Après une perquisition visant Bompard, Mélenchon dénonce un acte politique

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Le domicile de Manuel Bompard, no 2 de la liste La France insoumise aux européennes, a été perquisitionné jeudi dans le cadre de deux informations judiciaires. Jean-Luc Mélenchon accuse le pouvoir d’être à l’origine de cette « criminalisation de l’action politique ».

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L’annonce est venue par un tweet. Manuel Bompard, no 2 de La France insoumise et de la liste du mouvement pour les élections européennes, a déclaré que son domicile toulousain a été perquisitionné durant cinq heures dans la matinée du 7 février. Celui qui fut le directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon en 2017 a précisé que les policiers ont saisi une quinzaine de fichiers informatiques.

Jean-Luc Mélenchon et Alexis Corbière lors de la conférence de presse après la perquisition au domicile de Manuel Bompard, directeur des campagnes de LFI. © MJ Jean-Luc Mélenchon et Alexis Corbière lors de la conférence de presse après la perquisition au domicile de Manuel Bompard, directeur des campagnes de LFI. © MJ

Cet acte de procédure a été mené dans le cadre de deux informations judiciaires, confiées à des juges d’instruction. Ouverte le 9 novembre 2018, elles portent d'une part sur des soupçons d'emplois fictifs d'attachés parlementaires au Parlement européen – à la suite du signalement fait par l’ancienne élue frontiste Sophie Montel – et d'autre part sur des irrégularités supposées des comptes de campagne de la dernière présidentielle – après un signalement venu de la commission nationale des comptes de campagne.

L'enquête qui visait initialement des délits de « détournements de fonds publics, recel et blanchiment », a été élargie à des faits de « blanchiment de crime ou délit », comme l'avait révélé L’Obs dès le 6 février.

Une quinzaine de perquisitions avaient déjà eu lieu mi-octobre dans le cadre de l’enquête préliminaire, donnant lieu à une réaction extrêmement virulente de Jean-Luc Mélenchon, le leader de LFI, lors de la venue de la police au siège de son mouvement. Lors d’une conférence de presse organisée à la hâte ce jeudi, le député des Bouches-du-Rhône a adopté un ton plus doux mais tout aussi dénonciateur : « Clairement, il s’agit d’une perquisition destinée à impressionner, à faire peur. C’est perturbant et choquant. »

Averti à 13 heures par Manuel Bompard, Jean-Luc Mélenchon a précisé que cette perquisition a été menée par trois fonctionnaires de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF) – « l’organisme chargé de rattraper les 85 milliards de fraude fiscale » – et deux agents de la police judiciaire. Quatorze fichiers ont été récupérés par la police selon Jean-Luc Mélenchon « dont deux documents secrets comme l’affiche de ma campagne et la profession de foi qui nécessitaient d’évidence d’être saisis », a-t-il ironisé.

« Ce qui est certain, c’est que nous pensons que nous sommes géolocalisés. Sinon il était impossible de savoir si M. Bompard était à son domicile ou pas », a accusé Jean-Luc Mélenchon. Le fondateur de La France insoumise a appelé ses militants et sympathisants à rester sereins : « Attention, ne vous affolez pas, ne vous laissez pas impressionner car tout cela est fait uniquement pour nous intimider. Clairement, il s’agit d’une perquisition destinée à impressionner, à faire peur. »

« Nous avons l’impression que nous sommes dans un dérapage général », a-t-il confié à la dizaine de journalistes présents avant de s’éclipser rapidement sans répondre aux questions de la presse. « Criminalisation de l’action politique », « violence judiciaire », « manœuvre »… Les mots ont été peu ou prou repris par le député de Seine-Saint-Denis Alexis Corbière venu appuyer les accusations portées par son leader. « Nous pensons qu’il y a manifestement des consignes qui sont données d’ordre politique. Une forme d’instrumentalisation. »

Le 16 octobre 2018, le domicile de Jean-Luc Mélenchon avait déjà été perquisitionné ainsi que le siège de LFI dans le Xe arrondissement de Paris. Cette opération de police était intervenue dans le cadre de deux enquêtes préliminaires diligentées par le procureur de Paris avec l’aval du juge des libertés et de la détention.

Lors des différentes perquisitions et interrogatoires qui avaient suivi (concernant aussi d’autres militants et anciens collaborateurs au parlement européen), des ordinateurs, fichiers et documents avaient été saisis en nombre. Deux préoccupations motivaient les enquêteurs l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales, qui agissaient dans le cadre d’une enquête préliminaire pour « escroquerie », « abus de confiance », « infraction à la législation des campagnes électorales » et « travail dissimulé aggravé » : d’abord la vérification du travail effectif des anciens assistants du Parti de gauche à Bruxelles et à Strasbourg. Ensuite celle des dépenses durant la campagne présidentielle avec, en ligne de mire, la société Mediascop, prestataire dont la dirigeante n’est autre que Sophia Chikirou, conseillère politique et intime du leader de LFI.

Dans l’Essonne, les policiers étaient tombés sur plus de 12 000 euros en liquide au domicile d’un ami et collaborateur de toujours de Jean-Luc Mélenchon, un certain Pierre Moro. Deuxième surprise : l’intéressé, surnommé “Pelou” par le héraut insoumis, a indiqué que cette somme lui avait été confiée par la trésorière historique de Jean-Luc Mélenchon, Marie-Pierre Oprandi – elle fut la mandataire financière de la campagne de 2017 –, qui lui avait demandé de la conserver discrètement.

Selon l’hebdomadaire L’Obs, cette découverte a été suffisante pour élargir l'information judiciaire ouverte le 9 novembre 2018 à des faits de « blanchiment de crime ou délit ». L'enquête initiale visait les seuls délits de « détournements de fonds publics, recel et blanchiment ». La concomitance de la perquisition et de la publication de l’hebdomadaire a poussé Sophia Chikirou à réagir sur Twitter : « Perquisition chez Manuel Bompard : L’Obs publie un papier basé sur des PV d’auditions et le jour même une perquisition a lieu. Le travail d’équipe entre journalistes et juges, ça fait partie du spectacle ? ça commence à se voir… »

Malgré tout, Alexis Corbière a voulu envoyer un message à ses militants alors que LFI renforce sa campagne en vue des élections européennes : « Nous ne sommes pas déstabilisés, nous ne sommes pas tombés du cheval. »

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