Financement du FN: le micro-parti de Marine Le Pen mis en examen

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L'association Jeanne, pièce maîtresse du financement de l'activité politique de Marine Le Pen, est mise en examen en tant que personne morale pour « escroqueries ».

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Le micro-parti Jeanne, l'association de financement politique de Marine Le Pen, a été mis en examen mardi 5 mai en tant que personne morale, pour « escroqueries » et « acceptation par un parti politique d'un financement par une personne morale », a dévoilé Le Monde. Ces poursuites concernent les multiples irrégularités du dispositif de financement des législatives de 2012, en particulier la vente de kits de campagne par le groupe Riwal animé par des proches de Marine Le Pen et les prêts octroyés par Jeanne aux candidats frontistes.

Le secrétaire général de Jeanne, l'eurodéputé Jean-François Jalkh, par ailleurs vice-président du FN en charge des élections, représentait l'association lors de cette mise en examen au pôle financier du palais de justice de Paris. M. Jalkh risque lui-même d'être poursuivi à titre personnel pour les rémunérations qu'il a perçues du cabinet du commissaire aux comptes de Jeanne, Nicolas Crochet. Les salaires versés par ce cabinet, Amboise Audit, sont l'une des irrégularités apparues lors de l'enquête, comme l'a raconté Mediapart.

« Je persiste à vous dire que nous n'avons rien à nous reprocher », a réagi Marine Le Pen mercredi devant plusieurs journalistes français, lors d’un déplacement à Prague. « C'est une mesure administrative absolument classique depuis que la loi a permis la mise en examen des personnes morales », « ce sont les choses qui sont dans la ligne, attendues », a-t-elle ajouté.

Depuis avril 2014, et à la suite d'un signalement de la commission des comptes de campagne, les juges Renaud Van Ruymbeke et Aude Buresi épluchent le financement des campagnes du Front national, et notamment celui de la présidentielle et les législatives de 2012. Ils soupçonnent un financement illégal et s'intéressent aux rôles joués par Jeanne et Riwal, la société de communication de Frédéric Chatillon, un proche de Marine Le Pen.

Fondée en 2010 pour assurer une autonomie financière à Marine Le Pen, Jeanne est présidée par Florence Lagarde, une amie de fac de la présidente du FN. L'association est devenue la pièce maîtresse du dispositif électoral du Front national, offrant des « kits électoraux » fabriqués par Riwal et des crédits aux candidats FN, avec le feu vert de l’état-major frontiste. Les enquêteurs se penchent sur ce système de prêts octroyés à un taux élevé et le prix de vente de ces kits de campagne, que Mediapart avait détaillé dès octobre 2013. La surfacturation de ces prestations par les animateurs de Riwal, au préjudice final de l'État, qui rembourse les frais de campagne, a déjà donné lieu à leur mise en examen pour « escroquerie ».

Les investigations se poursuivent sur des fonds qui ont transité par Hong Kong et Singapour. Comme l'avait rapporté Le Monde, l'enquête a été élargie le 9 mars aux faits de financement illégal d’un parti politique, acceptation par un parti politique d’un financement provenant d’une personne morale et financement illégal de campagne électorale.

Depuis janvier, les juges ont procédé à cinq mises en examen dans ce dossier. Proche de Marine Le Pen, et ancien président du GUD (Groupe Union Défense), une organisation étudiante d'extrême droite radicale, Frédéric Chatillon a été mis en examen à deux reprises, pour financement illégal de parti politique, escroqueries lors des législatives et de la présidentielle de 2012, faux et usage de faux, abus de biens sociaux et blanchiment. Sa société Riwal a également été mise en examen en tant que personne morale.

Les deux trésoriers successifs de Jeanne, Axel Loustau et Olivier Duguet, ont aussi été mis en examen dans le cadre de cette enquête. L'expert-comptable Nicolas Crochet, commissaire aux comptes de Jeanne et conseiller économique de Marine Le Pen pendant la campagne présidentielle, a quant à lui été mis en examen le 10 avril pour complicité d'escroquerie lors des législatives de 2012, financement illégal de parti politique et blanchiment d'abus de biens sociaux. 

Le Monde avait révélé, mi-avril, quelques échanges téléphoniques, interceptés par les enquêteurs au printemps 2014, entre les dirigeants de Jeanne et Riwal. Lors de ses écoutes, Axel Loustau, le trésorier de Jeanne, signalait à Frédéric Chatillon, l'agacement de Marine Le Pen face à cette enquête. « J’viens d’avoir Marine, elle est un peu agacée », déclarait Loustau. « Elle est au courant de tout depuis le début… », rétorquait Chatillon. « Nous faut qu’on ferme notre gueule, concluait Loustau. J’vais te dire, avant qu’on soit mis en examen hein, moi, chez Jeanne, j’ai les couilles propres. »

Le moral du trésorier de Jeanne et de la fine équipe des communicants de Marine Le Pen était reparti à la baisse, à l'automne 2014, après la vague de perquisitions effectuées par les enquêteurs au siège de leurs entreprises.

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Mise à jour: cet article a été actualisé mercredi 6 mai à 14h55 avec la réaction de Marine Le Pen, en déplacement à Prague.