L'hébergement d'urgence victime de l'austérité

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Faute de budget, la ministre du logement, Cécile Duflot, n'a pas pu maintenir les places nécessaires en centres d'hébergement d'urgence. Elle a promis un plan quinquennal aux associations mais ces dernières craignent déjà « de se retrouver, comme avant, avec un ministère qui n’a pas de poids ».

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Cécile Duflot l’avait promis en arrivant à la tête du ministère de l’égalité des territoires et du logement. En prolongeant le dispositif hivernal, qui permet chaque année de mobiliser jusqu'à 19 000 places supplémentaires d'hébergement d'urgence pour les SDF, la ministre souhaitait « faire en sorte que d'ici au 31 mai (...) on ne mette plus personne à la rue ». C’est raté.

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Le 27 juin, la direction générale de la cohésion sociale (DGCS) a adressé un courrier aux préfets pour leur demander de bien vouloir organiser la fermeture des centres d’accueil hivernal, à compter du 1er juillet. Seuls trois centres restent ouverts en région parisienne, soit quelques centaines de places. On est loin, très loin, des 10 000 à 12 000 places que la Fédération nationale des associations d'accueil et de réinsertion sociale (Fnars) recommandait de pérenniser après avoir enquêté, à la demande de Cécile Duflot, auprès des 115 de France.

« Notre étude a été rangée dans un tiroir pour l’instant, regrette le directeur général de la Fnars, Matthieu Angotti. Nous sommes déçus, mais cette déception n’est pas liée directement à la ministre qui s’est battue pour obtenir les arbitrages. » Les associations, qui ont appris la fermeture des centres d’hébergement par voie de presse, étaient jusqu’alors remontées contre ce qu’elles ont perçu comme un manque criant de transparence.

En recevant, le jeudi 5 juillet, le collectif des associations unies, qui rassemble 33 associations qui luttent contre le mal-logement, Cécile Duflot s’est excusée pour ce couac de communication. « Elle nous a bien dit qu’il s’agissait d’une erreur et qu’elle avait été prise de court, explique Christophe Louis du collectif Les Morts de la rue. Dont acte. Maintenant, j’attends de voir la suite des événements. »

Pour le reste, la ministre « a été très transparente », affirme de son côté le directeur général de la Fnars : « Elle n’a pas obtenu les financements nécessaires au maintien des places (environ 10 millions d’euros avaient été demandés – ndlr). On était visiblement dans une séquence où aucun ministère n’a obtenu ce qu’il souhaitait. » « Les temps vont être durs pour des raisons budgétaires et sociales, confirme-t-on au cabinet de Cécile Duflot. On va clairement vers une situation d'exclusion. Nous souhaitons travailler avec tous ces paramètres pour desserrer l'étau. »

Austérité oblige, la lutte contre l’exclusion et la grande pauvreté est donc renvoyée à plus tard. Souhaitant revenir à la rentrée avec un argumentaire béton, la ministre du logement a confié une mission à la délégation interministérielle pour l’hébergement et l’accès au logement des personnes sans-abri ou mal-logées (DIHAL) et promis aux associations un plan quinquennal pour répondre aux besoins tout au long de l'année.

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