Handicap: le député François Ruffin dénonce l’«infamie» de la majorité

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Le 11 octobre, à l’Assemblée nationale, le député insoumis s’en est pris violemment au groupe LREM après le rejet de toute discussion sur une proposition de loi consensuelle d’un député LR sur le handicap à l’école et le statut des aidants en milieu scolaire.

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Un coup d’éclat qui se transforme en déflagration. Le discours de François Ruffin, à l’Assemblée nationale le 11 octobre, concernant le rejet de la proposition de loi (PPL) des Républicains sur l’inclusion des élèves en situation de handicap porte un coup rude à la majorité.

La PPL portée par le député de droite Aurélien Pradié avait tout pour produire du consensus en créant principalement un statut d’aidant pour valoriser un métier principalement exercé par des femmes au statut précaire, les AESH et les AVS. Las, d’abord en commission des affaires culturelles, puis en séance, les élus LREM se sont opposés au texte sur lequel avaient collaboré tous les groupes d’opposition du Palais-Bourbon. Ce qui représentait une première de l’actuelle législature.

La proposition de loi n’a même pas été discutée dans l’hémicycle puisque LREM a présenté une motion de rejet préalable approuvée par une majorité des députés présents, 58 des 70 votants pour le rejet étant issus du parti présidentiel. Une seule députée LREM, Bénédicte Peyrol, a voté contre, avant de faire savoir qu'elle l'avait fait par erreur.

La colère de François Ruffin après le rejet de la proposition de loi sur le handicap par la majorité, à l'Assemblée nationale, le 11 octobre 2018. © La Luciole Mélenchantée

Ce vote, si incompréhensible sur un sujet réussissant à unir LR et la FI, a provoqué l’ire et l’incompréhension du député de la France insoumise, François Ruffin. « Pour les enfants handicapés, leurs accompagnants, j’espère que le pays ne vous le pardonnera pas. Nous demandons un scrutin public ! Les noms publiés ! Ils circuleront à travers la France. Et ce vote, j’en suis convaincu, vous collera à la peau comme une infamie », a-t-il clamé à la tribune, visiblement ému par la surdité des élus LREM.

Aurélien Pradié, rapporteur de la PPL et député LR du Lot, a également fait part de sa totale incompréhension : « Selon la majorité, il n’y aurait pas d’urgence à réformer le statut des AVS AESH. Les problèmes actuels relèveraient d’aléas. Un mépris incroyable pour ces 80 000 femmes et hommes qui au quotidien permettent l’inclusion dans nos écoles ! Le rôle des députés est d’agir », a-t-il déploré devant des députés LREM aphones et enfermés dans la certitude qu’on ne peut agir qu’avec l’aval du gouvernement.

Le discours de François Ruffin, qui a été partagé plus de 6 500 fois sur Twitter et relayé des milliers de fois sur Facebook, a provoqué une vague d’indignation auprès de la majorité, l’intimant à justifier ce choix politique intenable. « Que leurs noms circulent sur vos pages Facebook, dans vos emails, sur vos comptes Twitter. Que leurs noms circulent à travers le pays. Que leur vote leur colle à la peau comme une infamie », a demandé le député insoumis de la Somme.

Il n’en fallait pas plus pour que les plus zélés d’entre eux dispensent les éléments de langage sur la responsabilité et l’efficacité de son groupe, et crier à la manipulation politique. Telle Aurore Bergé, ancienne porte-parole du groupe à l’Assemblée, qui se fend d’un message sur Twitter : « Hier à l’Assemblée nationale, nous avons vu l’alliance des oppositions et de toutes les instrumentalisations. Inclusion des enfants handicapés, lutte contre toutes les discriminations : oui nous agissons ! »

La députée LREM de Paris Anne-Christine Lang, oubliant un peu vite que le scrutin est public et que chaque élu est responsable de ses actes dans l’hémicycle, a crié au scandale après l’appel de François Ruffin à dénoncer les votants : « C’est quoi l’idée ? Qu’ils soient insultés, agressés, violentés ? Sur Internet ? Physiquement ? Ça s’appelle de la délation, de l’incitation à la haine. Ce sont des méthodes de voyou. »

À court d’arguments, le député LREM Adrien Taquet a dû, en creux, admettre l’absence de justification de la posture de la majorité : « On peut proposer n’importe quoi dans une proposition de loi et hurler dans un micro, ce n’est pas ça qui change la vie des gens. »

Le gouvernement, par la voix de Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’éducation nationale, a dû également prendre la parole devant le rouleau compresseur des réseaux sociaux et l’indignation que suscite le vote. Il s’est engouffré sur l’aspect polémique, sans toutefois répondre sur le fond : « Évidemment, Adrien Taquet a raison. Des progrès importants ont été faits en cette rentrée. Des progrès décisifs seront permis par la stratégie engagée avec Sophie Cluzel [secrétaire d’État chargée des personnes handicapées – ndlr]. Certains cherchent à réaliser un coup politique sur le sujet qui réclame le plus dignité et rassemblement. » Rassemblement qui a par ailleurs été rendu impossible en raison de la décision des députés LREM et Modem présents en séance.

Sur le terrain, l’effet se fait déjà ressentir 24 heures après le discours de François Ruffin. Ce sont même les professionnelles qui montent au créneau auprès des militants LREM. Ainsi, sur une des boucles de la messagerie Telegram qui sert de forum de discussions aux inscrits à La République en marche, une adhérente interpelle ses camarades : « Bonjour. Suis inondée de message d’AVS et AESH suite au sketch de Ruffin. Ce sont des femmes avec un statut très précaire. On a des EDL [éléments de langage – ndlr] sur ce qu’on fait pour eux ? » Le 11 octobre, à l’Assemblée, LREM a décidé de ne rien faire.

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