A Paris, manifestation, tensions, interpellations

Par et

Au moins 130 personnes ont été arrêtées ce mardi, notamment à l’occasion du cortège lycéen dans la matinée. Face à un dispositif policier impressionnant, la manifestation de l’après-midi s’est déroulée dans un calme relatif.

Cet article est en accès libre. L’information nous protège ! Je m’abonne

Nouvelle journée d’étape dans la mobilisation contre la loi sur le travail ce mardi 5 avril, alors que le texte est arrivé devant la commission des affaires sociales de l’Assemblée et à la veille de la réception par les ministres de plusieurs représentants de la jeunesse. Selon la préfecture de police, entre 3 200 et 3 400 personnes ont défilé à Paris. Un chiffre qui serait en recul par rapport aux précédentes journées de mobilisation lycéenne et étudiante, mais qui paraît sous-estimé au vu du cortège. Le ministère de l’éducation annonce pour sa part 34 lycées bloqués en France, quand l’UNL, la principale organisation lycéenne, en comptait 150, dont une quarantaine en région parisienne. 

Slogan lycéen dans la manifestation à Paris © KS Slogan lycéen dans la manifestation à Paris © KS

La journée a en revanche été marquée par un nombre beaucoup plus important d’arrestations que les fois précédentes : pas moins de 130 personnes ont été interpellées à Paris, en particulier dans la matinée sur le tracé du défilé lycéen qui s’apprêtait à rejoindre la Bastille et la manifestation officielle. À Lyon, 1 400 personnes ont manifesté selon la police, peut-être 2 000 mais pas plus, selon notre envoyée spéciale. Après un départ mouvementé, les policiers très nombreux ont vraiment fait du zèle. Surtout composé de lycéens et d'étudiants, le cortège a convergé de Bellecour à Villeurbanne où, à l'appel de Solidaires, il était prévu de chahuter le patron du Medef Pierre Gattaz. Mais la police a bloqué avant l'entrée, occasionnant quelques coups de matraque.

À 9 heures à Paris, à la sortie des lycées Maurice-Ravel et Hélène-Boucher dans le XXe arrondissement de Paris, l’immense parvis sonne creux. L’atmosphère est en total contraste avec la manifestation de jeudi 31 mars : pas de blocage visible, juste trois étudiants qui, sur un banc, discutent. Parmi eux, Achille, élève en terminale, cheveux mi-longs, barbe naissante et sac à dos, explique ce dépeuplement: « À l’assemblée générale qui s’est tenue hier, on a décidé de ne plus bloquer les établissements pour plusieurs raisons : les secondes passent des épreuves communes et au lycée Maurice-Ravel, les premières débutent leurs épreuves de langue qui comptent pour le bac. » Serrant fort les bretelles de son sac à dos, il avoue à demi-mot que la mobilisation commence peu à peu à s’essouffler – « On s'est rendu compte qu’on n’était pas plus de 150 par lycée, alors qu’ils contiennent environ 1 500 étudiants » – mais pour y remédier, les étudiants ont décidé d’adopter une tout autre stratégie : « Toute la semaine, nous allons travailler pour mobiliser un maximum de personnes samedi et lors des prochains mouvements. Le but est de les sensibiliser et de leur faire comprendre que nous, la jeunesse, sommes plus que concernés par cette loi. »

La tendance est passée du blocage au recrutement alors que, sur Facebook, des élèves ont créé un groupe antiblocage. Le lycéen à la barbe naissante détaille le programme de cette journée : « On a prévu de partir à 10 h 30 avec les lycées : Ravel, Paul-Valéry, Dorian, Arago, direction place de la Nation. »

Peu après 10 heures, ils sont désormais une centaine devant le lycée Hélène-Boucher. Achille est ravi, mais ce sera de courte durée : dix minutes plus tard, ils regagnent leurs classes. Ces élèves sont sortis durant l'interclasse pour se griller quelques cigarettes.

Ça y est, il est 10 h 30, l’heure prévue initialement pour le départ du cortège. Seulement 17 étudiants sont devant le lycée Hélène-Boucher, deux d’entre eux jouent de la darbouka pour se chauffer. Le départ est repoussé une demi-heure plus tard. À 11 heures, ils sont une petite cinquantaine à se rendre sur la place de la Nation.

Sur place, près d’un millier de manifestants partent du boulevard Diderot. L’objectif est d’arriver à la Bastille aux environs de 13 heures.

En tête de cortège, la tension s’est installée entre les manifestants et certains journalistes qui ont vu leurs caméras arrachées par des étudiants. Mais quelques minutes plus tard, tout rentrait dans l’ordre.

Le dispositif sécuritaire est très impressionnant, des dizaines de policiers – CRS et membres de la BAC, matraque télescopique déjà sortie – escortent le millier d’étudiants. Les camions de police restent à l’arrière pour pousser les manifestants à avancer, tandis qu’en tête de cortège c’est une trentaine de policiers qui dicte le rythme de la marche en formant un cordon.

Peu avant midi, les manifestants sont bloqués au niveau du métro Reuilly-Diderot, ils entonnent « et tout le monde déteste la police » à de multiples reprises. En guise de réponse, les policiers chargent tous ceux qui se trouvent sous leur nez et usent volontiers du gaz lacrymogène.

Des policiers de la BAC, matraque télescopique sortie, poussent violemment une partie du cortège lycéen © CG Des policiers de la BAC, matraque télescopique sortie, poussent violemment une partie du cortège lycéen © CG

Pas de mobilisation sans confiance
Pas de confiance sans vérité
Soutenez-nous