La grève continue d’agiter le monde de l’éducation

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En Île-de-France, des universités ont dû reporter ce lundi 6 janvier leurs partiels en raison des difficultés d’accès aux sites à la suite de la grève des transports. Des étudiants sans moyen de déplacement ont protesté contre le maintien des examens dans ces conditions. Dans le reste de l’Éducation nationale, les enseignants se questionnent sur la suite à donner au mouvement.

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La proposition donne le sentiment qu’une menace de catastrophe naturelle plane sur l’université Paris X Nanterre. Sauf qu’il n’y a aucun sinistré dans l’histoire, mais simplement des étudiants en attente de passer leurs partiels. La grève dans les transports en commun complique les déplacements des uns et des autres. Pour pallier ce désagrément, le président de l’université Jean-François Balaudé a en effet décidé d’ouvrir deux salles du gymnase de l’établissement pour permettre à une cinquantaine d’étudiants parmi les plus éloignés de la faculté de pouvoir dormir sur place et leur permettre ainsi de composer en toute sérénité.

Des étudiants devant la Sorbonne pour l’annulation des partiels. © Twitter / @Unef Des étudiants devant la Sorbonne pour l’annulation des partiels. © Twitter / @Unef
Ignorant les demandes des organisations étudiantes qui craignaient énormément d’empêchements, le président a décidé de maintenir coûte que coûte les examens cette première semaine de rentrée.

Dans un tweet publié la veille de la rentrée, dimanche, le président de l’université a expliqué que les partiels de décembre avaient déjà été déplacés et que l’université ne pouvait « faire davantage, sauf à rallonger l’année universitaire, ce dont personne ne veut ».

La perspective de passer la nuit en pyjama à l’université a provoqué la réprobation de certains étudiants. D’autres ont préféré s’en moquer comme en témoignent les murs de l’université avec ces graffitis inspirés de cette proposition : « Pyjama party au bâtiment B » ou encore un simple « Balaudé en pyjama ».

Imane Ouelhadj, étudiante en sciences du langage et présidente de l’Unef de Nanterre n’a pas envie de rire de la situation. Elle n’en revient pas de la proposition de la présidence. « Il y a quelque temps, on avait interpellé sur Twitter de manière ironique Jean-François Balaudé, lui demandant si on allait devoir camper sur les pelouses de l’université. On ne pensait pas qu’il le prendrait au pied de la lettre. », explique l’étudiante.

Plus largement, l’Unef, deuxième organisation étudiante, s’est élevée sur Twitter contre ce choix : « Le maintient (sic) des partiels en l’état est inacceptable & créer des inégalités entre les étudiant•e•s qui ne peuvent pas se déplacer. Les établissements d’IDF doivent le reconnaître & aménager réellement les examens. 30 min de décalage ou dormir ds 1 gymnase, c’est scandaleux ! »

La présidente de la Fage, Orlane François, première organisation, s’est aussi élevée contre cette situation et a proposé que les partiels soient « reportés ou dématérialisés ». Elle ajoute que « les conditions (mentales, physiques) de passage des partiels doivent êtres bonnes. L’ouverture de gymnase pour passer la nuit sur les campus n’est pas une solution acceptable ».

Pour protester, tôt ce lundi matin, des étudiants ont bloqué l’entrée des différents sites de l’université Paris IV à l’aide de poubelles, en solidarité avec les étudiants incapables de se déplacer en raison de la grève des transports. D’autres étudiants ont fait de même sur le site historique de la Sorbonne.

D’autres étudiants comme ceux de la Sorbonne Université (Paris IV et Paris VI) ont initié des pétitions comme ici. Leurs revendications sont les suivantes : « Nous exigeons un mode d’évaluation égalitaire et qui ne pénalisera aucun étudiant. Ainsi, nous vous demandons l’annulation des partiels en présentiel, ainsi que la prise en compte des notes du contrôle continu et la mise en place de devoirs maison facultatifs pour permettre aux étudiant·e·s qui le souhaitent d'obtenir des notes supplémentaires. »

À Nanterre, 3 320 personnes ont signé un texte demandant « la mise en place de devoirs maison », car cela « apparaît aujourd'hui comme la meilleure solution alternative pour prévenir toute rupture d’égalité et dans le but de favoriser la réussite de chacun·e quel que soit son milieu social, ses moyens et son lieu d'habitation ».

La présidence de Nanterre, rapporte Imane Ouelhadj, a aussi assuré que les étudiants absents écoperont d’un zéro qui ne sera pas compté comme tel, mais comme une absence justifiée. Un compromis inacceptable pour Imane. Notamment parce qu’une telle note sera difficile à compenser au rattrapage et qu’elle sera inscrite dans le dossier de chacun. « Cela sera compliqué de le justifier et de se porter candidat dans certaines filières ou de passer la sélection en master », justifie-t-elle.

Les organisations étudiantes, l’Unef et Solidaires, avaient proposé à la présidence d’organiser des examens à distance. « Mais l’université nous a dit non pour éviter une rupture d’égalité entre étudiants. Elle est déjà présente la rupture d’égalité quand seule la moitié d’un amphi arrive à être là », fulmine-t-elle.

« À la présidence, ils nous disent aussi qu’ils ne peuvent pas faire du cas par cas. Le gymnase est la seule solution possible selon eux. Aucune infrastructure n’est prévue, il faut ramener son sac de couchage pour dormir dans des conditions sommaires. Décaler les partiels d’une semaine comme les autres universités, c’est vraiment plus simple. » 

Pour défendre cette proposition, trois cents étudiants réunis en assemblée générale ont voté le blocage de l’université pour mardi matin.

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