Retraites: les discussions au point mort, le gouvernement pense s’en sortir rapidement

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Après un mois de mobilisation, le gouvernement a repris mardi les discussions avec les responsables syndicaux. Chacun campe sur ses positions, mais l’exécutif affiche sa confiance. Le compromis n’a jamais été « aussi proche », prédisent même certains ministres. Une nouvelle réunion consacrée à la seule question du financement est prévue vendredi matin.

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En apparence, rien n’a bougé. Comme l’avait annoncé Matignon pendant les fêtes, les discussions entre Édouard Philippe, les ministres concernés de près par la réforme des retraites, et les partenaires sociaux ont repris mardi 7 janvier au point où elles avaient été laissées le 19 décembre. Avec les mêmes revendications syndicales et avec la même confiance gouvernementale. « Les propositions du gouvernement ne sont pas de nature à arrêter la grève », a affirmé la secrétaire confédérale de la CGT Catherine Perret, à la sortie de la réunion.

Après un mois de mobilisation sociale contre ce projet d’Emmanuel Macron, chacun campe sur ses positions : la CGT et Force ouvrière (FO) réclament toujours le retrait pur et simple du texte ; la CFDT et l’Unsa s’opposent toujours à l’âge pivot ; et le premier ministre estime toujours que cette mesure paramétrique constitue la meilleure garantie d’un système à l’équilibre. Deux nouvelles journées de manifestations sont prévues les 9 et 11 janvier.

Malgré cette situation de blocage, plusieurs membres du gouvernement sont persuadés que le « compromis rapide » demandé par le chef de l’État lors de ses vœux aux Français n’a jamais été « aussi proche ». C’est du moins ce qu’a assuré, lundi matin, sur France Inter, le ministre de l’économie et des finances Bruno Le Maire. Lors d’une réunion à huis clos du bureau exécutif de La République en marche (LREM), organisée le soir, Édouard Philippe a lui aussi fait part de son « optimisme » aux cadres du parti.

Le gouvernement arrive au premier conseil des ministres de l’année, le 6 janvier. © Reuters Le gouvernement arrive au premier conseil des ministres de l’année, le 6 janvier. © Reuters

« J’ai l’impression que le président de la République et le premier ministre savent où ils veulent atterrir, confiait à Mediapart un membre du gouvernement à l’issue du conseil des ministres de rentrée, qui s’est tenu le 6 janvier. On n’est pas du tout dans le moment de sidération que nous avons connu en décembre 2018 avec les gilets jaunes. » « Nous avons fait beaucoup de propositions et nous attendons désormais des retours », avait encore indiqué le chef du gouvernement lundi soir, avant de rappeler le lendemain, sur RTL, qu’un compromis nécessite que « chacun bouge un peu ».

Cette décontraction affichée est d’autant plus étonnante qu’on voit mal comment l’exécutif va pouvoir satisfaire les revendications de toutes les personnes en grève depuis des semaines. D’ailleurs, ce n’est pas tant la question, reconnaît un ministre, confirmant que rien n’est prévu, dans les jours ni les semaines à venir, pour contenter ceux qu’il appelle « les jusqu’au-boutistes ». « Dans les gens qui font grève, vous avez des gens qui sont par nature radicalement opposés à un régime universel, radicalement opposés à la suppression des régimes spéciaux », a souligné Édouard Philippe, notant au passage que « la mobilisation dans la grève [avait] diminué progressivement ».

Le seul « compromis » envisagé se fera donc avec les syndicats qui soutiennent le principe d’un régime universel par points. Et il devrait logiquement tourner autour de ce fameux âge pivot – que le pouvoir préfère qualifier d’« âge d’équilibre ». Le texte, qui sera soumis au conseil des ministres le 24 janvier, pour une première lecture à l’Assemblée nationale « avant les municipales » et une lecture définitive achevée « d’ici l’été », selon la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye, a déjà été envoyé au Conseil d’État avec la mention du fameux âge pivot. « Mais il peut y avoir une lettre rectificative », précise un ministre, en référence à la « ligne rouge » posée de longue date par la CFDT.

Son secrétaire général Laurent Berger a d’ailleurs rappelé dimanche soir, sur France 2, son opposition à cette mesure qu’il juge « injuste » et « inutile ». « Il faut retirer cet âge pivot du projet », a-t-il insisté, comme un préalable aux discussions. Interrogé sur la proposition du président de l’Assemblée Richard Ferrand, que l’on sait proche d’Emmanuel Macron, de limiter dans le temps le malus en cas de départ à la retraite avant 64 ans, Laurent Berger s’est contenté de répondre que « tout se discute mais pas dans ce projet de loi ». « Si le gouvernement met l’âge pivot dans ce projet, ça veut dire qu’il mélange des choux et des carottes », a-t-il ajouté.

Mais cette option agace le Medef, dont le patron assure qu’« il faut absolument une mesure d’âge » dans la copie qui sera bientôt examinée par le Parlement. Mardi matin, Geoffroy Roux de Bézieux a d’ailleurs quitté la réunion, en expliquant vouloir « que le gouvernement donne le coût total » de la réforme. « La solution d’équilibre devra être dans le projet de loi », a-t-il répété, se disant opposé à un système en deux temps, comme le souhaite la CFDT, mais aussi l’Unsa. Le secrétaire général de cette dernière, Laurent Escure, a indiqué rester « mobilisé par toutes les formes d’action pour dénoncer ces mesures d’équilibre ». Et ce, « tant que les clarifications n’auront pas lieu ».

Depuis dimanche, Laurent Berger plaide en faveur d’« une conférence de financement » du système de retraite, distincte du texte et courant jusqu’à fin juillet. Une « bonne idée » pour le premier ministre, qui a indiqué sur RTL qu’il allait faire aux partenaires sociaux un certain nombre de propositions, qui « permettront peut-être de donner un contenu, un calendrier et un mandat à cette conférence ». Une nouvelle réunion consacrée à ce seul sujet est prévue vendredi matin, au lendemain d’une nouvelle journée de mobilisation.

Le secrétaire général de la CFDT a pris acte de ce qu’il estime être un « signe d’ouverture ». « On note la volonté d’ouverture sur la question du financement du système des retraites, a-t-il dit à la sortie de la réunion. Cependant, cette ouverture, il faut qu’elle aille plus loin en rejetant maintenant du projet de loi la question de l’âge pivot. » Laurent Berger a également affirmé que la CFDT allait « continuer son action », à savoir une pétition lancée lundi « qui est partie très, très fort » selon lui – il y avait seulement 7 000 signatures à 13 h 30 –, ainsi que des « actions de sensibilisation » auprès des parlementaires et des citoyens. Le syndicat appelle également à la mobilisation « dans les territoires » samedi 11 janvier, « sur [ses] revendications ».

Cette fois-ci, les partenaires sociaux ne se sont pas retrouvés rue de Varenne – Édouard Philippe n’y a d’ailleurs assisté que pendant une heure, de 9 h 30 à 10 h 30, entre le petit-déjeuner de la majorité et un rendez-vous avec les ministres Jacqueline Gourault et Julien Denormandie –, mais au ministère du travail. Lequel ministère du travail n’a fourni un déroulé de la journée qu’en toute fin d’après-midi, lundi. C’est dire l’importance qu’accorde le gouvernement à ce type d’échanges.

Pas de mobilisation sans confiance
Pas de confiance sans vérité
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Cet article a été complété mardi, en milieu de journée, après la réunion multilatérale.