Immigration: le RN et LR profitent du débat pour asséner un discours dur

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Le débat sur l’immigration à l’Assemblée nationale, voulu par Emmanuel Macron, a permis aux droites de faire entendre des propos anti-immigration rudes et sans concession, loin de la sérénité voulue par la majorité. À gauche, Insoumis, communistes et socialistes ont dénoncé le jeu dangereux du pouvoir.

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Pour la droite et l’extrême droite, c’était jour de fête à l’Assemblée nationale. Marine Le Pen pour le Rassemblement national (RN), mais aussi Éric Ciotti et Guillaume Larrivé pour Les Républicains (LR), ont profité à plein de la tribune offerte à l’occasion du débat sur l’immigration, lundi, pour ressasser un discours dur contre les immigrés. Le débat serein voulu par le gouvernement a fait long feu.

Marine Le Pen s’est vu « offrir » 5 minutes de temps de parole par le député ex-LREM Matthieu Orphelin auxquelles elle n’avait initialement pas accès en tant que députée non inscrite, sans groupe parlementaire constitué. Sans surprise, la patronne du RN a profité de cette séquence pour marteler des propos anti-immigration classiques de l’extrême droite.

Marine Le Pen le 7 octobre 2019 à l'Assemblée nationale. © Reuters Marine Le Pen le 7 octobre 2019 à l'Assemblée nationale. © Reuters

Elle le sait : remettre la question de l’immigration au centre de la vie politique est, pour elle, une aubaine. C’est d’ailleurs ce qu’ont montré des chercheurs de la Paris School of Economics (PSE) et de Sciences-Po, cités par Le Monde, pour qui « insister sur la thématique migratoire augmente le vote en faveur de l’extrême droite, quelles que soient les informations dont les électeurs disposent par ailleurs ».

La députée RN a donc martelé son mantra : « L’immigration anarchique est une menace pour la vie quotidienne [...], parfois pour la vie tout court » ; une « submersion [...] déferle sur nos villes, sur nos bourgs ».

Quelques heures plus tôt, durant 45 minutes cette fois-ci, elle avait déjà fait part de sa vision de la question migratoire et de l’asile devant des journalistes venus en nombre. « Favelas épouvantables », « jungles », « groupes d’hommes errant dans nos rues » : Marine Le Pen avait pris un soin particulier à dépeindre cette prétendue situation de « submersion migratoire »« le droit d’asile est dévoyé », et « la délinquance immigrée [...] en train d’exploser ».

Ouvrant les vannes de son discours habituel, et profitant d’une question sur les crimes commis à la préfecture de police, elle a aussi affirmé qu’il « existe un lien entre l’immigration anarchique et le développement de l’intégrisme islamiste ». Comme une réponse préalable au sujet des « dérives communautaires » et de la « sécession insidieuse » évoquées par le premier ministre dans son discours, pourtant officiellement consacré à la seule question de l’immigration.

Ironisant sur l’opportunisme de certains orateurs LR qui s’emparent de la question avec rudesse à six jours du congrès de leur parti, elle s’est sans complexe saisie de l’invitation faite par Emmanuel Macron, à travers ce débat, à demeurer sa principale rivale.

À ses côtés, dans l’hémicycle et dans leurs discours, les intervenants du groupe LR ont effectivement déroulé une vision catastrophiste sur l’immigration, revenant aux fondamentaux développés en leur temps par Nicolas Sarkozy et Laurent Wauquiez.

Après Nadine Morano en boucle sur les plateaux des chaînes d’information, après Valérie Pécresse demandant un politique sociale plus dure envers les immigrés, après Christian Estrosi exigeant plus de pouvoir pour les maires afin de lutter contre l’immigration, la droite parlementaire s’est engouffrée dans la brèche ouverte par le gouvernement pour concurrencer le RN sur son terrain. Et a sollicité cinq orateurs pour délivrer un discours globalement de droite extrême.

Le député Guillaume Larrivé, citant Valéry Giscard d’Estaing, a commencé par une question directe : « Immigration ou invasion ? » Le ton est donné, il faut compter avec LR sur la surenchère. « Le XXIe siècle expose la France au chaos migratoire. [...] Il ne doit plus y avoir un droit des étrangers à immigrer en France », a lancé le député de l’Yonne.

Allant aussi loin que Marine Le Pen, il a proposé que la Constitution soit modifiée afin de pouvoir expulser les étrangers délinquants sans possibilité de recours ou de suspendre le regroupement familial. Il a plaidé pour un nouveau code de la nationalité avec la suppression du droit du sol.

Éric Ciotti, son collègue chez LR, n’a pas non plus mis le pied sur le frein, demandant « un changement radical de politique » face, notamment, à une société où « la délinquance [est] surreprésentée chez les étrangers ». Pour en sortir ? « Une méthode », « un calendrier » et « des actes », c’est-à-dire un référendum avant la fin de l’année « pour sortir du déni », en particulier pour durcir le droit de la nationalité et faire de la rétention administrative la règle. En bas de l’hémicycle, attendant son tour, Marine Le Pen opine.

Prise au piège, la majorité a tenté de faire bonne figure. Malgré les dénégations de ses porte-parole sur l’aspect inflammable d’un tel événement politique, nombreux chez LREM avaient pris le soin de désamorcer de possibles polémiques et voulu rationaliser le sujet. Il fallait dépassionner le débat avant tout.

Le camp « loyaliste », qui s’interdit de reprocher à Emmanuel Macron de remettre l’immigration au sein du débat public, a tout fait pour déminer le terrain. C’était ainsi le sens de la tribune rédigée par les têtes de pont du mouvement (Stanislas Guerini, Gilles Le Gendre, François Patriat et Stéphane Séjourné) et publiée par Le Monde sous le titre « Immigration : tout repenser ! ».

Selon eux, ce débat inédit n’a qu’un objectif vertueux : « Poser un diagnostic sur la politique migratoire et d’intégration, et redéfinir une stratégie efficace pour l’avenir ». « Avec sérénité et lucidité », complète le quatuor. L’argument peine à convaincre alors que la loi sur l’asile et l’immigration, qui devait régler nombre de problèmes selon la majorité, n’a été promulguée que le 10 septembre 2018. Il est donc, à ce stade, impossible d’en évaluer les effets sur le territoire.

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