« Mécanhumanimal », pour relire Bilal

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Enki Bilal est au Musée des arts et métiers à Paris. Pour une exposition monstre, qui emprunte aux histoires intimement liées de l’artiste et du lieu. À l’heure où l’on parle de plus en plus d’homme « augmenté », Bilal offre avec Mécanhumanimal une exposition hybride, et une relecture de son œuvre (vidéos dans l'article).

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« Mécanhumanimal », un néologisme comme une évidence, est un mot qu’Enki Bilal verrait bien un jour entrer dans un dictionnaire. Un terme mystérieux, une haplologie qui ne doit pas rebuter le visiteur pour autant. Pour Enki Bilal, le terme s’est imposé à lui car il embrasse les thèmes et les préoccupations qui lui sont chers : l’animalité, l’humanité, la science et ses dérives, une certaine idée du futur, le totalitarisme, l’hybridation, comment l’on apprend du passé pour mieux se projeter dans l’avenir. 

Enki Bilal - Mécanhumanimal © Mediapart
 

Quand on lui a proposé de monter l’exposition au Musée des arts et métiers à Paris, Bilal a été immédiatement séduit par la magie de l’endroit, un lieu qui respire la créativité et témoigne de l’inventivité des hommes, du progrès. Avec Les Fantômes du Louvre, exposition qui s’est achevée en mars dernier, Enki Bilal avait déjà pris possession d’un lieu et capté certaines œuvres pour leur donner une seconde vie, pour raconter une nouvelle histoire. En présentant Mécanhumanimal, il quitte le terrain de l’art pur pour celui de la science et des techniques.

Si l'hybridation, les machines et les techniques sont des composantes majeures de l'œuvre de l'artiste, quand il filme, dessine ou peint, l’exposition est elle-même une chose hybride : elle construit une réalité nouvelle en faisant se rencontrer deux mondes. L'exposition procède d'une poétique de l'inventeur. L'absurde le dispute au réel, le surréalisme côtoie le terre-à-terre, l'ironie et l'humour de l'artiste sont omniprésents. 

Mécanique, humain, animal… Bilal de citer immédiatement l’Éole de Clément Ader, qui s’inspire de la morphologie de la chauve-souris. Au long de cinq salles, le visiteur est invité à un voyage sensoriel, sensuel, où se mêlent sons, odeurs, perceptions visuelles et tactiles. En rassemblant ses œuvres, des plus anciennes aux plus récentes, en les mélangeant au cœur de thématiques communes (« Rêves de machines », « Conflits »), Enki Bilal retrace le parcours d’une vie vouée à la création. 

 

Si les sens sont mis à contribution (il est proposé au visiteur d’entendre les bruits et de sentir les odeurs de la guerre), le langage occupe une place primordiale. Avec des citations au frontispice de chaque salle (Paul Virilio, Picasso…), sous l'égide de Pérec, Enki Bilal joue avec les mots et les objets. Dès l’entrée, avec ce doigt (à l’échelle 1) de la fameuse statue de Bartholdi, renommé « indexeur de liberté », qui indique le sens de la visite ; avec « L’Orthographomètre de Pivot » (un téléimprimeur Creed) ou la « Sangsue dessous de mise en ordre » (une maquette de faisabilité d’un robot-nettoyeur)…

 

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La vocation du Conservatoire des arts et métiers fondé par l’abbé Henri Grégoire en 1794 est de fédérer les savoirs techniques pour “perfectionner l’industrie nationale” et de réunir les collections qui serviront de modèle, de référence et d’incitation aux inventeurs, chercheurs et curieux de toute condition sociale. Installé à Paris dans les murs de l’ancien prieuré de Saint-Martin des Champs, ce dépôt des inventions neuves et utiles devient un Musée en 1802. Lors de la journée réservée à la presse (voir l'onglet Prolonger), Enki Bilal nous a accordé un entretien dans le cadre même de l'exposition.