Jeunes LR: vers un duel extrême droite contre droite extrême

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Alors que commence la campagne pour doter le mouvement des Jeunes Républicains d’une nouvelle direction, mi-octobre prochain, se profile un affrontement entre deux tenants d’une ligne radicale et identitaire, Erik Tegnér et Aurane Reihanian.

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Sans direction depuis plus d’un an et avec un nombre d’adhérents en chute libre, le mouvement des jeunes LR est aujourd’hui à terre. « La moitié de nos adhérents ont plus de 70 ans, c’est catastrophique », s’alarmait récemment un cadre devant l’auditoire très âgé d’une réunion publique de Laurent Wauquiez.

À LR, on est pourtant persuadé que le « redressement » du parti passe par la remise en ordre d’un mouvement de jeunes, alors que le candidat de la droite – François Fillon et ses casseroles – a été massivement boudé par les 18-24 ans lors de l’élection présidentielle.

Fin avril, Laurent Wauquiez a nommé un bureau provisoire de jeunes et lancé une mission de réorganisation du mouvement. Après avoir fait un travail d’audit dans les fédérations, cette mission présidée par l'ancienne députée Laurence Arribagé et le maire de Rillieux-la-Pape, Alexandre Vincendet, a remis ses conclusions jeudi 6 septembre.

Si leur rapport n’a pas été rendu public, on en connaît les grandes lignes : « plus de collégialité, une représentation de tous les territoires, plus de moyens financiers », détaille Alexandre Vincendet. Le bureau politique du 18 septembre tranchera sur ces propositions mais les dates du scrutin sont, elles, déjà fixées aux 13 et 14 octobre prochain.

La campagne pour l’élection du futur représentant des jeunes LR ne durera donc officiellement que trois semaines. Un laps de temps extrêmement court mais dont peu s’inquiètent, tant le résultat de ce scrutin interne est sans suspens. Le protégé de Laurent Wauquiez, Aurane Reihanian, actuel président des jeunes avec Wauquiez – sans être encore officiellement candidat – part en effet archi favori, alors qu’il est le seul à avoir mené une campagne depuis plus d’un an au sein des fédérations.

Ces derniers jours, de manière spontanée, les appels à sa candidature se sont d’ailleurs multipliés dans les fédérations de la part des responsables jeunes.

Aurane Reihanian et Laurent Wauquiez. © Compte Twitter d'Aurane Reihanain Aurane Reihanian et Laurent Wauquiez. © Compte Twitter d'Aurane Reihanain

Dans l’entourage de Valérie Pécresse, on exclut, par principe, d’envoyer un candidat en dénonçant une élection totalement verrouillée. « Laurent Wauquiez n’a pas respecté ses propres engagements en matière de respect de toutes les sensibilités au sein du bureau provisoire. Il a écarté tous les noms que nous lui avions proposés. On ne va donc pas présenter un jeune si c’est pour l’envoyer au casse-pipe ! » s’agace Florence Portelli, vice-présidente du mouvement Libres!

Il y a un an, la candidature de celui que Laurent Wauquiez avait patiemment couvé pour le propulser à la tête du mouvement de jeunes LR avait pourtant pris du plomb dans l’aile. Aurane Reihanian, tenant d’une droite radicale, avait suscité le malaise en déclarant ici même que « la première génération de musulmans [avait] bossé. Ils ne brûlaient pas des voitures comme leurs enfants. » Une déclaration, ensuite récusée, mais suivie, quelques jours plus tard dans Libération, d’un fracassant « les enfants nés de la PMA ne devraient même pas exister ».

Après ces sorties, les dirigeants de LR lui ont demandé de se taire quelque temps, histoire de se faire un peu oublier. Après s’être fendu d’un mot d’excuse sur Twitter au sujet des enfants nés de PMA, et d’une explication dans Mediapart, le jeune collaborateur de Laurent Wauquiez à la région Auvergne Rhône-Alpes s’en est effectivement tenu à une longue abstinence médiatique.

Une discipline qui lui permet aujourd’hui de tenir la corde pour diriger un mouvement de jeunes qui sera au diapason de la ligne ultra-droitière de son mentor Laurent Wauquiez. Car Aurane Reihanian est convaincu que les jeunes sont aujourd’hui principalement travaillés par les questions identitaires. Celui qui expliquait il y a un an à Mediapart trouver « Marine Le Pen trop à gauche » pour la rejoindre avait été chargé pendant la campagne par la présidence du parti de faire remonter les aspirations de sa génération à Laurent Wauquiez. De cette « génération attentats », comme il la décrit, il pense avoir compris les aspirations profondes et dépeint une jeunesse « qui veut qu’on défende les intérêts de la France, qui refuse les prières de rue, qui refuse la viande hallal dans les écoles », explique-t-il.

En écho à Laurent Wauquiez qui assurait en cette rentrée au mont Mézenc que « les Français refusent de devenir étrangers chez eux », Aurane Reihanian souligne, lui, que « les civilisations sont mortelles ». « Quand je vois qu’à Strasbourg on construit une mosquée avec deux minarets de 36 mètres de haut, je me dis que je ne veux pas que la France des clochers devienne la France des mosquées. C’est malheureux, mais quand on voit qu’en Seine-Saint-Denis, il y a plus de mosquées que d’églises, les jeunes ne se sentent plus en France. »

Dans la droite ligne d’une Marion Maréchal invitée en mai dernier à disserter sur « les ravages de la pensée de 68 » par ses amis du mensuel L’Incorrect, Aurane Reihanian conspue lui aussi une « idéologie qui détruit la France : soixante-huitarde, anti-prison, anti-police, égalitariste ». Et invite la droite à ne pas céder à un quelconque « chantage au fascisme ».

Pour gagner en crédibilité auprès des cadres du parti, parfois dubitatifs sur sa course à l’échalote avec l’extrême droite, Aurane Reihanian, qui a été un proche collaborateur de Charles Beigbeder, fervent partisan avec Charles Millon de l’Union des droites, a tenté ces derniers mois de « recentrer » un peu son image. À la rentrée, celui qui prépare une thèse sur la rétention de sûreté sous la direction d’Alain Bauer, a ainsi signé une bien sage tribune sur l’Europe, sujet sur lequel il s’était jusqu’ici peu exprimé, mais cosignée par une centaine de jeunes, démontrant la force de ses soutiens. Quand on l’interroge sur ses ambitions personnelles, il renvoie pudiquement vers les responsables de la mission sur l’organisation du mouvement des jeunes LR.

Dans cette opération « dédiabolisation », la candidature concurrente d’Erik Tegnér apparaît comme un cadeau presque inespéré. Depuis plusieurs semaines, cet ancien responsable des jeunes avec Virginie Calmels sature en effet l’espace médiatique en prônant un dialogue avec « toutes les droites » et donc un rapprochement entre LR et le RN (ex-FN).

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