Députés PS au bord de la crise de nerfs

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Depuis la démission de Jérôme Cahuzac, le climat était polaire au sein du groupe majoritaire à l'Assemblée. Mais les aveux ont précipité un vif débat sur la « ligne » politique du gouvernement. L'obligation pour les élus de publier leur patrimoine a achevé de pourrir l'ambiance. Claude Bartolone, le président de l'Assemblée, mène la fronde.

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Affaire Cahuzac, interrogations sur la rigueur et la ligne politique du gouvernement, publication bientôt obligatoire de leur patrimoine : les députés socialistes sont au bord de la crise de nerfs. Mardi et mercredi matin, selon nos informations, les deux réunions hebdomadaires du groupe se sont très mal passées. Clashs verbaux entre députés, rappels à l'ordre… Depuis le début de la législature, jamais les réunions n'avaient été aussi houleuses . « Il y a eu une petite tension nerveuse cette semaine », minore Thierry Mandon, le porte-parole du groupe. « Ça a tangué grave. Les gens sont à cran, tout s'entremêle », se désole un député.

Depuis quelques semaines, le moral était déjà bien bas. « Le problème de ce gouvernement, c'est la ligne, le casting et l'attitude », dit un député, résumant les griefs de nombreux collègues. Il y a deux semaines, quand le député de l'aile gauche du PS Pascal Cherki a qualifié François Hollande de « conseiller général », beaucoup ont poussé des cris d'orfraie. Tout en étant bien souvent d'accord sur le fond.

Claude Bartolone © Reuters Claude Bartolone © Reuters
Mais avec les aveux de Jérôme Cahuzac, l'ambiance est devenue franchement mauvaise. Les députés restent abasourdis. Après les aveux de l'ancien ministre du budget, beaucoup ont passé un sale week-end dans leur circonscription. En plus des habituelles interpellations sur les ravages de la crise et le chômage qui augmente, voilà que leurs électeurs les suspectent désormais d'être des « pourris ».

Mardi, quand les députés PS se sont retrouvés pour la réunion hebdomadaire, la température est vite montée. À propos de la publication des patrimoines des élus d'abord, évoquée par François Hollande le lendemain des aveux de Cahuzac. Certains ont fait savoir qu'ils n'appréciaient pas la façon dont quelques-uns de leurs collègues s'étaient empressés de publier leur patrimoine sans s'être concertés avec le reste du groupe.

En présence du premier ministre, des élus ont surtout, et pour la première fois aussi clairement, remis en cause la politique de rigueur et plaidé pour de nouvelles réformes économiques et sociales. Un tabou jusqu'alors. Devant les députés, et en présence du premier ministre, le président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, a même évoqué la nécessité d'un bras de fer politique avec Angela Merkel. Quelques heures plus tard, le ministre du redressement productif Arnaud Montebourg réclamait une inflexion de la politique d'austérité en Europe. Depuis, Benoît Hamon et Cécile Duflot ont fait de même et ont été recadrés par l'exécutif.

Vendredi matin, sur RTL, Jean-Marc Ayrault a exclu sèchement tout débat sur la ligne politique du gouvernement. « Je n'ai pas aimé qu'on conteste la politique du gouvernement », a recadré le premier ministre. « Il n'y a qu'une ligne du gouvernement, il n'y en a pas deux, il n'y en aura pas deux », a-t-il ajouté, précisant que cette ligne était celle du « sérieux budgétaire » et du « redressement », et non celle de « l'austérité ».

Sauf qu'au sein du groupe socialiste, cette ligne officielle (rigueur et réduction des déficits, en attendant des lendemains plus roses dans la deuxième partie du mandat) passe justement de plus en plus mal. « On peut poser la question de la ligne, bien entendu, insiste le député Thomas Thévenoud, proche d'Arnaud Montebourg. Cette question des 3 % de déficit est devant nous, il faudra bien la régler. Nous devons infléchir la trajectoire de réduction des déficits publics. ».

« Certains, minoritaires, profitent du trouble actuel pour reposer la question d'une autre politique possible, s'indigne au contraire le député du Nord Bernard Roman. Mais cette question est illégitime, c'est un contresens absolu : François Hollande a été élu en plaidant pour la réduction des déficits. Expliquer que l'on va changer de politique, c'est apporter du trouble au trouble. Ce serait une folie. »

La réunion du mercredi, elle, a carrément viré au psychodrame. La veille, les députés venaient de voter l'accord emploi. Un scrutin en forme de camouflet pour le gouvernement, puisque 40 socialistes se sont abstenus et 4 ont voté contre. « C'est plus que prévu », concède Thierry Mandon. Du coup, le patron des députés socialistes, le très “hollandais” Bruno Le Roux, s'est fendu d'un rappel à l'ordre. Et a même évoqué de possibles sanctions contre les “nonistes” et les abstentionnistes, comme l'impossibilité de poser des questions aux ministres.

« Son intervention était assez raide », s'étonne Barbara Romagnan. « Ça a tourné au jury populaire », s'indigne un autre témoin. Certains échanges ont viré à l'aigre, entre des députés rappelant la nécessité de la « discipline » et les autres. « Il y a eu des mises en cause personnelles très violentes », déplore Bernard Roman. Certains ont dû intervenir pour calmer le jeu. 

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Sollicité jeudi, Bruno Le Roux n'a pas donné suite à ma demande de bref entretien téléphonique.