’une quelconque inscription ou cooptation soit nécessaire »

C’est d’autant plus rageant que les services de renseignement couraient au même moment après le complice de Kermiche. Abdel-Malik Petitjean a envoyé le 19 juillet à Rachid Kassim, un propagandiste de l’État islamique à Mossoul, en Irak, une vidéo dans laquelle il menace à visage découvert la France de nouvelles attaques en réponse aux bombardements en Syrie. Les services secrets américains se procurent cette vidéo et confient son contenu à leurs homologues français. Une diffusion nationale de cette vidéo au sein des services de police est effectuée le 22 juillet, « aux fins d’identification de son auteur ».

Cette fiche de signalement, intitulée « Menace contre le territoire national », dont l’existence a été révélée par RTL et dont le contenu a été cité par Le Monde, précise : « L’individu […] serait prêt à participer à un attentat sur le territoire national. Il serait déjà présent en France et pourrait agir seul ou avec d’autres individus. La date, la cible et le modus operandi de ces actions sont pour l’heure inconnus. Des investigations sont actuellement en cours afin de l’identifier et de le localiser. » Nous sommes quatre jours avant l’assassinat du père Hamel, mais personne ne reconnaît Abdel-Malik Petitjean sur la vidéo. Pourtant, ce dernier fait l’objet d’une fiche “S”. Comme Mediapart l’avait révélé, l’officier de renseignement chargé de son suivi à l'antenne locale de la DGSI basée en Savoie, là où vit le fiché S, est alors en vacances.

Le croisement du signalement des services secrets américains et des informations tues par la DRPP aurait pu permettre d’identifier les deux apprentis terroristes.

Pendant ce temps, dans la nuit du 21 au 22 juillet, Abdel-Malik Petitjean contacte Adel Kermiche via Telegram, mais cette fois par le biais de messages privés. Le premier demande au second s'il connaît des « techniques d’actions » et des « frères déterminés » pour passer à l'acte, indiquant qu'il lui était difficile de passer à l'action seul avec une arme blanche. Kermiche répond qu’« il veut tapé [sic] au plus tôt et [qu’] il a des plans », il énumère le scénario de l’horreur : « Vérification du nombre de personnes, attente discrète […]. Ensuite je décolle et on entre dans l’église […]. Prendre le chef (Prêtre). Faire une vidéo avec un discours préalablement édité. Le décapiter et envoyer la vidéo. Sur Telegram en masse. » Rétrospectivement, une phrase prononcée un mois avant l’attentat par René Bailly face à la commission d’enquête résonne avec une cruelle ironie : « Il me semble intéressant de retenir que les terroristes écrivent toujours à l’avance ce qu’ils vont faire »

Photo retrouvée dans l'ordinateur d'Abdel-Malik Petitjean © DR

Son service va se retrouver en première ligne, dans l'affaire de Saint-Étienne-du-Rouvray, pour collecter ce que les terroristes écrivent à l'avance et n'en fera rien. « C’est vrai. La note est restée bloquée le temps d’un week-end parce que certains étaient en vacances. Mais il y avait ensuite plusieurs échelons de validation avant de pouvoir la communiquer aux autres services. La lourdeur administrative est telle que l’information ne serait jamais arrivée à temps pour sauver le prêtre », insiste à plusieurs reprises un agent de la DRPP. Il a sans doute raison. Notre interlocuteur ne se dit pas choqué par « la dissimulation malheureuse » avant de compléter : « Ce qui nous pose problème, c’est la lenteur de la transmission de nos informations. »

Contacté, le coordinateur ayant traqué l’ETA nous a répondu qu’il ne souhaitait pas « s’exprimer sur ce sujet en particulier » et n'avait de toute façon pas « vocation à s’exprimer en général, étant assujetti au secret défense ». Le commissaire syndicaliste qui dirige la section T1 nous a déclaré qu'il n'avait « pas de commentaire à faire sur cette affaire car [je ne suis] pas au courant ». En revanche, il savait déjà que Mediapart avait contacté « plusieurs membres de son service depuis hier soir » et il nous a reproché « de mettre en difficulté les gens de ce service » en révélant la manipulation dont il dit tout ignorer. Contactée, la préfecture de police nous répond qu’elle ne tient à faire « aucun commentaire sur des assertions de sources mal intentionnées ».

Des messages ont été laissés jeudi midi à René Bailly et au commissaire adjoint de la section T1, ils n'ont pas rappelé. Plusieurs sources nous ont décrit ce dernier commissaire comme un homme « rongé par la culpabilité » depuis l'attentat de Saint-Étienne-du-Rouvray. Au-delà des responsabilités des uns et des autres dans cette affaire, il convient de s'interroger sur le fonctionnement de nos institutions.

On allait écrire que ce raté de la DRPP constitue le pire scandale depuis le début de la vague d’attentats. Et puis on s’est souvenu. À travers le seul prisme des précédentes enquêtes publiées dans Mediapart (et donc de manière non exhaustive), on sait que les notes les plus importantes et les plus récentes concernant la surveillance par la DGSI des frères Kouachi avant le massacre de Charlie Hebdo n’ont pas été rendues publiques, que le RAID de Jean-Michel Fauvergue (qui n’était pas encore un député En Marche!) a cherché à soustraire à la justice les preuves des ratés de son assaut contre les derniers membres du commando du 13-Novembre, que Christian Estrosi a monté de toutes pièces une polémique vis-à-vis du ministère de l’intérieur pour mieux masquer une réalité :  les caméras de la ville de Nice avaient enregistré les onze repérages du terroriste du 14 Juillet sur la promenade des Anglais sans que personne au sein de sa police municipale s’en émeuve.

Si on fait le bilan : les plus sanglants, les plus retentissants attentats survenus dans l’Hexagone depuis trois ans ont tous suscité une tentative de la part de différents corps de l’État ou d’une collectivité territoriale de se soustraire à leur propre responsabilité. Tous ont essayé de réécrire l’histoire, allant pour cela, dans certains cas, jusqu’aux frontières de l’illégalité.

L'affaire de Saint-Étienne-du-Rouvray franchit toutefois un cap du fait de la falsification, confirmée par plusieurs témoins, qui s’est ensuivie. Dans cet art de la fugue, la DRPP témoigne de savoir-faire comme de constance.

La résistance de la DRPP face aux injonctions des juges

Dans une requête adressée au ministre de l’intérieur, les juges d’instruction, chargés de l’enquête sur les attentats de janvier 2015, avaient demandé la levée du secret défense « et la communication de l’ensemble des documents, rapports et notes établis par la DGSI et autres services de renseignement placés sous votre autorité, sur les surveillances (dates, nature, contenu) dont ont fait l’objet Saïd Kouachi, Chérif Kouachi et Amedy Coulibaly » avant que ceux-ci ne perpètrent leurs crimes. La DGSI a obtempéré et 41 de ses notes ont été déclassifiées. Une demande similaire a été effectuée dans le cadre de l’enquête sur les attentats du 13-Novembre, cette fois ce sont 84 notes de la DGSI qui ont été versées au dossier d’instruction. Les Renseignements territoriaux, non assujettis au secret défense, ont communiqué d’eux-mêmes 41 documents. L’Intérieur n’a pas été le seul ministère à collaborer. Au sein de la Défense, la DGSE, le plus secret des services secrets, a versé 45 de ses notes.

Seule la DRPP n’a pas joué le jeu. Et ce n’est pas faute d’avoir espionné les auteurs des différents attentats. Face à la commission d’enquête, René Bailly a lui-même expliqué que Saïd Kouachi et Salim Benghalem, « qui figure dans le ‘‘top 10’’ des représentants français combattant dans les rangs islamistes dans la zone irako-syrienne », avaient été placés sous surveillance en 2011 par son service. Ladite surveillance du frère Kouachi aurait repris en février 2014 avant d’être définitivement abandonnée en juin 2014 « parce qu’il a été établi que Saïd Kouachi n’était plus en région parisienne mais installé à Reims ». Sept mois avant la tuerie de Charlie Hebdo, la DRPP travaille sur un de ses deux futurs auteurs mais rien n’est versé dans le dossier d’instruction…

Concernant le 13-Novembre, Samy Amimour, chauffeur à la RATP radicalisé et membre d’un club de tir de la police, fait l’objet d’une surveillance de la part de la DRPP, selon les dires de René Bailly devant la commission. Là encore, on ne saura rien du travail effectué par le service de renseignement parisien sur le futur boucher du Bataclan. Pour résumer, la DGSI, la DGSE et les Renseignements territoriaux obtempèrent aux injonctions de la justice, communiquent leur documentation. Pas la DRPP.

Contacté, le ministre de l’intérieur de l’époque, Bernard Cazeneuve, est catégorique : « J’avais donné une instruction très claire : qu’on déclassifie tout ce qu’on avait. Ensuite, bien sûr, on devait s’en tenir aux recommandations de la Commission consultative du secret de la défense nationale [l’autorité administrative indépendante, chargée de donner un avis sur la déclassification de documents sensibles]. » Il déclare ne pas se souvenir pourquoi un service aurait dérogé à sa directive.

Interrogé sur les raisons de savoir pourquoi la DRPP est le seul service de renseignement à ne pas avoir fourni ses notes dans les différents dossiers dédiés aux attentats, le parquet de Paris nous a répondu qu’il ne ferait « pas de commentaire ».

Et pourtant, face à la représentation nationale, René Bailly a répété que « la DRPP est totalement transparente à l’égard de la DGSI sur l’activité qu’elle déploie et l’information qu’elle détient. […] La DGSI a connaissance, quotidiennement et en temps réel, de toutes les informations traitées, rédigées et transmises par la DRPP. […] Je pense au contraire qu’il y a un décloisonnement total en ce qui concerne l’activité de la DRPP à l’égard du reste de la communauté du renseignement ».

Le 17 avril 2017, René Bailly a fait valoir ses droits à la retraite. Il a été remplacé par Françoise Bilancini, première femme à la tête d’un service de renseignement français. Venue de la Direction générale de la sécurité intérieure, elle a été nommée, comme aurait dit son prédécesseur en son temps, pour « rétablir la circulation » entre l’île de la Cité [la DRPP] et « le reste du monde ».

Le 27 novembre 2017, en raison de conflits répétés entre les deux services, la nouvelle directrice de la DRPP a mis fin à la cellule de coordination mutualisée avec les Renseignements territoriaux. À ce propos, la préfecture de police nous répond qu’« il s’agissait de fonctions redondantes à celles occupées par l’officier de liaison de la gendarmerie présent au sein du cabinet du préfet de police, dans le but d’éviter les doublons et les canaux multiples ».

Matthieu Suc


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