Notre dossier: gilets jaunes, Six mois de révolte des oubliés Note de veille

Violences policières contre les «gilets jaunes»: la France critiquée par l’ONU

Alors que Christophe Castaner a sèchement répondu au député Loïc Prud’homme (LFI), victime des coups des forces de l’ordre samedi à Bordeaux, l’ONU, après le Parlement européen, reproche à la France l’« usage excessif de la force » lors des manifestations des « gilets jaunes ».

Carine Fouteau

6 mars 2019 à 14h11

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Les condamnations internationales se multiplient, mais les autorités françaises restent, pour l’instant, sourdes aux critiques. Après une résolution votée le 14 février par le Parlement européen, dénonçant l’usage « disproportionné » de la force par la police dans les manifestations, c’est au tour de la haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU de s’alarmer de l’« usage excessif de la force » contre les « gilets jaunes ».

Ce mercredi 6 mars, Michelle Bachelet, qui s’exprimait devant le Conseil des droits de l’homme à Genève, a en effet instamment demandé à Paris une « enquête approfondie » sur les violences policières. Celles-ci ont été recensées depuis le début de la mobilisation par le documentariste David Dufresne (accéder ici à notre infographie Allô place Beauvau) : le dernier bilan fait état de 500 blessures, pour certaines irréversibles.

Lors de la manifestation des «gilets jaunes» à Nantes, le 16 février 2019. © Reuters

Les gilets jaunes manifestent contre « ce qu’ils considèrent comme [leur] exclusion des droits économiques et de la participation aux affaires publiques », a rappelé Michelle Bachelet, ajoutant que « les inégalités touchent tous les pays », y compris « des États prospères ». Encourageant le gouvernement français « à poursuivre le dialogue », l’ancienne présidente du Chili a, dans une comparaison peu flatteuse, mis en cause les répressions violentes des manifestations qui se sont produites récemment au Soudan, au Zimbabwe et en Haïti.

Réagissant en début d’après-midi, Benjamin Griveaux, le porte-parole du gouvernement, n’a manifestement pas apprécié de voir la France « cité[e] dans une liste entre le Venezuela et Haïti, où il y a eu des morts ». « On a toujours été extrêmement clairs : à chaque fois que cela est nécessaire, des enquêtes ont été lancées », a-t-il ajouté, lors du compte rendu du conseil des ministres, recensant 162 enquêtes ouvertes à la date du 1er mars.

Cette intervention de Michelle Bachelet a lieu alors que le débat s’est violemment invité la veille dans l’hémicycle. À l’occasion des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, Loïc Prud’homme, élu de La France insoumise de Gironde, a dénoncé la « dérive autoritaire » de l’exécutif, après avoir évoqué son « matraquage » samedi à Bordeaux alors qu’il quittait « tranquillement » la manifestation. À la tribune, le ministre de l’intérieur Christophe Castaner a pris le parti de lui faire la leçon, en affirmant que « ce n’est pas la place d’un député que d’être dans un lieu interdit pour une manifestation, ce n’est pas l’attitude d’un député que de se retourner, de provoquer, de baisser le bouclier de protection des forces de l’ordre ».

© lcp

Lors d’une conférence de presse avec Angela Merkel, fin février, le chef de l’État est lui-même monté au créneau pour défendre l’usage du flashball, déclarant que « la meilleure manière d’éviter l’utilisation du LBD est d’éviter d’avoir des gens qui considèrent que le samedi après-midi est fait pour casser des vitrines, des institutions ou attaquer les forces de l’ordre ». « Je le dis très simplement, a ajouté Emmanuel Macron, je ne laisserai pas les forces de l’ordre sans aucun moyen ni d’assurer l'ordre public, ni de se défendre face à des gens qui arrivent aujourd’hui armés et avec les pires intentions. »

L’ONU s’était déjà exprimée sur le sujet en février, en citant un groupe d’experts des droits de l’homme des Nations unies qui s’inquiétait du « nombre élevé d’interpellations et de gardes à vue, des fouilles et confiscations de matériel de manifestants, ainsi que des blessures graves causées par un usage disproportionné d’armes dites “non létales” telles que les grenades et les lanceurs de balles de défense ou “flashballs” ». Ces experts invitaient l’État français « à repenser [ses] politiques en matière de maintien de l’ordre pour garantir l’exercice des libertés ». Ils alertaient également sur le risque de « sévères restrictions à la liberté de manifester » que pourrait causer la loi anticasseurs, dont le Sénat a annoncé ce mercredi qu’elle serait votée en l’état, après son adoption il y a quelques semaines à l’Assemblée.

Le Conseil de l’Europe, de son côté, était allé plus loin, en demandant à la France de « suspendre l’usage » du LBD dans le cadre des opérations de maintiens de l’ordre (lire l’article de Karl Laske), exigence préalablement formulée par le Défenseur des droits Jacques Toubon.

Carine Fouteau


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