Homophobe et injurieux, Marcel Campion n’amuse plus la galerie

Par

Marcel Campion est prêt à tout pour faire parler de lui : rencontrer Alexandre Benalla, lui promettre un job. Mais aussi tenir des propos insultants envers la classe politique ou des magistrats.

Cet article est en accès libre. L’information nous protège ! Je m’abonne

L’un des talents de Marcel Campion est de savoir capter l’air du temps et de le médiatiser habilement à son profit. Il semble doté d’un sixième sens populiste, comme l’illustre son dernier coup médiatique, sa rencontre avec Alexandre Benalla.

Les deux hommes ont fait connaissance au printemps 2019, dans un casino de Deauville. Ils ont sympathisé et se sont promis de se revoir. En mai, ils déjeunent ensemble dans un restaurant parisien et c’est là que Campion, comme il le raconte lui-même, lance à Benalla : « On va faire un coup ensemble. »

Le 1er juin, Campion se fait filmer en compagnie de l’ancien conseiller du président Emmanuel Macron, devant un manège de la foire du Trône, présentant « Alexandre » comme son nouveau consultant en sécurité.

© legneral2

Diffusée sur Twitter, la vidéo a immédiatement été reprise dans de nombreux médias. Alexandre fera-t-il, comme annoncé, un audit de la sécurité de la foire du Trône ? Peu importe pour Marcel, qui a encore trouvé là une occasion de faire parler de lui.

Quelques mois plus tôt, il a surfé avec le même entrain sur le mouvement des « gilets jaunes ». Lorsque le boxeur Christophe Dettinger, surnommé « le gitan de Massy », a été arrêté, le 7 janvier, après avoir frappé des gendarmes sur une passerelle piétonne traversant la Seine, en marge d’une manifestation parisienne des gilets jaunes, Marcel Campion a aussitôt alerté la presse.

Il s’est dit prêt à prendre en charge la défense de Christophe Dettinger, placé en détention dans l’attente de son procès, en lui envoyant Jérémie Assous, l’un de ses avocats. En fait, lors du procès, le 13 février, à l’issue duquel le gilet jaune gitan a été condamné à deux ans et demi de prison, dont un an ferme, l’avocat de Campion n’était pas présent, ses confrères ayant refusé d’être évincés de façon si cavalière. « Mais Marcel Campion, qui soigne son image de patriarche des gens du voyage, a généreusement pris en charge une partie de nos honoraires », précise Laurence Léger, qui assure avec d’autres la défense de Dettinger.

Marcel Campion, le 12 septembre 2017, lors d'une manifestation contre la loi sur le travail. © Reuters Marcel Campion, le 12 septembre 2017, lors d'une manifestation contre la loi sur le travail. © Reuters

Dans la foulée, le forain a invité les gilets jaunes à passer gratuitement une journée avec leurs familles à la foire du Trône, le 22 mai, où il les a accueillis par ces mots : « Les forains sont très contents d’accueillir nos amis du peuple. »

Ce mélange de générosité et de communication est l’une de ses spécialités. Un exercice qu’il peaufine depuis longtemps, dans son intérêt toujours bien compris. « J’organise toujours un événement pour le lancement d’une fête foraine. Au début, j’ai eu du mal à convaincre les forains. Mais le manque à gagner est largement compensé par la publicité que cela génère », explique-t-il avec franchise. L’astuce ? Obtenir l’autorisation d’ouvrir un jour plus tôt, en promettant de reverser la recette au profit d’une bonne cause.

Cette année, la veille de l’ouverture de la fête des Tuileries, le 21 juin au soir, les visiteurs pouvaient prendre un forfait à 15 euros, qui leur donnait accès aux soixante attractions, grande roue comprise. Le bénéfice de la soirée devrait être versé à « la lutte contre l’homophobie », par l’intermédiaire du magazine Garçon, un hebdomadaire pour homosexuels à petit tirage.

La lutte contre l’homophobie, à la mode Campion, cela prend la forme d’un comité d’accueil, à l’entrée du jardin, par un groupe de travestis peinturlurés et vêtus de robes aux couleurs criardes… Le même jour, le roi des forains s’affichait, toujours sous l’objectif d’un photographe, au mariage de Sassy et Didine, deux foraines lesbiennes, à la mairie du VIIe arrondissement de Paris.

Cette soudaine générosité aurait-elle un lien avec ses récents dérapages homophobes ? « Pas du tout, rétorque-t-il. Dans le passé, j’ai donné pour la lutte contre le sida et j’ai de très bons amis homos, comme Michou, qui tient un cabaret transformiste, une institution à Montmartre. »

Pourtant, ces opérations de communication ressemblent fort à une tentative de rachat, après le scandale provoqué par ses propos tenus lors d’une réunion publique, le 27 janvier 2018, à l’occasion de son entrée en politique. C’est le JDD qui a en a révélé la teneur, en mettant en ligne, le 22 septembre 2018, une vidéo dans laquelle Marcel Campion qualifie les homosexuels de « pervers », visant notamment Bruno Julliard, alors premier adjoint à la maire de Paris.

La réunion filmée a eu lieu à La Chope des puces, à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), en bordure du grand marché du nord de Paris, un restaurant dédié à la guitare manouche dont Campion est propriétaire depuis 2009.

Ce jour-là, il lançait son mouvement politique, destiné à soutenir sa candidature à la mairie de Paris aux municipales de 2020. À la tribune, il commence par critiquer l’installation par la mairie, en 2014, du « Tree », une œuvre de l’artiste Paul McCarthy, place Vendôme… « Là où il y a les riches. Cet arbre de Noël, il représentait un plug anal, le truc qu’ils se mettent dans le fion, les pervers. »

Il poursuit sa diatribe en s’en prenant aux élus écologistes, alliés d’Anne Hidalgo dans la majorité municipale : « J’ai rencontré des Verts, l’année dernière, ça c’est des vers de terre. Vous pouvez les écraser, c’est de la merde, je vous le dis. » Il s’attaque ensuite nommément à Bruno Julliard, le premier adjoint. « C’est lui qui commande toute la ville. Il arrive des syndicats des étudiants. Comme il était un peu de la jaquette, il a rencontré Delanoë, ils ont fait leur folie ensemble et premier adjoint, paf ! […] Toute la ville maintenant est gouvernée par les homos. Moi, j’ai rien contre les homos, d’habitude je dis les pédés, mais on m’a dit hier qu’il ne fallait plus dire ça. J’ai rien contre eux, sauf qu’ils sont un peu pervers. »

La vidéo a fait scandale. Bruno Julliard a aussitôt porté plainte pour injures publiques à caractère homophobe. Selon son avocate Sabrina Goldman, une citation directe a été adressée Marcel Campion le 14 novembre 2018, peu après la démission de Bruno Julliard, en raison de désaccords avec la maire. L’audience devrait avoir lieu fin 2019 au tribunal de grande instance de Bobigny (Seine-Saint-Denis).

Cela n’a pas empêché Marcel Campion de récidiver, en multipliant les déclarations insultantes envers la majorité municipale. Lundi 29 avril, il s’en est encore pris à Anne Hidalgo, lors d’une nouvelle réunion publique dans un café du IVe arrondissement, présentée comme un « pot de départ d’Anne Hidalgo », en présence de nombreux soutiens, dont Frigide Barjot, une figure de la Manif pour tous.

Selon Le Monde, il a traité l’équipe au pouvoir de « bande de fous », « incapables », « guignols », « magouilleurs » et Anne Hidalgo de « salope ». Autre cible de ses grossièretés : Ian Brossat, l’adjoint communiste chargé du logement, qualifié d’« escroc », « petit merdeux » et « tête de con ». « En plus, on ne peut plus dire qu’il est de la jaquette, puisqu’on n’a plus le droit de le dire », a-t-il ajouté. Anne Hidalgo et Ian Brossat ont porté plainte pour injures publiques.

Et ce n’est pas tout. Égaré par sa rancœur contre ceux qui lui ont enlevé le pain de la bouche, il a également insulté les magistrats de la Chambre régionale des comptes, auteurs du rapport accablant, dénonçant les graves irrégularités dans les marchés conclus par la ville de Paris. « C’est des gangsters, de vieux magistrats pourris, je n’ai pas peur de le dire. »

Des propos qu’il assume complètement lors de notre entretien : « Ce sont des malfaisants. Ils m’ont reçu pendant une après-midi entière, je leur ai envoyé tous les documents et ils n’ont pas tenu compte de ce que je leur ai expliqué », insiste-t-il. La Cour des comptes a porté plainte pour diffamation le 10 mai.

Devant cette avalanche de procédures, les seuls à se frotter les mains sont les avocats.

Marcel Campion, lui, semble prêt à brûler ses vaisseaux dans cet ultime combat. « La fête foraine n’est plus dans l’air du temps. Nos métiers disparaissent, les forains sont chassés du centre des villes. C’est comme les cirques avec des animaux, plus personne n’en veut. » Et si c’était lui, le dernier éléphant ?

Pas de mobilisation sans confiance
Pas de confiance sans vérité
Soutenez-nous

Pendant la publication de cette série, nous avons reçu le 6 août 2019 une longue réaction de Marcel Campion. Bien que non conforme aux exigences légales du droit de réponse, nous avons choisi la reproduire sous l'onglet "Prolonger" de nos articles à titre de document.