Macron sur TF1: effort tout de suite et réconfort demain

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Sur TF1, c’était sans doute un tour de chauffe en attendant l’entretien dimanche avec Edwy Plenel et Jean-Jacques Bourdin... Emmanuel Macron n’a quasiment rien apporté de nouveau dans l’échange qu’il a eu avec Jean-Pierre Pernaut. L’événement essentiel était le cadre, une classe d’école primaire. Pour le reste le président a passé en revue les dossiers du moment en répétant, une fois encore, qu’il irait « au bout des réformes ».

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C’est l’histoire d’un homme pressé, qui demande de la patience. Un président qui invoque l’urgence d’agir pour chacune de ses réformes (il en dégaine sept par semaine) mais réclame qu’on donne du temps au temps pour mesurer leurs effets.

Cet homme, Emmanuel Macron, est en phase de furet médiatique. Ce jeudi 12 avril à 13 h, il est passé par TF1, dimanche soir il repassera par Mediapart, BFM-TV et RMC. La première de ces accélérations porte la trace de cette contradiction. Il a parlé, comme d’habitude, de frapper vite et fort, et en même temps demandé de ne pas s’impatienter. Il a justifié les sacrifices parce que la France, confrontée au monde qui change, aurait le feu aux fesses, mais reporté les bénéfices parce qu’il n’y a pas de « cagnotte », et parce qu’« il n’y a pas de justice si on ne produit pas ».

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Un petit air de déjà-entendu, pour une séquence dont la densité télévisuelle, deux entretiens en quatre jours, promettait qu’on allait voir ce qu’on allait voir. Et on a vu ce qu’on a vu, c’est-à-dire pas grand-chose.

Disons que la première phase de cette ardeur médiatique était plutôt plan-plan : le président de la République était bien là, assis dans une classe d’école primaire, face à Jean-Pierre Pernaut. Mais constatons, sans parti pris, qu’il ne s’est pas dit grand-chose. En tout cas pas grand-chose de neuf. À force de ne pas confondre vitesse et précipitation, le fonceur s’en est tenu au surplace des carabiniers d’Offenbach. Marchons, marchons. Il s’est contenté de déployer, sur un mode souriant, ce que lui-même ou ses ministres expliquent à longueur d’antenne, sur tous les tons, depuis des semaines.

La SNCF : « Nous irons au bout de cette réforme (...) L’entreprise restera publique, ce sera dans la loi, 100 % de capitaux publics (...) Les cheminots resteront dans le statut, on ne leur demande pas d’efforts, juste d’accepter que les nouveaux, on ne les prenne pas au statut. » Pour la dette, on reste au futur. « La dette sera pour partie progressivement reprise. »

Pour l’hôpital, il rend hommage au personnel, mais botte aussi à plus tard. A priori cet été. D’une main, il annonce plus de moyens, mais de l’autre il estime qu’il ne faut pas « mettre de l’argent sur un système qui n’est plus adapté ». Le raisonnement est le même que pour la SNCF : réforme d’abord, moyens ensuite, avec toujours cet appel : « faire mieux avec moins ».  

Sur les retraites, retour sur le thème de la solidarité entre les générations, de l’effort à consentir, mais assorti d’un remerciement, et, là encore, de sa fameuse promesse de rattrapage. Un peu plus tard… Il utilise le futur immédiat : « Le 1er novembre, vous aurez un tiers de taxe d’habitation en moins, et elle sera supprimée dans trois ans. L’un dans l’autre sur le pouvoir d’achat vous allez vous y retrouver. »

Sur le culte musulman, il brosse à grands traits les évolutions qu’il entreprendra « dans les prochains mois » : le financement étranger serait « organisé sous le contrôle de l’État et transparent ». Il ne veut plus de « mosquées qui s’ouvrent sur des financements cachés ».

Sur l’école et la ruralité, un reportage le confronte à des fermetures de classes, il se tourne encore vers le futur, et soutient qu’à la rentrée prochaine « on aura 32 000 élèves en moins en CP et qu’on va pourtant ouvrir 5 000 classes, dont 1 000 classes dans le rural ».

Sur la limitation de vitesse, même manière de renvoyer à un avenir consensuel, un peu comme on renvoie en commission. Il maintient et défend la limitation à 80 kilomètres-heure, mais prend deux engagements pour calmer les agacements immédiats : « Durant deux ans, l’argent qui sera perçu [par les amendes – ndlr] on le mettra pour les hôpitaux qui soignent les blessés de la route. On rendra transparents les résultats, et si ce n’est pas efficace on ne le gardera pas. »

Encore et toujours cette façon de refroidir les tensions actuelles en rapportant les efforts d’aujourd’hui aux réconforts de demain, ou aux corrections nécessaires.

Même sur la Syrie, évoquée en début d’émission, le président ne déroge pas à ce balancement. Il dit avoir les preuves d’une attaque chimique, mais n’annonce pas de conclusion, et laisse même ouvertes toutes les hypothèses : « Nous aurons des décisions à prendre en temps voulu (...) Il faut tout faire pour qu’il y ait un cessez-le-feu (...) En aucun cas la France laissera une escalade se faire. »

Le seul chapitre où la parole présidentielle a inversé l’ordre des temps est celui de Notre-Dame-des-Landes. Là, il a employé le futur : « L’ordre républicain sera rétabli. » Mais c’était pour indiquer que l’expulsion des zadistes allait continuer... Tout de suite...

La nouveauté de cet entretien censé entamer la reconquête de l’opinion était donc ce décor enfantin. Le discours permanent qui dit « on paye d’abord, et on rembourse après » ne se tenait pas dans un décor d’usine ou de palais de la République, mais dans une ambiance sentimentale et familiale. Douce France, cher pays de mon enfance, bercé de tendre insouciance…

Charles Trenet a bien du charme, mais pour « le monde nouveau il faudra repasser ». Dimanche peut-être, à 20 h 30, avec Mediapart et BFM-TV/RMC ?    

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