A la fête de l’Huma, le «scénario des convergences» est à la peine

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Durant trois jours, le premier secrétaire du parti communiste, Pierre Laurent, a prêché pour une candidature commune de la gauche anti-Hollande. Les candidats invités – de Montebourg à Mélenchon, de Hamon à Duflot – sont d’accord. Mais ils restent tous candidats.

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Statu quo ante bellum. Plusieurs mois ont passé depuis le congrès du PCF, début juin à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), mais le parti semble toujours faire du surplace. Au terme des trois jours de la fête de l’Humanité, qui a vu défiler tous les candidats estampillés de gauche pour la présidentielle – certains passant par la primaire du PS, d’autres par celle d’EELV, d’autres enfin allant directement au premier tour –, les communistes français n’ont toujours pas tranché : qui soutiendront-ils éventuellement pour 2017 ? et dans quel processus ? Pierre Laurent, premier secrétaire du PCF, a longtemps plaidé pour une primaire de toute la gauche anti-Hollande. Son souhait a rapidement fait long feu, alors que son ancien partenaire du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, se lançait tout seul. Puis quand le PS s’est accordé pour une primaire, mais taillée sur mesure pour François Hollande. Dans le même temps, Nicolas Hulot, qui pouvait présenter l’avantage d’une candidature qui transcende les partis, a renoncé. Et les écolos d’EELV ont lancé leur propre primaire.

C’est dans ce paysage explosé que Pierre Laurent a tenté, durant les trois jours de la fête, de recoller les morceaux. Dans une tribune publiée par Le Monde le 7 septembre, Laurent a dramatisé : « Dispersés, sans projet ni pacte commun, nous perdrons tous », écrivait-il. « Je ne demande à personne de s’effacer. Je connais les différences entre nous. Je propose de remettre en route la machine à rassembler », ajoutait-il. 

La « machine à rassembler », Laurent s’est employé à en actionner tous les leviers possibles à chacun de ses discours. Sans grand résultat pour l’heure. Sur le papier, la fête pouvait se présenter comme un grand pas en avant. Tous les candidats putatifs de la gauche étaient présents ce week-end. De Jean-Luc Mélenchon à Arnaud Montebourg, en passant par Benoît Hamon, Cécile Duflot et même Gérard Filoche et Marie-Noëlle Lienemann. Aucun n’a contredit Pierre Laurent sur les risques de la division. Mais chacun est resté dans son couloir, jouant sa propre partition. 

L'Agora de l'Humanité. La tente a vu défiler quatre candidats à la présidentielle samedi © CG L'Agora de l'Humanité. La tente a vu défiler quatre candidats à la présidentielle samedi © CG

Pierre Laurent n’a pourtant pas ménagé sa peine. Lors de son passage à l’Agora de l’Humanité samedi soir, par exemple, le premier secrétaire a redit « tout faire pour travailler à un scénario de convergences ». « La méthode que je propose, elle est simple : parlons plus sur ce qui nous rassemble que sur ce qui nous divise », a ajouté Pierre Laurent. « La méthode du ralliement prônée par les différents candidats déjà en lice me paraît dangereuse », a-t-il mis en garde. Conscient sans doute de la difficulté, le patron des communistes a lancé également un appel aux citoyens : « Écrivez, interpellez, pour trouver une solution à la situation politique actuelle. » 

Benoît Hamon, ancien ministre de l’éducation de François Hollande et candidat à la primaire de la Belle alliance populaire (BAP, qui rassemble le PS et deux ou trois partis satellites microscopiques), a semblé sur la même ligne, dénonçant par exemple le fait que « tout le monde se pose en homme providentiel » et espérant que les « débats à gauche » ne soient pas un « festival de détestation réciproque ». « Je me tiens à la disposition de toutes celles et ceux qui veulent travailler pour qu’on ait un candidat de gauche au second tour de la présidentielle », a expliqué Hamon dans l’Agora. Mais celui-ci continue de compter sur la primaire pour aller de l’avant. Et tant pis si cette primaire ne résout pas la question du nombre de candidatures. Hamon a ainsi pu lancer : « Je n’ai aucun problème à vous dire que si Jean-Luc [Mélenchon] ou Cécile [Duflot] est devant, j’appelle à voter pour eux dans la seconde. » Mais devant quoi, dans quel cadre ? Hamon n’en a rien dit. Il a en revanche justifié sa participation à une primaire qui accueillera sans doute François Hollande, en expliquant que le président sortant « ne peut pas gagner, ce n’est pas possible ».

Arnaud Montebourg, qui est intervenu un peu plus tard, n’a eu qu’un quart d’heure pour exposer ses vues, étant arrivé en retard. Hué au début, il a fini par convaincre un peu la foule, en parlant du scandale de la fermeture d’un site d’Alstom, ou en défendant le droit du travail. Pour le reste, il a à nouveau refusé de dire si sa candidature passerait par la primaire PS ou s’il irait directement au premier tour. « Si je ne peux pas exprimer » dans la primaire « ce que j’ai ressenti quand j’étais au gouvernement, je prendrai mes responsabilités », a-t-il déclaré. En clair, Montebourg ira jusqu’au bout de l’un ou l’autre processus. Encore un coin enfoncé dans la candidature unique prônée par le PCF.

Deux autres candidats à la primaire du PS, Gérard Filoche et la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann, n’ont pas eu droit à la formule questions-réponses dans l’Agora. Mais ils ont pu s’exprimer lors d’une table ronde réunissant des parlementaires opposés à la loi Travail. « On n'a que quelques semaines devant nous pour s’accorder sur le candidat unique », a dramatisé Filoche pour qui « c’est ensemble qu’on doit trouver la solution ». « On a raté toutes les occasions pour une dynamique unitaire », a remarqué Lienemann. Un de ses proches, Jérôme Guedj, présent lui aussi, a estimé que « cette candidature la plus commune, la plus large, et je vais jusqu’à dire candidature unique, c’est possible dans cette primaire ».

Cécile Duflot à l'Agora © CG Cécile Duflot à l'Agora © CG

Retour à l'Agora en fin de journée samedi. Cécile Duflot, candidate à la primaire écologiste organisée par EELV, répond aux questions devant une foule attentive. Pour l'ancienne ministre du logement de François Hollande, une candidature écologiste à la présidentielle s'impose comme une évidence. « Je suis candidate pour que l’écologie gagne, qu’il y ait une présidente écologiste et une majorité écologiste, a-t-elle expliqué. Le pire qui puisse nous arriver, c’est de ne plus y croire. » 

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