La justice saisie du cas de l’ex-secrétaire d’État Nathalie Elimas

Accusée de harcèlement moral par une demi-douzaine de membres de son cabinet, l’ex-secrétaire d’État chargée de l’éducation prioritaire avait fait l’objet d’une enquête administrative.  Après son éviction du gouvernement samedi, l’Inspection générale de l’éducation nationale a saisi mardi le parquet de Paris, selon les informations de Mediapart.

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Le peu d’informations qui a filtré du rapport administratif visant la secrétaire d’État Nathalie Elimas, accusée de harcèlement moral, faisait état de témoignages « concordants », « graves » et « accablants ». Trois jours après son éviction du gouvernement, l’inspection générale de l’éducation nationale (IGESR) a saisi la justice de son cas mardi 8 mars, a appris Mediapart.

Les inspecteurs généraux ont agi conformément à l’article 40 du Code pénal, qui impose aux fonctionnaires l’obligation de signaler les crimes et délits dont ils ont connaissance. Le signalement visant Nathalie Elimas est « en cours d’analyse », a confirmé le parquet.

Âgée de 48 ans, cette spécialiste des ressources humaines était entrée au gouvernement en juillet 2020 après avoir été élue en 2017 députée MoDem du Val-d’Oise.

Nathalie Elimas, à la sortie du conseil des ministres, le 17 novembre 2021. © Ludovic MARIN / AFP

Le ministère de l’éducation nationale avait indiqué mi-janvier à l’AFP avoir diligenté une enquête administrative « sur le fonctionnement ressources humaines du cabinet de Mme Elimas ». Des sources évoquaient alors du « harcèlement » mais aussi de la « maltraitance » envers ses collaborateurs. L’ensemble des membres du cabinet de la secrétaire d’État, mais aussi d’anciens collaborateurs et collaboratrices, avaient été entendus.

À la mi-février, selon Europe 1, les conclusions d’un « pré-rapport », qualifiées de « terribles », avaient été remises à Jean Castex. Le premier ministre avait convoqué la secrétaire d’État, mais Nathalie Elimas avait alors refusé de démissionner, selon le récit effectué par la radio. Samedi dernier, le 5 mars, c’est l’Élysée qui a annoncé son départ du gouvernement, en même temps que celui que de la ministre de la cohésion des territoires, Jacqueline Gourault, prévu pour rejoindre le Conseil constitutionnel.

Dans leurs témoignages, recueillis par Mediapart fin janvier et courant février, d’anciens membres du cabinet ont décrit la pression, « la surveillance », « les crises » et les « colères » incessantes de la secrétaire d’État. L’une d’entre elles a raconté avoir vécu « un véritable calvaire ».   

Interrogée début février par Mediapart sur le climat toxique décrit par ses subalternes, Nathalie Elimas avait répondu que nos questions « semblaient méconnaître la réalité d’un travail en cabinet ministériel qui est forcément très exigeant et hors norme, s’agissant entre autres des compétences attendues, de la charge de travail et des horaires ».

D’ex-collaborateurs et collaboratrices avaient aussi pointé la relation, perçue comme intime, de Nathalie Elimas avec un conseiller spécial « omniprésent », qui a pour beaucoup joué dans l’atmosphère de travail du cabinet.

« Il est absolument scandaleux qu’une relation ministre/conseiller, qui se trouve être, dans le cas d’espèce, une relation femme / homme soit immédiatement interprétée comme une relation coupable. Le sexisme se loge partout, et il semble avoir encore de beaux jours devant lui, hélas », avait balayé Nathalie Elimas.

Questionnée sur l’issue de la mission d’inspection, l’ex-secrétaire d’État dénonce une enquête qui aurait selon elle été réalisée « totalement à charge ». « Je veux qu’on aille devant la justice, le tribunal médiatique ça suffit », ajoute-t-elle.

Sarah Brethes et Antton Rouget

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