Mettre à l’abri les réfugiés, est-ce un délit ?

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Pour avoir construit un abri sur un campement de réfugiés à Norrent-Fontes dans le Nord-Pas-de-Calais, des membres de l'association Terre d'Errance sont entendus par la justice. Cet été, Mediapart était allé à la rencontre de ces bénévoles. Nous republions ces portraits vidéo.

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Au moment où François Hollande affirme qu’il est du devoir de la France de faire preuve de solidarité à l’égard des réfugiés fuyant la guerre et débarquant en Europe, le parquet de Béthune, dans le Nord-Pas-de-Calais, vient d’ouvrir une enquête mettant en cause l’association Terre d’Errance, dont la mission même est de venir en aide aux migrants en transit vers l’Angleterre. Cette structure qui ne survit que grâce à la détermination de quelques bénévoles n’est pas née ces dernières semaines dans l’élan suscité par l’exode des familles syriennes, mais en 2007, à la suite de la destruction par les pouvoirs publics de campements de fortune installés à Norrent-Fontes.

Soutenue par 14 collectifs du Nord-Pas-de-Calais et 40 organisations nationales, l’association est soupçonnée d’avoir construit un bâtiment sans l’avoir déclaré au préalable et sans avoir obtenu de permis de construire. Plusieurs membres de l’association ont été entendus par les gendarmes dans le cadre de l'enquête préliminaire. Terre d’Errance reconnaît les faits qui lui sont reprochés. « L’association a effectivement construit un abri sans fondations, fait de tôles, de palettes et de bâches pour permettre aux exilés de passage à Norrent-Fontes d’être à l’abri de la pluie et du vent, l’État ne respectant pas le droit inconditionnel à l’hébergement », indique-t-elle dans un communiqué. « Face aux autorités qui maltraitent les personnes migrantes et abandonnent les gens qui leur viennent en aide, Terre d’Errance a construit l’hospitalité et se trouve maintenant menacée de poursuites judiciaires. C’est un flagrant délit de solidarité qui est dénoncé », poursuit-elle.

À l’occasion d’un rassemblement organisé samedi 10 octobre à Norrent-Fontes, Mediapart republie trois portraits vidéo de bénévoles de l’association mis en cause réalisés par le photographe Patrick Artinian dans une série consacrée aux Français accueillants envers les migrants, qui s’inscrit dans le cadre de notre projet #OpenEurope.

Marie-Claire : " La première fois, pour aller vers eux, il faut vaincre la peur " © Mediapart
Alain : " Oui, il y a du racket, des passeurs. Mais sans nous, ça serait pire "Migrant Artinian 3 © Mediapart
Nathalie : " On n'est pas des anges, on ne veut pas juste donner " © Mediapart

 

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