Les millions russes d’Alexandre Benalla

Par , et

Une nouvelle enquête de Mediapart permet aujourd’hui d’affirmer, preuves à l’appui, qu’Alexandre Benalla a bien été l’architecte, depuis l’Élysée, d’un contrat sécuritaire avec un proche de Poutine, soupçonné de liens mafieux. L’ancien conseiller de Macron a également fait affaire, en décembre dernier, avec un second oligarque russe. Au total, ces contrats s’élèvent à 2,2 millions d’euros. Une partie des fonds a été perçue par Benalla au Maroc.

Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

Le ministre de l’intérieur ne voit pas où est le problème. Christophe Castaner a tenté de déminer, dimanche 10 février, les révélations de Mediapart sur le volet russe du scandale Benalla, désormais au cœur d’une enquête pour « corruption » ouverte par le parquet national financier. « Pas une affaire d’État » mais une « affaire de cornecul », a raillé le « premier flic de France », qui voyait déjà l’été dernier en Alexandre Benalla un simple… bagagiste.

Sibeth Ndiaye, la conseillère communication de l'Élysée, Alexandre Benalla et Emmanuel Macron, le 12 avril 2018. © Reuters Sibeth Ndiaye, la conseillère communication de l'Élysée, Alexandre Benalla et Emmanuel Macron, le 12 avril 2018. © Reuters

De fait, l’ancien adjoint au chef de cabinet d’Emmanuel Macron, qui met depuis des semaines en panique plusieurs services de l’État, a caché beaucoup de secrets dans ses valises. Mediapart publie aujourd’hui les résultats d’une nouvelle enquête, basée sur de nombreux témoignages et documents inédits, qui donnent une nouvelle ampleur à l’affaire du contrat russe.

  • Alors qu’il travaillait à l’Élysée, où il était habilité « secret défense », Alexandre Benalla a personnellement négocié de bout en bout un contrat de sécurité de 294 000 euros avec un oligarque proche de Vladimir Poutine, confirme à Mediapart l’ancien policier Jean-Maurice Bernard, dont la société Velours a été sous-traitante du marché. Les négociations, commencées début 2018, se sont tenues dans un café proche de l’Élysée mais aussi dans les locaux du parti présidentiel, La République en marche (LREM).

  • Depuis qu’il a été licencié de la présidence à la suite de la révélation de l’affaire des violences du 1er Mai, Alexandre Benalla anime en sous-main une société baptisée France Close Protection, qui a récupéré en octobre dernier le contrat de l’oligarque Iskander Makhmudov, soupçonné de liens avec la mafia. Montant total de ce nouveau contrat : 980 000 euros. Au moins 300 000 euros ont été versés depuis une société à Monaco.

  • Pendant qu’il faisait le tour du monde avec ses passeports diplomatiques, Alexandre Benalla a par ailleurs signé en décembre 2018 un second contrat de sécurité avec un autre oligarque russe proche de Poutine, Farkhad Akhmedov, d’un montant total de 980 000 euros. Plus de 350 000 euros ont d’abord été versés en France. La somme a ensuite été récupérée à l’euro près par Alexandre Benalla au Maroc.

Au total, les deux contrats russes négociés par l’ancien collaborateur du chef de l’État français, avant et après son départ de l’Élysée, s’élèvent donc à 2,2 millions d’euros.

Depuis les premières révélations de Mediapart mi-décembre sur le contrat russe, la présidence de la République continue, à l’instar du ministre de l’intérieur, de faire l’autruche.

Alexandre Benalla passant la soirée au Lotus, à Marrakech, vendredi 8 février 2019. © Document Mediapart Alexandre Benalla passant la soirée au Lotus, à Marrakech, vendredi 8 février 2019. © Document Mediapart
En revanche, sur impulsion de Matignon, le parquet de Paris a ouvert une enquête pour « atteinte à la vie privée », dont personne ne se plaint pourtant dans cette affaire. Le premier acte du procureur de Paris, Rémy Heitz, a été d’envoyer deux magistrats et trois policiers, dont un commissaire de la brigade criminelle, perquisitionner Mediapart et, ainsi, de mettre en danger les sources d’un journal. Cette tentative de perquisition a été unanimement dénoncée comme une atteinte à la liberté d’informer.

Pendant ce temps-là, Alexandre Benalla a pu rejoindre l’étranger sans encombre, où il coule des jours paisibles, en dépit des révélations de Mediapart sur la violation de son contrôle judiciaire, ses parjures devant le Sénat et ses mensonges sur le contrat russe. L’ancien collaborateur de Macron a notamment été vu, en fin de semaine dernière, dans un cabaret de Marrakech, le Lotus Club, où il a pris du bon temps, comme en témoigne une photo obtenue par Mediapart (voir ci-contre).

Révélations sur une affaire qui réunit désormais tous les ingrédients du scandale d’État.

I. Les secrets d’une négociation depuis l’Élysée

C’est un courrier dont les dirigeants de la société de sécurité Velours n’ont pas immédiatement compris le sens. Début 2018, les patrons de Velours reçoivent une carte de vœux inattendue. Expéditeur : la présidence de la République, ou plutôt l’un de ses collaborateurs, Alexandre Benalla. La lettre les étonne, Benalla ne travaillant plus pour Velours depuis 2015.

Quelques semaines plus tard, l’adjoint du chef de cabinet d’Emmanuel Macron appelle Jean-Maurice Bernard, le patron de Velours, un ancien policier de l’anti-gang, pour lui soumettre un possible marché avec « un ami ». Une réunion est organisée, mi-mars, au Damas Café, un bar à chicha à deux pas de l’Élysée, dont Benalla a fait son quartier général.

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale